[ITW] Pénélope Bagieu, illustratrice qui croque le quotidien

9 décembre 2009 dans Culture, En vrac, Interviews

Pénélope Bagieu, plus connue par les internautes sous le nom de Pénélope Jolicœur, est une jeune illustratrice parisienne de 27 ans. Diplômée de l’ENSAD où elle a suivi des études de cinéma d’animation, c’est par son blog qu’elle s’est fait connaître du grand public, en y racontant avec des illustrations toujours plus drôles des anecdotes de son quotidien.

Bonjour Pénélope… Bagieu ? Jolicœur ? Quelle différence (ou pas !) faites-vous entre les deux ?

« penelope-jolicoeur » est l’URL de mon blog. Ce n’est donc ni un personnage, ni un pseudonyme.

INTERNET : « C’est grâce à mon blog qu’on m’a proposé de publier ma première BD. »

 Votre blog rencontre un grand succès. L’avez-vous créé par envie ou par besoin ?

Je l’ai créé pour dessiner en-dehors de mon travail d’illustratrice, sans brief, sans commande et surtout sans recevoir l’avis de personne. La mise en forme « blog » me permet de ne pas avoir de feuilles de croquis qui s’empilent jusqu’au plafond. Quant au fait de raconter des petites anecdotes de ma vie de tous les jours, ça évite de me prendre trop de temps ou de trop me casser la tête à chercher des histoires.

http://penelope-jolicoeur.typepad.fr/.a/6a00e551dd382d88340120a66f647e970c-pi


Est-ce que votre blog vous a aidé à décrocher des contrats ?

Des contrats, non : dans la publicité, on distingue bien les illustrateurs professionnels des gens qui font ça pour le plaisir. En revanche, c’est grâce à mon blog qu’on m’a proposé de publier ma première BD.

Vous êtes devenue une « blogueuse influente ». Est-il arrivé que des amitiés à l’intérieur de la blogosphère se transforment en amitiés « réelles » ?

Non. Mais je suis devenue amie avec des auteurs à force de les croiser dans les salons et les festivals.

SOCIETE : son image de parisienne ? « Rien de très fou-fou ! »

La presse vous présente souvent comme le parfait exemple de la parisienne moderne. Aviez-vous conscience de cette image ? Comment vous en accommodez-vous ?

Je ne sais pas trop. Comme je n’ai jamais vécu ailleurs, je n’ai pas trop de points de comparaison. En fait, ça doit surtout être l’image de n’importe quelle fille de mon âge qui vit dans une ville, et qui jongle donc entre le boulot, le mec, les copines, les sorties et le supermarché qui ferme à 22 heures. Rien de très fou-fou !

Comment définiriez-vous la « Parisienne » ?

Aucune idée !

ARGENT : « Je vis très décemment. »

Vos activités d’illustratrice vous amène à travailler dans divers domaines : la publicité, la bande dessinée, l’édition, la presse, etc… Lequel est le plus lucratif ?

La pub, sans aucune hésitation ! Mais c’est aussi le moins rigolo. On ne peut pas tout avoir !

Vivez-vous décemment de votre talent ?

Je vis très décemment, même. La première année, j’ai gagné aux alentours de 2 ou 3000 euros par mois. J’ai eu beaucoup de chance et j’ai été très bien entourée. Même si c’est évidemment très aléatoire, surtout dans la pub : on a parfois une grosse commande, et parfois plus rien pendant des mois. Et dans l’édition, on gagne moins, forcément.

CULTURE : « J’avale quotidiennement mon poids en BD. »

Quelles sont vos pratiques culturelles ?

J’essaye de voir au maximum en concert les groupes et les chanteurs que j’aime, parce que c’est le dernier moyen de rémunérer leur travail. Ce n’est pas en achetant leur album à 9 euros sur iTunes que je vais encourager les petits groupes qui démarrent, hélas ! Et comme j’ai la chance d’avoir la plupart des concerts dans ma ville, voire dans mon quartier, je ne m’en prive pas.

Je vais au cinéma au moins une fois par semaine depuis que j’ai la carte MK2-UGC. Quant au spectacle vivant, une fois par mois seulement. C’est malheureux à dire, mais uniquement par manque d’accompagnateur ! J’ai découvert la danse contemporaine depuis peu et j’adore ça, mais je manque cruellement d’amis amateurs…

En littérature, j’aime beaucoup les auteurs américains, mais pas forcément très récents. Et j’avale quotidiennement mon poids en BD.

http://penelope-jolicoeur.typepad.fr/.a/6a00e551dd382d883401156fcc4735970b-pi

Si 2012 était la fin du monde et que vous aviez la possibilité d’émigrer sur Pandora, que sauveriez-vous de notre patrimoine culturel ?

Les vins de Bourgogne, sans hésiter.

MEDIAS : « Je ne veux pas qu’on me dise ce que je dois manger pour rentrer dans un 34. »

Quel est votre rapport à l’actualité ?

Je la suis suffisamment pour être sûre de ne pas passer à côté de LA grosse info.

Quelles sont vos pratiques d’accès à l’information ?

Je suis abonnée au Monde, même si au final, quand je rentre chez moi le soir et que je le prends dans ma boîte aux lettres, j’ai déjà lu toute l’actualité chaude sur leur site internet ou sur leur application iPhone. Mais rien ne remplace la version papier pour moi, c’est vraiment mon petit rituel.

A part ça, je lis quelques rares hebdomadaires, comme le Courrier International. Et en radio, je n’écoute pas du tout les infos, mais seulement des émissions, avec deux rendez-vous incontournables tous les jours sur France Inter : « 2000 ans d’histoire » de Patrice Gélinet, et « La tête au carré » de Mathieu Vidard.

Et sinon, à part la presse people, rien ! Et surtout pas de magazines féminins.

Pourquoi ?

Parce que ça m’ennuie. Si je veux de l’info, je préfère lire de la presse généraliste ; si je veux voir des fringues, je préfère la rue ou internet ; et si je veux du potin, je préfère Voici ! Je ne veux pas qu’on me dise ce que je dois manger pour rentrer dans un 34 ou à quelle œuvre humanitaire envoyer mes dons.

Si j’étais la représentante de tous les journalistes de France, qu’auriez-vous envie de me dire ?

Courage !

Que peut-on vous souhaiter pour 2010 ?

Du temps libre !

Propos recueillis par Florence Porcel