[HUMEUR] A ceux… qui veulent me réduire à Marie et/ou à Marie-Madeleine

20 mars 2010 dans En vrac, Société

En préambule, sachez que j’ai beaucoup réfléchi, et que je réfléchis toujours beaucoup, aux différents sujets que je vais aborder. Ce qui va suivre reflète ma position et mon opinion ce jour. Je reste donc libre de changer d’avis, pour la simple et bonne raison que je reste ouverte au dialogue et que je prends en compte chacun des arguments de ceux qui n’ont pas la même vision que moi. Je ne balaye jamais un point de vue du revers de la main : je le soupèse toujours avant de me forger ma propre opinion.
Je remercie donc par avance ceux qui liront ce post tout en sachant qu’ils ne seront pas d’accord avec ce qui y sera dit, et qui respecteront mes propos comme je respecte les leurs.
Sachez également qu’en cas de commentaires, je n’y répondrai pas. Mais c’est juste par manque de temps, pas par manque de volonté d’échanger des points de vue. Je ne tolérerai évidemment aucun propos raciste, homophobe, injurieux, appelant à la haine, etc… Je ne censurerai personne exprimant une opinion qui entre dans le cadre légal : je tiens trop à la liberté d’expression.
La volonté de m’exprimer sur un certain nombre de questions fait suite à ce billet d’humeur paru sur le site de Planète Campus, où j’effectue actuellement mon stage en qualité de journaliste web. Je me suis insurgée, à la demande de ma rédactrice en chef, contre la manifestation des catholiques anti-IVG devant l’Académie française(vidéo ci-dessous), où Simone Veil se faisait introniser « immortelle ».

Ce n’est pas la première fois que l’Eglise catholique – pour ne parler que d’elle… – me rend extrêmement mal à l’aise et me met en colère. Parce que ses positions me choquent. Profondément.
Mes (non-)croyances
Je viens d’une famille traditionnellement catholique. Je suis baptisée. J’ai fait un an de catéchisme, en classe de CM1 ; mes parents se sont très vite rendus compte que je resterai réfractaire à ces inepties. Je les remercie néanmoins d’avoir fait la démarche de m’initier à cette religion qui est la leur – en théorie (ni l’un ni l’autre n’est pratiquant). Et je les remercie encore plus de ne pas me l’avoir imposée par le biais de cours de catéchisme plus longuement obligatoires.
Je suis athée. Je ne crois en aucune sorte de divinité – je trouve l’idée absolument absurde, dénuée de sens même. Cela dit, je comprends qu’on puisse, qu’on ait besoin d’y croire ; je respecte totalement ceux qui ont une foi.
Ce n’est juste pas mon cas.
Comme j’accepte sans y croire une seule seconde la potentialité (même minime à l’extrême) qu’il puisse exister une divinité, merci aux croyants d’accepter sans y croire une seule seconde la potentialité (même minime à l’extrême) qu’il puisse ne pas en exister.
Tout simplement parce que, d’un côté comme de l’autre, nous n’avons aucune preuve de ce que nous avançons.
Ma position sur l’avortement
Plusieurs associations se sont donc réunies avant-hier au Quai Conti pour dénoncer l’entrée de Simone Veil, à l’origine de la loi en faveur de l’avortement, à l’Académie française. Ils pleurent les « millions d’enfants français qui manquent parce qu’ils ont été assassinés dans le sein de leur mère ». Vous remarquerez que les deux personnes à haranguer les pro-IVG étaient des hommes… Mais j’y reviendrai.
Vous l’aurez compris, je suis pour le droit à l’avortement (même si être pour ou contre n’a pas vraiment de sens puisque cette loi existe.) Je ne pense pas qu’une IVG soit un meurtre d’enfant. Une IVG est une interruption du développement d’un embryon – voire d’un foetus.
Avant la 12ème semaine de grossesse, je ne pense pas que ce foetus soit vivant : pour moi, tout ce qui n’est pas viable en dehors de l’utérus n’est pas vivant. Ca me semble être le bon sens, mais je respecte ceux qui pensent autrement.
Avant la 12ème semaine de grossesse, un foetus n’a pas de sexe déterminé. Ce n’est donc pas une personne : ce n’est encore juste qu’un ensemble de cellules qui peut potentiellement devenir un foetus viable.
Avant la 12ème semaine de grossesse, un foetus n’a pas d’activité cérébrale. Or, la sience dit qu’il n’y a conscience que lors d’une activité cérébrale.
Avorter n’est donc pas tuer. C’est juste stopper le développement d’un ensemble de cellules. Qui n’est ni vivant, ni une personne – puisque pas viable, ni conscient, ni sexué. Point.
Et Francis Kaplan, auteur de L’embryon est-il un être vivant ? (éditions du Félin, 2008) l’explique très bien dans son entretien avec Lucette Finas (que j’ai trouvé au hasard de mes recherches après avoir écrit ce précédent paragraphe.)
L’IVG : souvent la meilleure solution
Dans toutes les époques, dans toutes les cultures, les femmes ont avorté. Avec des méthodes plus ou moins dangereuses pour leur santé ou leur vie. De nos jours en tout cas, autant d’avortements sont pratiqués dans les pays où ils sont interdits que dans ceux où ils sont légalisés.
Chaque année, près de 20 millions d’avortements sont réalisés en dehors de structures spécialisées. Toutes ces femmes qui prennent des risques inconsidérés et qui endurent souffrances et complications ne le font pas pour le plaisir. Elles le font parce qu’elles n’ont pas d’autre choix. Elles le font parce que c’est la meilleure – la moins pire – des solutions qui s’offrent à elles.
Restons en France. Prenons un cas proche et concret : le mien. Mettons que je tombe enceinte demain. Malgré toutes les précautions que je prends (pilule + préservatif, je n’ai jamais fait autrement pour justement éviter ça), ça peut arriver. Je vis dans un studio de 12m². Je suis étudiante-stagiaire, je gagne 398 euros par mois. Mon loyer – pour ne parler que de lui – est de 492 euros. Je vis seule. Je suis indépendante. Mes parents travaillent, et ils sont loin. Pour avoir une place en crèche à Paris, il faut s’inscrire sur des listes d’attente deux ans avant l’accouchement (au mieux). Une assistante maternelle coûte très cher.
Que ferais-je d’un bébé ? Où l’installerai-je ? Avec quoi est-ce que je pourrai le nourrir, l’habiller, le soigner ? Quand et comment pourrais-je m’en occuper ? Si j’arrête mes études pour le garder et l’élever, à partir de quand pourrais-je recommencer à travailler pour gagner de quoi subvenir à nos besoins ? Et sans diplôme, quel genre de travail réussirai-je à avoir ? Pour quelle rémunération ?
Non, il n’y a pas de meilleure solution que l’avortement dans mon cas. Et je ne suis pas le plus désespéré, le plus démuni, le plus en détresse. Loin de là.
Mais avoir un bébé maintenant, c’est nous condamner, ce bébé et moi, à une vie de grande précarité, voire de misère. Est-ce vraiment la vie que ces manifestants souhaitent à cet enfant ?…
IVG, ITG, IMG… et la vie
Parlons-en, de la vie. Les manifestants d’avant-hier défendent la vie comme un état : un être qui respire, qui bouge, qui pense, qui ressent. Moi, je pars du principe que la vie, c’est tout ça, plus les conditions dans laquelle cet être grandit. Parce qu’être vivant, c’est être vivant quelque part, à un moment donné, dans un contexte donné. Pour reprendre mon exemple personnel, donner la vie dans neuf mois à un enfant qui serait le mien n’a aucun sens. Aucun.
Décider de mettre un enfant au monde, c’est la plus grande responsabilité qui soit. Ce n’est pas une décision qui se prend à la légère. Et le mettre au monde sous le seul prétexte que « la-vie-à-tout-prix » est à mon sens la preuve d’une irresponsabilité et d’une immaturité condamnables si les conditions pratiques, financières, sanitaires, psychologiques, etc… d’accueil du bébé ne sont pas réunies.
C’est pour ça que je n’hésiterai pas une seule seconde d’avoir recours à une IMG si par malheur le cas venait à se présenter. En tant que personne, et en tant que mère, je ne souhaite à aucun enfant d’être handicapé – physique ou mental. Les cas prévus par la loi autorisant une IMG sont pour des pathologies lourdes, et en aucun cas je ne veux être responsable de la souffrance d’un être humain. Et que les bien-pensants gardent leurs arguments : si, être (lourdement) handicapé est source de souffrance. La personne handicapée souffre, son entourage aussi. C’est ainsi. Alors si la vie tant défendue est une vie de ce genre, je ne veux pas la donner – c’est même de mon devoir de personne morale de ne pas la donner. Et je suis bien contente de vivre dans un pays qui m’autorise à ne pas faire souffrir un enfant et ses proches.
Une fois encore, ces paroles n’engagent que moi. Et ça ne m’empêche pas de respecter ceux qui ne pensent pas comme moi, et que mon point de vue pourrait choquer.
Le caractère sacré de la vie
De nombreux opposants à l’avortement – souvent des croyants – le sont parce que la vie est « sacrée ». Voici la définition de l’adjectif « sacré’ selon le dictionnaire Hachette (édition 2008) : A. Qui concerne la religion, le culte divin ; B. Qui appelle un respect absolu ; digne de vénération. Ces deux définitions renvoient à la religion. Il est donc normal que les croyants estiment que la vie soit « sacrée » ; il est normal aussi que je ne la considère pas comme telle.
Attention, ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Ce n’est pas parce que je ne considère pas la vie « sacrée » que je ne la respecte pas. Ôter volontairement la vie de quelqu’un est le crime le plus odieux qui soit et devrait systématiquement conduire à la prison à vie – et sans réduction de peine possible, jamais, en aucun cas.
Je respecte infiniment la vie, et je pense même la respecter plus et mieux que ces gens qui ont manifesté avant-hier devant l’Académie française. Parce que j’en sais son prix. Parce que j’en connais sa valeur. Sa fragilité. Sa richesse. Sa beauté. Parce qu’elle est ce qui existe de plus précieux.
Je n’autorise personne – personne – à me donner des leçons sur ce qu’est la vie. Personne. Parce que j’ai vu la mort en face, à deux reprises. J’ai vécu une expérience de mort imminente – et une dizaine d’années plus tard, j’ai connu la maladie. Alors personne ne viendra me donner de leçon de – et sur la – vie. Croyez-le bien. Et certainement pas des prêtres complètement déconnectés des réalités de ce monde.
L’Eglise catholique et les femmes
En parlant de prêtres, revenons à l’Eglise catholique. J’ai bien des griefs contre elle, à commencer par sa vision des femmes qui n’a pas – ou peu – évolué depuis l’an 1. Une première question : pourquoi une femme n’a-t-elle pas le droit de dire une messe ? Messieurs les papes, les évêques, les curés, etc… on sait lire, hein. Si si. Je vous ju… promets. Alors… une réponse ? Quelqu’un ? Oui ? Je vous écoute ! Parce que « c’est difficile de voir le Christ dans une femme.«   Aaaaah… ça, c’est de l’argument, vraiment !! Mais le Christ, chers amis, n’était-ce pas d’abord et avant tout un message d’amour et de paix, des valeurs, un guide ? Une femme ne peut pas représenter tout ça ?
Passons. C’était juste un exemple pour montrer la mauvaise foi (sans mauvais jeu de mot) de l’Eglise catholique concernant les femmes.
Marie ou Marie-Madeleine ?
Le problème dans la religion, c’est qu’elle est automatiquement manichéenne. Tout est blanc, ou tout est noir. Il y a le Bien, et il y a le Mal. Or, tout le monde sait bien dans la « vraie vie » que ce n’est pas aussi simple que ça. Oui, il y a du Hitler en Mère Teresa ; et oui, il y a du Mère Teresa dans Hitler. Ca s’appelle un être humain – voilà tout. Pour reprendre les arguments des catholiques, il n’y a que « Dieu » et le « Diable » pour être respectivement tout blanc ou tout noir. Or – ils le disent eux-mêmes : la perfection n’est pas de ce monde !
Et chez les femmes, alors ? Il y a la Vierge, et il y a la Pécheresse. Notez que ces deux visions opposées de la femme sont basées sur la sexualité. Les femmes ne sont donc réductibles qu’à leur sexe… Ce n’est pas faire montre d’une grande ouverture d’esprit, tout ça. Et surtout, c’est complètement déconnecté du réel.
Alors mesdames, mesdemoiselles, qu’êtes-vous ? Une pute ou une maman ? Ni l’un ni l’autre ? Les deux en même temps ? Rien de tout ça ? Eh oui. Ca me semble tout à fait clair : « Dieu » a visiblement un problème avec les femmes. Y a qu’à voir : il l’a mise enceinte comment, la petite Marie ? Mmh ? Visiblement il ne l’a pas touchée, sinon elle ne serait plus vierge. Pourquoi ? « Dieu » serait-il homosexuel ? Nan franchement, la question se pose.
J’arrête là les sarcasmes – je sais d’expérience que les croyants, pour la plupart, n’ont pas le sens de l’humour, ce qui est fort dommage puisque ça les décrédibilise encore plus. Je vous en prie, acceptez mes critiques comme j’accepte les vôtres. OUI, la religion est critiquable. La notion de « Dieu » aussi.
Pour revenir à la « Sainte Vierge », on croit aux miracles ou on n’y croit pas. Personnellement, je n’y crois pas. Mais, au risque de me répéter, je respecte tout à fait ceux qui choisissent d’y croire.
Mais c’est un fait : l’Eglise catholique est misogyne, et elle réduit les femmes à leur sexe, à leur utérus. On en revient à l’avortement.
L’Eglise : une institution politique
Si l’avortement est aussi fermement condamné par l’Eglise, c’est évidemment parce qu’elle défend le caractère sacré de la vie, mais c’est aussi un choix politique.
Il serait bien long et fastidieux de rappeler toute l’histoire de cette institution qu’est l’Eglise. En quelques mots, elle a longtemps été autant (voire plus, selon les époques et les pays) une institution religieuse qu’une institution politique. Politique et religion ont toujours été étroitement liées, et elles le sont toujours dans de nombreux pays qui n’ont pas séparé religion et Etat. Des exemples ? Les croisades, les guerres saintes (parfait oxymore, soit dit en passant…), les colonisations, le roi de droit divin, etc… L’Eglise a été jusqu’à récemment en France une institution politique qui régissait la société, la nation, la vie de famille, le quotidien… On vivait au rythme du calendrier religieux, c’était les cloches des églises qui donnaient l’heure et organisaient les journées…
Le refus de l’avortement est donc autre chose qu’un simple point de vue religieux : c’est la volonté farouche de réduire la femme au statut de mère et de femme au foyer. La femme, utérus ambulant, qui n’a de fonction que de faire des enfants, doit rester à la maison. Pourquoi ? Mais pardi, parce que ça arrange les hommes !! Et rappelez-vous, qui sont les prêtres, les évêques, les archevêques, les papes ?… Des hommes. Il y aurait eu des femmes décisionnaires au sein de l’Eglise, les choses ne se seraient pas passées ainsi.
C’est un fait : pendant des millénaires, et aidé de tout son poids par l’Eglise catholique, les femmes ont été soumises aux bonnes volontés des hommes. Réduites à leur utérus, elles ne devaient qu’enfanter et élever la marmaille (et préparer à manger, s’occuper du foyer, recoudre et repasser, etc etc…) Réduites à leur utérus, elles n’étaient tout simplement pas des êtres libres. Réduites à leur utérus, elles devenaient tout simplement des esclaves.
L’Eglise, les femmes, l’esclavagisme
Esclave. Ce mot vous choque, amis manifestants ? Oui ? Ca tombe bien. Moi aussi. Et pourtant, l’Eglise a voulu et veut toujours réduire les femmes à l’esclavage en les empêchant d’avorter. Parce qu’avorter, c’est reprendre possession de son corps, donc de sa vie, donc de sa liberté…
Rappelons que la vie d’une mère, pour l’Eglise catholique, valait moins que celle d’un embryon : « En 1869, Pie IX, suivi par Léon XIII, impose une ligne dure à l’Église : aucune exception ne permet l’avortement, et peu importe que la vie d’une femme puisse être sauvée par l’intervention d’un médecin qui juge qu’il faudrait procéder à un avortement, il faut laisser mourir cette femme. Ils brandissent l’excommunication à quiconque ne leur obéit pas.« 
Charmant. Et tellement cohérent. Alors, cette vie, toujours aussi « sacrée » ? Ah mais quand c’est la vie d’une femme, c’est pas pareil. C’est « juste » une femme. Bah oui. Et cet embryon, il est innocent – lui. Et s’il existe, c’est bien parce que la femme a péché. Donc c’est une pute. Et une pute ne fait pas le poids par rapport à un embryon innocent. Mais sinon, cet embryon – très accessoirement – il a un père, aussi.
Quel rapport avec l’esclavagisme, me direz-vous ? J’y viens.
« Ce discours se poursuit dans la première moitié du 20ème siècle, peut-être même jusque dans les années 1960 avec le jésuite Marcel Marcotte. Celui-ci, en se conformant rigoureusement aux directives de Rome,  affirme avec vigueur que les femmes doivent offrir leur vie si celle-ci devient menacée par une grossesse, et il ajoute que ces femmes héroïques sont admirables à donner ainsi leur vie. Entre vous et moi, c’est Rome et l’Église du Québec, dans le temps, qui s’appropriait le pouvoir de décider que les femmes devaient donner leur vie dans de telles circonstances.  Ils faisaient de fortes pressions pour obliger les femmes à donner leur vie tels des soldats à la guerre. Sauf, que ces femmes n’avaient pas décidé elles-mêmes d’imiter des soldats qui, eux, savent qu’ils  peuvent perdre la vie. Ce n’était pas, non plus, leur guerre et leur lutte, c’était Rome qui était en guerre ou en lutte contre la modernité et contre l’État. Les comportements de Rome ressemblaient à celles de propriétaires d’esclaves; et ils traitaient les femmes en esclaves qu’ils pouvaient à leur guise transformer en soldats. »
Je crois que c’est très clair.

[Petit rappel historique sur l'Eglise et l'esclavagisme, hein, juste pour information : "Alors qu'un mouvement pour l'abolition de l'esclavage traverse l'Occident, et que des pays font des pressions afin que Rome suive leur exemple, en condamnant l'esclavage, l'Église de Pie IX, contre vents et marées, décide de suivre une tradition qui existe dans l'Église depuis des siècles: en 1866, l'Église de Pie IX reconnaît pour légitime la  possession d'esclaves. Pour voir vraiment une condamnation du fait de "posséder" un esclave, sans qu'aucune exception n'échappe à cette condamnation, il faudra attendre le second concile du Vatican en 1965. Mais comment s'étonner, ici, du fait que l'Église ait approuvé l'esclavage pendant des siècles, alors que selon C. Prudhomme, l'Église elle-même a possédé des esclaves dans ses États pontificaux "jusqu'au 18ème siècle, voire le début du 19ème siècle"."
1965 !!!... (pour ne parler que de cette date). Amis manifestants, vous rendez-vous compte ???]

Quelles sont mes sources, me demandez-vous ? Question sensée. Je me suis appuyée sur le travail de Yolande Potvin, historienne, sur l’avortement et l’Eglise. Je vous conseille vivement de lire ces quelques paragraphes intéressants, instructifs, et bien sourcés.
L’Eglise catholique, pas vraiment en odeur de sainteté
Comme j’essaye de le démontrer, l’Eglise catholique n’est pas toute blanche. Au cours des siècles, elle a fait inifiniment plus de morts qu’elle n’a sauvé de vies. Guerres saintes, croisades, complots politiques. colonisations… Non-assistance à personne en danger pour ces femmes aux grossesses mortelles… Alors quand on me parle de vie « sacrée », ça me fait bien rigoler. Quand on sacrifie des femmes et qu’on possède des esclaves, on n’a pas à me donner des leçons sur le respect de la vie humaine. Vraiment pas.
Mesdames et messieurs les manifestants, allons vous enfin comprendre que l’Eglise est une institution humaine, gérée par des êtres humains, régies par des lois humaines, et qui suivent un texte (la Bible) écrit par des êtres humains ?… Par pitié, ayez un minimum de sens critique !! Ne suivez pas à la lettre tout ce qu’on vous demande de penser !!

Surtout qu’en matière d’opinion, même sur l’avortement, l’Eglise n’a pas toujours eu la position qu’elle a aujourd’hui…

L’Eglise et l’avortement
Si vous avez lu les quelques paragraphes de Yolande Potvin, vous vous serez rendu compte que l’Eglise n’a pas toujours interdit l’avortement.
« Au 19ème siècle, en Occident, avant que Pie IX ait des ennuis avec ceux qui n’acceptaient pas sa façon de régner, les femmes avaient le droit d’avorter pendant les premiers mois de la grossesse, car on croyait que ce qui n’est pas encore formé n’a pas d’âme. »
[NB : Je n'ai pas fait de recherches plus poussées par manque de temps. J'estime le travaille de madame Potvin assez sourcé pour pouvoir lui faire confiance. Mais elle peut se tromper, et moi aussi. J'accepterai de croire que ce qu'elle dit est faux si on m'en apporte la preuve.]
La position d’aujourd’hui est de dire que dès que le spermatozoïde a fécondé l’ovule, l’âme est là, les cellules qui se divisent en 2 puis en 4, puis en 8 etc… sont déjà un être humain vivant.
Ces deux positions sont très différentes. Or, elles viennent de la même institution : l’Eglise catholique. Preuve qu’elle n’a pas la parole divine. Comme je le disais, elle est dirigée par des êtres humains, faillibles par définition. Alors, mesdames et messieurs les manifestants, pourquoi croyez-vous plus ce que l’Eglise dit maintenant plutôt que ce qu’elle disait hier ? Ou plutôt… Si vous étiez né hier, auriez-vous été d’accord avec elle quand même ? Auriez-vous suivi aveuglément ce qu’elle vous demandait de croire ?
« Dans l’Église, avant Pie IX, j’ai pu observer une alternance entre permis et non permis au début de la grossesse. Mais depuis Pie IX, la position des papes contre l’avortement au début de la grossesse est présentée comme une vérité suprême provenant d’un pape infaillible.«  Voilà qui résume admirablement bien mes propos jusqu’à présent. Depuis Pie IX, donc, la position de l’Eglise est contre l’avortement, quel que soit le cas. Viol, inceste, danger pour la vie de la mère, mauvais moment dans une vie… Peu importe. Pas d’avortement, jamais, en aucun cas.
Vraiment ?…
Amis manifestants, savez-vous que l’Eglise elle-même a fait avorter des religieuses violées par des Congolais en 1960, lors de l’indépendance du Congo belge ?…
A l’époque, l’affaire avait fait grand bruit. Mais curieusement, malgré mes recherches, je n’ai rien trouvé sur le web se rapportant à ces faits. Seulement des témoignages sur des forums. En voici quelques-uns :
- Aurore boréale sur un forum Yahoo : « Je me pose des questions … pourquoi en 1960 l’église a t elle accepté les avortements des religieuses qui se sont fait violées dans l’ex Congo belge. Hypocrisie comme toujours avec les religions ? »
- dirk, sur altermedia.info :  »Des religieuses violées par des Congolais lors de l’indépendance du Congo Belge ont été autorisées à avorter par la Vatican. Peu de gens le savent. Simple info (j’avais 3 oncles et tante missionnaires dans ce pays à l’époque !) »
- altaric sur un forum de france5.fr : « En 1960 au Congo ex-belge , des religieuses se sont trouvées enceintes après avoir été violées par des militaires congolais. Le Vatican les a autorisées à avorter. »
Le Vatican étant maintenant sur Twitter (@news_va_fr), je leur ai donc posé la question suivante : Comment expliquez-vous l’avortement autorisé par l’Eglise des religieuses violées au Congo belge en 1960 ? Je ne manquerai pas de faire part de la réponse – si elle arrive.
Pour résumer
Mesdames les manifestantes, mesdames et mesdemoiselles qui êtes contre l’avortement parce que vous suivez ce que dit l’Eglise… Sachez donc que cette institution est dirigée par des hommes qui n’ont aucune idée de ce qu’est une femme, de ce qu’est une famille, de ce que c’est que d’élever un enfant aujourd’hui.
Ce sont des hommes qui suivent des lois d’un autre temps, écrites par des hommes d’un autre temps, et qui sont complètement inapplicables en l’état aujourd’hui.
C’est une institution loin d’être parfaite et qui n’a pas toujours eu la même position sur le sujet de l’IVG.
Sachez que l’interdiction de l’avortement prôné est aussi (surtout ?) une manière de réduire la femme à une fonction d’usine à bébés. Une femme n’est pas qu’un ventre, mesdames !!… Reprenez le contrôle sur votre corps, sur votre vie – reprenez votre liberté et votre « libre arbitre » : choisissez en votre âme et conscience de quand, comment, avec qui, et dans quelles conditions faire un bébé.
L’Eglise est également contre la contraception non-naturelle. Mais enfin… de quoi se mêle-t-elle ? Comment peut-on accepter que des hommes qui vivent coupés du monde et des relations humaines, sentimentales et sexuelles ordonnent de ne pas contrôler le moment d’accueillir un enfant ??
Pour reprendre les arguments catholiques, si « Dieu » nous a donné le désir et le plaisir sexuel, pourquoi ne pas en profiter ? Pouvez-vous répondre à ça, s’il vous plaît ?… S’il avait voulu que les rapports sexuels servent seulement à la conception, pourquoi le désir, pourquoi le plaisir, pourquoi les sentiments amoureux, tout simplement ? Ca n’a aucun sens.
Ne laissez pas ces hommes décider de ce qu’est votre vie. Et si ce dieu est si miséricordieux, pourquoi voudrait-il qu’un enfant lourdement handicapé naisse ? C’est absurde.
Si ce dieu était si bon, pourquoi voudrait-il qu’une femme soit violée ? Pourquoi voudrait-il que cette petite fille  de 9 ans violée par son beau-père mette au monde des jumeaux ?
Si c’est ça, « Dieu », eh ben non merci. Ca ressemble bien à une invention masculine, par les hommes, pour les hommes.

En plus, c’est bien beau d’interdire l’avortement, la contraception, tout ça tout ça. Mais la responsabilité des hommes, là-dedans ? L’Eglise en parle-t-elle ? Non. Et pourtant, ces embryons, ils ne se font pas tout seul.

Mesdames les manifestantes, j’espère au moins que vous n’utilisez aucun moyen de contraception. Que vous n’avez fait l’amour que pour concevoir vos enfants. Soyez cohérentes, jusqu’au bout – sinon, ne venez pas donner de leçon de morale, de leçon de vie à la respectable madame Veil.
Messieurs, bien sûr, vous ne réclamez jamais un rapport sexuel juste parce que vous en avez le désir. Vous ne gâchez jamais votre semence si précieuse dans un plaisir solitaire.
Mesdames et messieurs les manifestants, puisque la vie vous est si « sacrée », j’espère que vous ne mangez que de la viande venant d’animaux morts de mort naturelle. Que vous n’écrasez jamais d’araignées, ni de moustiques. Que vous ne vous soignez pas pour laisser les microbes vivre. Raisonnement idiot ? Un peu extrême, certes. Mais qui se pose.

SOYEZ COHERENTS. Et ensuite, on pourra discuter.

Par pitié, amis manifestants, ayez un peu de sens critique. Vous utilisez décemment le mot « extermination » concernant madame Veil, qui a survécu aux camps nazis. Mais suivre comme des moutons ce que l’Eglise vous dit de penser, c’est la même démarche que de suivre comme des moutons un système totalitaire.
Je préfère – et de loin, très loin – être une brebis égarée.
Je ne fais pas de prosélytisme. Je ne demande à personne d’avoir la même opinion que moi. Je ne demande surtout à personne de renoncer à sa foi.
Je voudrais juste que chacun, chacune réfléchisse comme je réfléchis. Que chacun aille au bout de son propre raisonnement. Que chacun fasse preuve de sens critique. Je voudrais que chacun, chacune se pose ces questions :
Pourquoi croyez-vous en ce que vous croyez ? Y croyez-vous parce qu’on vous a élevé comme ça, parce qu’on vous a dit d’y croire, ou parce que c’est vraiment de l’intime conviction ? D’où vient votre foi – vraiment ?
Ne pensez-vous pas que suivre aveuglément sans aucune remise en question des principes qu’on vous a inculqués n’est pas la même démarche que de suivre aveuglément les principes de n’importe quelle dictature ?
Pourquoi l’Eglise interdit l’avortement aujourd’hui alors que ça n’a pas toujours été le cas ?
Pourquoi a-t-elle autorisé ces religieuses violées à avorter ?
Pourquoi n’autorise-t-elle aucune femme à être décisionnaire au sein de cette institution ?
Instigatrice de guerres saintes, complice de l’esclavage, fermant parfois les yeux sur des prêtres pédophiles, est-elle réellement un exemple à suivre les yeux fermés, sans un minimum de sens critique ?
Est-elle vraiment apte à donner des leçons de morale, à imposer des règles inapplicables ?
Non, la femme n’est pas par essence douce et maternelle comme  on veut nous le faire croire. Non, il n’y a souvent pas d’autres solutions que d’avorter. Non, ce n’est pas un crime.
Oui, je pense que c’est criminel de prôner l’abstinence au lieu d’encourager le port du préservatif. Oui, je pense que l’Eglise n’a pas à intervenir dans les questions de sexualité, de vie de couple, de contrôle des naissances tant qu’elle n’autorisera pas les femmes à être prêtres, et les prêtres à se marier.
Oui, je pense que l’Eglise est une institution nauséabonde, poussiéreuse, misogyne, criminelle, incapable de s’adapter à la vie moderne, qui ne montre pas l’exemple et qui ne fait pas honneur aux valeurs qu’elle dit défendre.
Je ne suis pas spécialement féministe. Mais je rejoins les Chiennes de Garde sur ce point :
« Être favorable à la légalisation de l’IVG, c’est, tout simplement, être sensible à un problème de santé publique (et donc, économique) : car une femme qui veut avorter le fera, dans n’importe quelle condition, quitte à mettre sa santé ou sa vie en danger, et quoi qu’en dise la loi. (…) Ce que chacun-e pense du statut de l’embryon, du commencement de la vie humaine ou de l’existence de l’âme ne devrait même pas faire l’objet d’un débat et ne devrait relever que des convictions intimes n’ayant strictement rien à voir avec la législation.»
Merci aux croyants de m’avoir lue jusqu’au bout – et de respecter mon opinion et mon point de vue. Aux autres aussi, bien sûr – ce post est très long.
Pour conclure, je vous propose d’écouter cette chanson de Lynda Lemay. Elle mettra tout le monde d’accord. Elle raconte une histoire, l’histoire banale d’une femme qui se retrouve enceinte par accident. Elle s’en remet à Dieu. On ne sait pas si elle décidera d’avorter ou pas. Là n’est d’ailleurs pas le sujet. C’est juste une histoire, une situation. A chacun de juger.
Ou pas.