[WEB] A ceux… qui refusent les nouvelles technologies

février 24, 2011 dans En vrac, Société

Une amie vient d’apprendre une nouvelle par le biais de Facebook. Pas une grande nouvelle, plutôt une anecdote. Mais elle s’est demandé si la manière dont elle l’avait apprise n’était pas un peu dommage…

Cela m’a donné envie de vous raconter, à vous et elle, cette petite histoire…

« Il était une fois, à l’époque de nos (arrières-)grands-mères, le téléphone venait tout juste d’arriver dans les foyers. Dans tous ? Non. Dans les petits villages de notre beau pays, seule une maison avait le téléphone, repérable d’ailleurs par une plaque posée sur le mur, à la vue de tous les villageois et d’éventuels étrangers de passage.

C’est la maison de Simone et Albert, dans la grand-rue, qui avait été choisie pour accueillir le téléphone du village. Ils n’en voyaient l’intérêt ni l’un ni l’autre, mais ce serait, paraît-il, un outil indispensable dans le futur. C’est avec un grand scepticisme qu’ils se firent à l’idée de cohabiter avec cet exotique appareil, d’usage étrange.

Les mois passèrent. Un beau jour, alors qu’Albert travaillait dans son atelier, Simone dut décrocher le fameux téléphone. C’était son frère Bernard, qui avait fait des études, qui était quelqu’un d’important et qui avait une très bonne situation puisqu’il avait été élu maire du chef-lieu de canton.

Voilà qu’il appelait Simone pour lui annoncer que la Marcelle avait enfin décidé de se fiancer. Si Bernard connaissait la bonne nouvelle, c’est parce que le fiancé en question était le fils d’un de ses plus proches amis qu’il venait de croiser. La nouvelle était de la toute première fraîcheur.

Décidément peu à l’aise avec ce maudit téléphone, Marcelle écourta la conversation. Elle détestait parler à une machine, à ces matériaux froids, à ces rouages cachés, qui fonctionnait avec l’électricité qu’elle n’aimait pas beaucoup non plus et qui lui faisait un peu peur. Tout cela n’annonçait rien de bon et elle se plaisait à le répéter à ses amies. Ce qu’on appelait le « progrès » ne lui disait vraiment rien qui valût.

Et voilà qui lui donnait raison : c’est cet appareil impersonnel qui lui avait annoncé les fiançailles de la Marcelle. Avant l’invention de ce satané engin, elle l’aurait appris directement de la bouche de l’intéressée, qui serait passée la voir, avec qui elle aurait partagé un chocolat chaud et un morceau de gâteau. La vie, les gens, le quotidien normal d’un village.

Simone pestait. Si c’était ça « l’outil indispensable », si ça empêchait de se voir, de s’annoncer de telles nouvelles en face à face, si ça détruisait les relations simples avec les gens de son propre village, alors que serait-ce quand tous les foyers en auraient un ?… Elle refusait cette idée en bloc. Après tout, elle avait presque élevé la Marcelle, dont la maman était morte en couches.

Le temps d’aller à l’atelier annoncer la nouvelle des fiançailles à Albert, le portail grinça. C’était la Marcelle, radieuse, qui arrivait avec un bouquet de fleurs des champs. »

Maintenant, je vous suggère de remplacer le téléphone par (au choix) : le mail, le téléphone portable, Skype, Facebook, Twitter, etc…

Et vous avez la morale de mon histoire.