[ITW] Virginie Spies : « Chère Mars, tu as quelque chose de sexy car tu es mystérieuse »

juillet 25, 2014 dans Culture, En vrac, Interviews

Salut Terrien(ne)s ! C’est la planète Mars. Récemment, l’une d’entre vous a publié un roman en ligne chapitre par chapitre qui s’appelle « Mars Océan« . On me l’a raconté, j’ai kiffé, j’ai voulu en savoir plus.

Qui es-tu, Virginie ?
Je suis une terrienne, Maître de conférences à l’Université d’Avignon et sémiologue, spécialiste de la télévision et je travaille aussi sur les liens entre télévision et réseaux sociaux. J’ai écrit deux livres scientifiques sur la télévision. Ce qui m’intéresse, dans mon métier, c’est d’analyser pourquoi les programmes populaires plaisent. J’essaye de comprendre et décoder les pratiques et le succès des émissions. Je suis aussi auteur et metteur en scène de théâtre, j’ai écrit une trilogie sur la télévision et la célébrité, et mes pièces ont été jouées à Avignon entre 2011 et 2013.

Peux-tu nous présenter le projet de Mars Ocean ?
Avec plaisir ! Quand j’ai entendu parler du projet Mars One, au printemps 2013, j’ai trouvé ce projet fou pour deux raisons : d’abord on allait pouvoir partir sur Mars mais sans possibilité de retour sur Terre et ensuite, l’expérience serait filmée « à la manière » d’une émission de télé-réalité. Ce sont ces deux choses qui m’ont vraiment interpellée. La télé-réalité parce que c’est l’un de mes objets de recherche, et le non-retour parce que la question de la disparition me taraude depuis longtemps.
D’ailleurs, ma dernière pièce « L’île aux célébrités » est l’histoire de célébrités qui se retrouvent sur une île après avoir fait croire au monde entier qu’elles étaient mortes. Cette histoire se base sur la « rumeur de survie » qui raconte qu’Elvis ou encore Marylin ne seraient pas morts mais qu’ils couleraient des jours heureux sur une île.

Ce qui m’intéresse, avec le projet Mars One, c’est que des personnes vont accepter en quelque sorte de disparaître, tout en devenant des célébrités mondiales. Pour moi, c’est le degré ultime de notre société du spectacle. Enfin, je travaille depuis quelques années sur la question du bonheur. J’imagine que les personnes qui veulent partir sur Mars partiront certes à la conquête d’une nouvelle planète, mais ce sera d’abord une quête d’eux-mêmes : ils cherchent quelque chose de l’ordre du bonheur ultime, ce serait la réalisation d’une vie.

Avec le projet Mars One, j’avais donc tous les ingrédients pour un roman qui toucherait à tout ce qui m’intéresse. Le sujet est devenu comme une évidence.

Pourquoi n’avoir pas utilisé le vrai projet Mars One, alors ?
Parce que je préfère utiliser un bout du réel que le réel dans sa totalité pour partir dans la fiction. Ce qui m’intéresse dans Mars One, c’est son projet de départ et comment, à partir de cela, je peux emmener le lecteur quelque part. En tant qu’auteur, le projet Mars One est un point de départ, c’est lui qui m’a donné l’idée du roman.

Par ailleurs, je n’avais pas envie d’être « attaquable » par les concepteurs du projet lui-même, je ne voulais pas leur faire du tort, ni peiner ceux qui ne veulent pas que l’histoire de Mars One se déroule comme je l’ai imaginé, en tant qu’auteur de fiction ;-)

Le spatial utilise beaucoup Internet pour être relayé : les comptes Twitter des sondes et robots qui partagent des infos et des photos venues de loin (de chez moi particulièrement :p), la vie des astronautes 24h/24 dans l’iSS, la Terre filmée en direct et en HD, la retransmission des lancements de fusée, les astronautes qui tweetent et qui bloguent, des Hangout avec l’ISS… Es-tu sûre que l’avenir de la communication de l’exploration spatiale, dont la mienne, soit à la télévision ?
Oui et non. Je m’explique : D’une part, ce que je constate dans mes recherches, c’est que l’univers médiatique n’est plus cloisonné. Nous sommes dans un univers transmédia : il n’y a plus la télé d’un côté, la radio de l’autre, puis Internet quelque part, la presse écrite ailleurs, etc. Les médias sont connectés les uns aux autres, le téléspectateur regarde la télé partout, tout comme le lecteur utilise plusieurs supports.

D’autre part, si en effet le spatial utilise beaucoup Internet, ce qui compte encore et qui comptera pendant de nombreuses années, c’est la télévision car elle génère de forts revenus et qu’elle est capable de rassembler un large public au même moment. Elle s’appuie beaucoup sur le web mais, à l’inverse de certains analystes, je pense que la télévision n’est pas morte. Elle se sert du web pour étendre son pouvoir et les réseaux sociaux lui ont même donné une nouvelle jeunesse. Et puis, aucun média n’a jamais tué l’autre. Par exemple, quand la télé est arrivée, le cinéma a cru qu’il allait en mourir. Aujourd’hui, c’est la télé qui finance en grande partie le cinéma !

Donc je suis désolée, chère Mars, mais ton avenir passe en partie par la télévision ;-)

Dans quelle mesure t’es-tu inspirée (ou pas !) des émissions de télé-réalité existantes dans Mars Ocean, notamment pour traiter l’enfermement et le côté psychologique d’une telle aventure ?
Je me suis vraiment inspirée des émissions de télé-réalité existantes. Je suis allée puiser dans mes connaissances et mes analyses de ce genre télévisuel. D’ailleurs, l’un des héros de Mars Ocean dit que cette forme de télé-réalité est une expérience ultime, qui rassemble à peu près tous les traits de cette télévision si populaire.

As-tu entendu parler de l’expérience Mars500 ?
Oui, mais je ne m’en suis pas inspiré pour écrire. Une fois que les personnages et la situation étaient posés, l’histoire s’est déroulée presque d’elle-même. C’est ce que j’aime dans l’écriture de la fiction !

Pourquoi une séparation physique entre les scientifiques et les autres, alors qu’ici, les Humains auront sans doute besoin d’être tous en relation les uns avec les autres ?
J’ai voulu qu’ils soient dans deux lieux différents pour l’intrigue, et aussi parce que, même si ce n’est pas comme cela que c’est envisagé pour l’instant par Mars One, il est possible que cela se passe comme ça si on veut créer du buzz avec des personnages « intéressants » en terme de télé-réalité. Après, cela pose en effet des problèmes, je les développe d’ailleurs dans le roman mais je n’ose pas en dire plus ici pour les personnes qui n’auraient pas encore découvert l’histoire ;-)

En tant que sémiologue, que penses-tu de la recrudescence de la présence d’astronautes en ce moment, notamment dans les publicités et au cinéma, alors qu’aucun être humain n’a posé le pied sur la Lune depuis 1972 ? Tu crois que c’est grâce à moi, ou en tout cas à l’espoir de venir m’explorer dans pas longtemps ? :p
Je crois que ce succès est dû en partie à l’espoir d’un monde meilleur, d’un ailleurs ou d’autres choses seraient possible. Depuis que je suis née, je n’ai entendu parler que de la crise. Or nous avons tous besoin de rêver, d’imaginer qu’ailleurs, il existe quelque chose de mieux. Et puis bien sûr, c’est certainement un peu grâce à toi chère Mars, tu as quelque chose de sexy car tu es mystérieuse. Tu as vu toute la littérature sur toi ? L’imaginaire du « martien », c’est pas rien tout de même !

Oui mais c’est aussi beaucoup de n’importe quoi… Est-ce que tu aimerais venir me voir, d’ailleurs ?
Je n’imagine pas aller sur Mars un jour, je vais déjà essayer de bien voyager sur Terre. Pour l’instant, je préfère imaginer ce qui pourrait se passer sur Mars et j’espère regarder l’émission lorsqu’elle se réalisera « en vrai ». A ce moment, crois-moi, je serai ta plus fidèle téléspectatrice !

Mars One vient d’annoncer qu’ils ont signé un contrat d’exclusivité avec Darlow Smithson Production pour la retransmission télévisée de la sélection des futurs marsonautes (dans un premier temps). Etant donné leurs productions, ils ont l’air très sérieux et spécialisés dans les sciences, l’environnement et les technologies. Mais c’est aussi une filiale du groupe Endemol dont j’ai de mauvais écho. Ton avis sur ce partenariat ?…
Pour tout te dire, cela ne m’étonne pas. Que faut-il pour que Mars One se réalise ? De l’argent. Donc des futurs annonceurs. Pour avoir des annonceurs, il faut une émission qui cartonne, et qui a été le précurseur de la télé-réalité ? Endemol bien sûr. Il va donc falloir inventer un programme qui fonctionne en terme d’audience, et pour une saison qui ne se terminera jamais. C’est complètement fou, c’est ça, dans le fond, le sujet de mon roman. Je pense que tout cela peut arriver car l’imagination des êtres humains n’a pas de limites, et franchement, cela peut être dangereux car le projet Mars One, c’est tout de même autre chose que de vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola.

Y a-t-il une actualité pour le projet Mars Ocean ?
Le roman a démarré sur un blog, que je continue d’animer, et maintenant il est disponible sur Amazon en téléchargement. Et pour tout te dire, je suis à la recherche d’un éditeur, car je n’ai pas envie d’arrêter là. Si ça marche, je t’en envoie un exemplaire ?

Oh oui ! Ça me fera de la (re)lecture en attendant les premiers êtres humains, merci Virginie ! :D

[ITW/SCIENCES] Sébastien Rouquette : « L’expression scientifique est le 10ème art ! »

novembre 27, 2013 dans Culture scientifique, Interviews, Vers l'exploration spatiale, Vers la science

Quand on m’a parlé de Sébastien Rouquette, on me l’a décrit comme un homme aussi brillant que humble et sympathique. Mais aussi avec une expérience déjà longue comme le bras : un doctorat en planétologie, un brevet de pilote, une presque-sélection dans le corps des astronautes européens et une carrière au CNES…

Et j’allais voler avec lui. En tant que responsable des vols paraboliques, il était présent lors du vol Zéro-G que j’ai effectué le 8 octobre dernier (et que j’ai commencé à raconter dans ce billet).

La première rencontre a été sommaire : nous étions alors en train de déjeuner dans le parc de Novespace quand il s’est présenté. J’ai dû bredouiller un bonjour sans même oser sourire de peur qu’un bout de salade entre les dents ne me ridiculise. J’étais déjà tellement impressionnée… 

J’aurais voulu l’interviewer au micro de France Inter qui ne m’a pas quittée lors de ces deux journées à Novespace, mais trop intimidée, et malade et pressée à la sortie de l’avion, je n’en ai pas eu l’occasion. Heureusement, les Internets m’ont sauvée. Qu’il soit ici chaleureusement remercié d’avoir pris le temps de répondre à mes nombreuses questions…

Qui es-tu, Sébastien Rouquette ?

Planétologue de formation, je suis arrivé au Cnes en 2000 (à l’aube du nouveau millénaire) en post-doc, sur un sujet lié à la transmission de la connaissance. Alors c’est vrai c’était moins de l’astrophysique que de la médiation ou de l’épistémologie, mais c’est ce qui m’a ouvert les portes de l’espace. Je rêvais de travailler au CNES quand j’étais plus jeune… Ce fut aussi mon premier contact avec le vol parabolique. Je m’occupais alors de la sélection des expériences éducatives.

Puis j’ai travaillé à la conception de satellites d’astrophysique. Mon rôle était celui de responsable programmation mission. J’étais encore un médiateur entre les scientifiques et les ingénieurs pour faire en sorte que les rêves des uns soient dessinés par les autres, en tenant compte des contraintes orbitales.

Début 2011, je suis revenu vers le vol parabolique, programme dont je suis le responsable aujourd’hui. C’est un vrai plaisir… qui me donne l’occasion d’associer ma passion pour l’aviation et celle pour l’espace.

Quel est ton rôle exactement concernant les vols paraboliques ?

Le poste de chef de projet est multi-facettes. Gestion du budget, planning, organisation… Du point de vue technique, c’est la sélection des expériences avec les spécialistes thématiques du CNES, le suivi du développement des expériences, l’accompagnement des labos dans leurs travaux de recherche, jusqu’au déroulement des campagnes.

En fait, on reproduit un schéma de développement et d’accompagnement de la science quel que soit l’outil de travail. ISS, capsules, spationef ZERO-G. Et ce travail se fait au CADMOS, le Centre d’aide au développement des activités en micropesanteur et des opérations spatiales. C’est un service qui porte l’histoire des vols spatiaux scientifiques. Presque tous les astronautes français l’ont pratiqué.

Comment s’organise une campagne ?

Pour une équipe de recherche, tout commence quelques années avant une participation éventuelle. Il faut d’abord qu’elle soit soutenue pas le CNES. Pour cela, elle fait une proposition de recherche qui sera analysée par des groupes thématiques (spécialistes CNES et extérieurs). Si le soutien est accordé (financement), le labo va pouvoir, s’il le souhaite, faire appel au CADMOS pour développer un concept instrumental. Même si c’est plus simple que pour l’ISS, les contraintes techniques sont assez fortes et requièrent pas mal de savoir faire, ce dont nous disposons au CADMOS.

Pour les campagnes en particulier, l’aventure débute 8 à 10 mois avant une campagne, par un tour des labos soutenus par le CNES, pour connaitre les volontés de participation. On fait un état des lieux du travail en cours. Dès que tous les labos candidats nous ont communiqué leur fiche d’expérience (c’est un acte de candidature, en somme), le Comité de sélection se réunit pour établir la liste des lauréats. Le Comité regroupe les spécialistes thématiques et le chef de projet.

6 mois avant la campagne, les expériences sont donc connues. Pour les équipes, cela donne le départ du marathon de préparation de l’expérience. C’est là qu’intervient Novespace. Le CNES a confié à sa filiale l’essentiel du suivi technique des expériences pour leur adaptation au vol parabolique. Les ingénieurs Novespace font un travail formidable pour assurer la réussite des manips : résistance mécanique, risque chimique, biologique, électrique, étanchéité, masse, consommation électrique… Tout y passe pour déceler la moindre faille.

Un mois avant la campagne, la fébrilité s’accentue. C’est la réunion de sécurité. Les expériences sont passées en revue par les spécialistes techniques (mécanique, électronique, chimie, etc), les responsables de campagne et l’équipage (sécurité et commandant de bord). Autour de la table, on retrouve donc le CNES, Novespace, DGA-Essais en vol (qui assure les opérations en vol) et Sabena technics (maintien en condition de vol et intégration des expériences).

Et enfin, le moment tant attendu des vols arrive… Les manips sont installées dans l’avion, la fourmilière Novespace s’anime. Et tout va très vite ensuite.

A la fin de la campagne, chacun retrouve une activité terrestre la tête pleine d’images et les disques durs chargés de données à analyser. Le grand cycle peut reprendre.

Quels sont les problèmes qu’on peut rencontrer ?

Les problèmes sont rares car on suit de très près chaque expérience. Mais il peut arriver qu’un instrument ait du retard, qu’un élément électronique ou mécanique défaille.

Je me souviens par exemple d’une carte d’acquisition d’électrocardiogramme qui ne fonctionnait plus. L’ordinateur avait été changé et la carte ne fonctionnait plus. On a passé des heures à tenter de résoudre le problème en tentant des centaines de parades informatiques. Cela n’a pas fonctionné. Et l’équipe a perdu une partie de ses données.

On peut avoir des soucis avec des instruments très sensibles, sur des expériences nouvelles. Je pense par exemple à celles utilisant des lasers pour faire de l’interférométrie. La mise au point nécessite parfois plusieurs campagnes pour trouver le bon concept instrumental et le bon protocole.

Heureusement, la plupart du temps c’est moins problématique. Et dans des cas un peu difficiles, toute l’équipe se concentre sur le problème pour tenter de le résoudre.

Au contraire, quels bénéfices peut-on retirer de ces vols ?

Bon, alors je vais sortir mon petit couplet sur les bienfaits de la science.

Mais tout d’abord, pour être pragmatique, il faut savoir que le CNES finance totalement les campagnes. Les labos sont invités. Et ils sont en partie financés également par le CNES. Si le CNES finance, c’est parce que l’état investit dans la recherche publique. On entend souvent des commentaires « le spatial ça coûte cher »… C’est faux. C’est environ 10€ par français et par an, soit 0,1 % de l’évasion fiscale.

1 euros investi dans le spatial rapporte même 19€ à l’économie de notre pays. C’est énorme !

C’est très bien mais cela n’est qu’une partie du « bénéfice ». Le plus important à mes yeux n’est pas ce qui brille, ce qui est monnayable. Non, la vérité est ailleurs. On vit dans un monde où l’humain doit être pesé, mesuré, évalué, chiffré, rentabilisé ! Et je pense que c’est une erreur. Ce qui fait le bénéfice maximal, c’est la connaissance. La science est à préserver de même que la musique, le théâtre, la littérature, etc. L’expression scientifique est le 10ème art !

La connaissance est à prendre au premier degré. Elle nous éveille à ce que nous sommes. Un peu comme lorsque les premiers satellites nous ont renvoyé l’image de la Terre, notre propre place dans l’Univers. Mais bien sûr, il y a aussi la connaissance qui nous permettra d’acquérir de nouvelles compétences. On n’en a pas toujours conscience, la recherche fondamentale pose les jalons des inventions majeures de demain.

Juste un exemple, on imaginait dans les années 70 que l’apport de l’espace se ferait en particulier dans le domaine des communications. Aujourd’hui, c’est plus dans le domaine de l’environnement que le spatial est une pierre angulaire, par la vision globale et précise qu’il rapporte de notre monde.

C’est finalement pour cela qu’on intente souvent des procès aux sciences en les accusant du mal qu’elles combattent. En vérité, elles rendent l’homme meilleur et plus malin. Tout ce qu’il faut pour ne pas être un agneau victime des systèmes et des dogmes.

Je suis heureux et fier de contribuer à cet élan humaniste.

Ces vols sont spéciaux et donc bien encadrés. Peux-tu expliquer quels types de personnes sont présentes pendant le vol pour assurer les paraboles et la sécurité de tous ?

1) les scientifiques : opérateurs et sujets volontaires (les « cobayes » des manips de physiologie)
2) l’équipage : pilotes et mécanos navigants + le personnel de sécurité
3) l’encadrement projet : Novespace et CNES

Et il faut absolument ajouter l’équipe sol qui ne participe pas au vol mais qui est essentielle : mécanos sol.

Comment devient-on « monsieur-en-orange-qui-nous-rattrape-littéralement-au-vol » ? (Ça m’intéresse :-) )

Les gars en orange ont une formation spécifique en sécurité des vols, ce sont de super hôtesses de l’air. Et bien qu’ils distribuent des friandises et de l’eau en fin de vol, ils sont surtout formés à la gestion des situations critiques en vol (feu, dépressurisation, accident, évacuation, etc). Ils viennent d’un peu partout. Mais leur profil est essentiellement opérationnel, ce sont des gens de terrain.

Dessin : AnneKa.

Tu es scientifique de formation – y a-t-il des questions auxquelles tu voudrais des réponses et à laquelle une expérience à bord de l’avion pourrait répondre ?

J’ai toujours été passionné par la cosmologie. Une question se pose depuis que Newton et Einstein ont décrit les bases de la compréhension de la gravité. Est-ce que la gravitation agit de la même manière sur toutes les particules massives ? On appelle cela le principe d’équivalence. De la réponse à cette question dépend l’avenir des grands principes qui nous permettent de décrire l’Univers.

L’expérience ICE contribue à cette recherche en proposant un concept instrumental pour mesurer la chute libre de paquets d’atomes de nature différente. Pour résumer très simplement, si les paquets tombent à la même vitesse, la loi de la gravitation est validée. Sinon…

Les scientifiques et taïkonautes chinois ont-il été satisfait de leur entraînement/expérience ?

Oui ! Pour les scientifiques, ce n’était pas un coup d’essai. Les collaboration avec la Chine ont débuté il y a une petite dizaine d’années.

Pour les taïkonautes, nous sommes fiers d’avoir pu répondre à leur sollicitation. Nous participons ainsi à l’entrainement des astronautes de la 4ème puissance spatiale.

Quel souvenir garderas-tu de cette campagne de début octobre 2013 ?

Euh, un bon souvenir ! Nous avions pas mal de nouveaux protocoles en plus de nos collègues chinois et la pression n’était pas négligeable. Nous avons eu quelques soucis sur des expériences très pointues mais globalement, tous les acteurs de cette 44ème campagnes CNES sont rentrées ravis dans leur labos.

Les vols paraboliques, c’est génial. L’ISS, c’est incroyable. Mais… mais je fais partie de la génération qui a connu l’émergence d’Internet, l’arrivée des téléphones portables, l’explosion de la haute technologie, mais qui n’a jamais vu (ni même été contemporaine) d’êtres humains en train de fouler le sol d’un autre astre. Quel est ton sentiment sur l’avenir éventuel de l’exploration spatiale, côté vols habités ?

Je pense qu’on ira plus loin. Mais on ira plus tard ! Dans les années 80, on annonçait le premier pas sur Mars en 2020. 30 ans plus tard, on l’annonce pour 2050 ! D’autres priorités ont émergé entre temps, et c’est normal. Pour l’instant l’exploration robotique suffit aux scientifiques. Mais on ira. On percera un jour cette nouvelle frontière, après les océans, les pôles, les fonds marins, l’espace proche (y compris la Lune), on acceptera un jour de se jeter dans le vide, de tendre la main dans le noir. Cela me semble inéluctable, si toutefois, l’humanité n’est pas placée face à son destin sur Terre.

Ce qui peut remettre en cause ce projet de civilisation, c’est notre civilisation elle-même… dans le risque que quelques-uns font courir à la majorité, dans des choix à court terme, égoïstes et intéressés.

As-tu entendu parler du projet Mars One ? Qu’en penses-tu ?

Je n’y participerai pas. Mes enfants ne voudraient pas !

Mais pourquoi pas… C’est la première idée moderne du genre. Je pense qu’elle n’aboutira pas en 2023, parce que techniquement c’est infaisable. Problème de masse à envoyer, de support vie inexistant, de difficulté insurmontable aujourd’hui pour protéger des organismes vivants dans l’espace, milieu très agressif. Les mêmes difficultés ont été rencontrées par les premières expéditions sur Terre (exploration des mers et des pôles), à la différence que ces expéditions restaient dans leur milieu naturel, auquel nous sommes préparés. Mais elle a le mérite de nous faire avancer intellectuellement et elle pose la question de la dissémination de l’espèce humaine. Et bien d’autres encore :

- A-t-on le droit de laisser partir des gens sans espoir de retour et avec des chances de survie très faibles ?
- Quel cadre légal pour la première expédition sur Mars ? Est-ce la civilisation humaine ou une nation qui s’y établit ?
- Et si la vie existe sur Mars, de quel droit va-t-on la mettre en péril ?
- Nous détruisons notre environnement et notre civilisation. Va-t-on sur Mars pour reproduire ce modèle ?
- La terraformation de Mars est impossible. Nous ne vivrons jamais sur Mars comme sur la Terre. A quoi bon tenter de s’y installer ?
- Ne vaudrait-il pas mieux préserver notre planète que tenter de viabiliser une autre ?

Il faut lire et relire les « Chroniques martiennes » de Ray Bradbury. C’est un ouvrage majeur du genre et sur lequel on peut réfléchir longtemps…

Quelle est la question à laquelle tu rêverais d’avoir une réponse ?

La vie ailleurs : possible ou probable ?

[MUSIQUE/ITW] Arnaud Léonard : pas people mais très vocal

décembre 21, 2012 dans Culture, En vrac, Interviews

J’ai toujours été très, très sensibles aux voix. Quand j’étais petite, je voulais toujours épouser les méchants des dessins animés parce que c’était eux qui avaient les voix les plus graves ou les plus typées. Un peu plus tard, je me suis fait des compilations sur K7 audio de bouts de dialogues de Jeremy Irons, d’André Dussollier, de Richard Berry et de Gérard Darmon.

Et puis j’étais musicienne, aussi : le chant, le piano, les instruments médiévaux pendant 20 ans… Alors forcément, quand les Internets sont arrivés avec leur lot de talents, je me suis souvent émerveillée. Une des toutes premières notes de ce blog concernait un jeune prodige, Fredrik Larsson, qui non seulement est un excellent chanteur et musicien, mais en plus réalisait des performances qu’il mettait en scène de façon amusante.

Autre performance vocale mise en scène en vidéo, le stupéfiant Nick Pitera qui interprète à lui tout seul tous – absolument tous – les personnages Disney en tout genre et de tout poil.

Et puis un peu plus tard, après deux Fredrik Larsson en un et un Nick Pitera pour neuf, je tombe sur huit énergumènes habillés et peinturlurés en blanc des pieds à la tête qui livrent une vidéo venue d’ailleurs.

Et quand j’ai un coup de coeur, j’ai tendance à surconsommer. Je dois être responsable de 20% des vues de chacune des vidéos et j’ai vu 5 fois (bientôt 6 !) le spectacle des VocaPeople à Bobino.

Et dernièrement, au hasard des lectures de ma TL, je tombe sur un lien tweeté par Alexandre Astier… Je fais confiance et je clique. V’là t-y pas que je tombe sur une orgasmique voix de basse multipliée par neuf qui chante… Kaamelott !!

Kaamelott, donc, que j’ai très oh TRÈS LÉGÈREMENT tendance à surconsommer aussi, gnnnnnn… <3

Nous avons donc : une voix grave, un musicien, une vidéo rigolote, Kaamelott. Ça ne fait ni une ni deux, je me penche sur ce mystérieux chanteur… pour découvrir qu’il fait partie des VocaPeople, ces êtres venus de la planète Voca échoués sur la Terre pour une raison obscure (y aurait une histoire de fin du monde là-dessous que ça ne m’étonnerait pas). La boucle était bouclée. Je me suis dit que du coup, ça méritait bien une interview.

Qui es-tu Arnaud Léonard ? 
Je suis né en Belgique en l’an de (dis)grâce 1975. C’est là qu’il a fallu faire des trucs. Donc violon depuis l’âge de 5 ans, piano encore un peu plus tôt (mais tout seul, parce que j’aimais pas qu’on me montre), guitare, basse, sax alto, percus, voilà pour la musique.

Arnaud Léonard

A 12 ans, une rencontre, un homme de théâtre (le comédien et metteur en scène Jean-Marie Pétiniot, gloire nationale chez moi) et une décision absolue : je serais acteur. Ça tombait bien, étant donné qu’avant, j’avais voulu successivement être policier à moto, mécanicien, super-héros (Ayato dans San Ku Kaï), clown, cascadeur, plombier-zingueur (ben quoi?), re-policier à moto et pilote d’avion. Le seul métier qui pouvait éventuellement permettre de cumuler le tout est donc celui que j’ai choisi.

Le chant est arrivé à la fois plus tôt et plus tard ; en réalité, je n’y ai jamais vraiment prêté attention… J’ai toujours chanté, c’était normal à la maison. Sauf que je suis passé de soprano colorature dans la chorale des enfants à Basse profonde en deux jours! Je jure que c’est vrai. A 15 ans. Pas de mue, juste une aphonie (la seule de ma vie) et 2 octaves et quelque sur lesquelles j’ai pu m’asseoir… Bim.

Accessoirement, j’ai décroché un master en Communication Appliquée (en Education permanente) et un double Premier Prix (Théâtre et Interprétation poétique) au Conservatoire Royal de Bruxelles.

J’ai essayé à peu près tout ce qui était possible dans ce métier en Belgique (théâtre, comédie musicale, télé, radio, synchro, pub, j’ai même donné des cours); je m’amusais bien mais me dispersais énormément.

En 2005, j’ai découvert une annonce de casting pour Le Roi Lion au Théâtre Mogador ; j’avais vu le spectacle quelques mois plus tôt à Londres, ri et pleuré pendant trois heures… et considéré immédiatement que c’était la plus belle chose que j’avais vue de toute ma vie. Bref, au bout d’un an d’auditions, j’ai été choisi avec 70 autres camarades pour constituer le cast français du Roi Lion.
Je me suis donc installé à Paris à l’été 2007, et ne l’ai pas quittée depuis. Une impression très nette d’être enfin rentré à la maison y est pour beaucoup.

Trois ans de Roi Lion donc, puis « Il était une fois Joe Dassin » (mis en scène par Christophe Barratier) en 2010-2011 et Voca People depuis cette saison.

Pourquoi avoir choisi d’interpréter Kaamelott a capella en vidéo ?
J’ai découvert Kaamelott assez vite, dès sa sortie télé ; je jouais sur un spectacle et une de mes potes comédiennes m’a dit que, dans mon jeu, je lui faisais beaucoup penser à Alexandre Astier… que je n’avais jamais vu à l’époque ! J’ai donc regardé un ou deux épisodes, par curiosité. Après un court séjour en réanimation pour étouffement par fou-rire, j’ai pris le risque de continuer à suivre la série…

Non, sérieux, je suis (comme beaucoup) un fan absolu… J’étais même à la Nuit Kaamelott au Grand Rex pour la présentation de la saison VI (la séance du soir, celle où on a eu droit à 7 épisodes, et toc!) Et comme Astier est également un musicien et un compositeur de grand talent, j’éprouve énormément de plaisir à revisiter ses musiques. Ça me le fait avec John Williams, Hans Zimmer et Danny Elfman aussi. Ouais, absolument, je compare. Je piédestalise, même.

As-tu eu un retour d’Alexandre Astier ?
Yes ! Sur les trois vidéos, il a eu l’extrême gentillesse de me retweeter et de les commenter. Comment dire que j’ai une fois de plus failli mourir de décès…

Comment se passe la préparation des vidéos ? 
Je ne possède aucune partition : je suis frappé de l’oreille absolue, à l’instar d’Alexandre Astier. Donc les relevés sont beaucoup plus rapides à la « feuille » qu’à l’écrit, en ce qui me concerne. L’arrangement n’a que très peu besoin d’être modifié (et uniquement en fonction du fait qu’il faut que ça sonne avec juste ma voix) ; au- delà de ça, je considérerais comme une trahison de transposer ou, pire, de changer une ligne de sa musique. Elle n’en a pas besoin. En revanche, pour la troisième vidéo et le passage au violon, là, oui, je me suis permis quelques libertés… mais au lu de ses derniers commentaires, ça n’a pas l’air de lui avoir déplu. Ouf.

Comment enregistres-tu ?
Je possède un petit matériel bien suffisant pour l’usage que j’en ai ; je branche ma carte son sur mon MacBook Pro et je bosse sur Logic. Pour le montage vidéo, j’utilise FinalCutProX.

Combien de temps tu mets pour préparer une seule vidéo ?
En moyenne, chaque capsule me prend une vingtaine d’heures en tout.

Quelle sera la suivante ?
Ahaaaaa… Vous aimeriez bien le savoir, hein ? (NDLR : OUI.) Franchement, j’hésite.

Tu es Tubas, l’un des huit Voca People échoués sur Terre actuellement à Bobino. Comment devient-on Voca People ?
Eh ben on passe une audition, puis une autre, puis une finale, et on est choisi. Ou pas. Mais pour devenir un VocaPeople, il vaut mieux être choisi. Ça aide.

Les VocaPeople, actuellement à Bobino. Arnaud Léonard est le 4ème en partant de la gauche !

Quel est le morceau que tu prends le plus de plaisir à chanter dans ce spectacle ? Et le plus  galère ?
Mon vrai kif, c’est le medley Queen (« Bohemian Rhapsody » parsemée d’autres thèmes bien magnifiques aussi). (NDLR – Côté public, je confirme, c’est un TRUC DE MALADE.) Le plus galère, y en a pas. Shai Fishman (le génialissime directeur musical du spectacle) a vraiment fait un travail monstrueux sur les arrangements. C’est trop bon à chanter.

Vous jouez beaucoup avec le public. As-tu déjà vécu un moment de solitude ?

Etonnamment, pas tant que ça ! Les gens sont bienveillants pour la plupart ; ça tient sans doute au fait qu’on les rappelle à l’enfance en incarnant des extraterrestres qui sont, eux-mêmes, des mômes.

Combien de temps de préparation avez-vous avant d’entrer sur scène ?
Une heure environ.

Quel effet ça fait de jouer un extraterrestre chanteur quand on est musicien passionné d’astrophysique ?
Voilà, tu as posé la meilleure question qui soit. Ça fait de l’effet. Si on m’avait dit qu’un jour ces deux passions-là se rejoindraient… Mais bon, Hubert Reeves et Stephen Hawking comptent parmi les grands poètes contemporains, je trouve, alors…

Le spectacle se poursuivra-t-il en 2013 ?
On est à Bobino jusqu’au 20 janvier et on part en tournée tout de suite derrière jusque… wow… Pas de fin prévue, là ! On joue tous les jours et c’est un kif énorme ! Et sinon, je fais quelques synchros (notamment dans le dernier Disney, « Les mondes de Ralph »).

[TWITTER] Twitter vu par la Revue de Presse

septembre 20, 2012 dans Culture, En vrac, Interviews

Lundi soir, j’ai été conviée par mon camarade Pascal à la Revue de Presse en direct du théâtre du Ranelagh sur Paris Première. Mais au lieu de nous installer tranquillement dans un coin de la salle pour suivre l’émission, on est resté dans la loge avec tous les artistes et chroniqueurs présents.

Du coup, j’ai pas pu m’empêcher de live-tweeter, de prendre des photos et de faire des vidéos à l’arrache. Avec un angle : Twitter.

Un grand merci, d’abord, aux artistes qui ont bien voulu se faire photographier : vous trouverez dans l’album photo ci-dessous Bernard Mabille, Florence Brunold en Valérie Trierweiler, Tanguy Pastureau…

Et merci à ceux qui ont bien voulu m’accorder quelques minutes pour des interviews faites à l’arrache à la sortie des artistes (je me répète, mais si j’avais su, j’aurais préparé le truc, hein). Nous avons donc…

@DidierPorte, « humoriste maudit »

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est dans sa bio sur Twitter. En tout cas, il a découvert les gazouillis il n’y a pas longtemps, et ça a l’air de l’amuser beaucoup.

@TanguyPastureau, qu’on « amuse »

C’est assez formidable, je dois dire, d’amuser un amuseur. Vous pouvez être fiers, Twittos. Par contre, je ne sais pas si c’était la descente de stress après cette première en direct, mais Tanguy se compare à un putois et adore les tweetclash qu’il compare à des actes sexuels. (Note pour plus tard : me tweetclasher un jour pour voir l’effet que ça fait, tiens.)

Michel Guidoni, double président de la République

Je l’ai observé, les yeux ronds, répéter ses personnages dans les loges. C’est bluffant. Des petits détails, trois fois rien (position de la cravate, lunettes, cheveux qui changent de sens) et Michel Guidoni se métamorphose en quelques secondes de Nicolas Sarkozy à François Hollande.

C’est donc naturellement que j’ai demandé à notre actuel président de la République ce qu’est un tweet normal. La réponse en images…

J’ai posé la même question à Nicolas Sarkozy, mais pour le coup c’est vraiment inaudible, je garderai donc ça pour moi.

Michel Guidoni n’est malheureusement pas sur Twitter, mais il m’a glissé dans l’oreillette qu’il faudrait qu’il s’y mette quand même. Tout espoir reste permis.

Quant aux autres, ils y sont : Bernard Mabille, Régis Mailhot, Jérôme de Verdière, et bien sûr, Paris Première. Sauf Florence Brunold mais elle a un joli site.

Merci à ceux qui m’ont permis de passer une bonne soirée ! :-)

[SCIENCES/ITW] Les Mardis de l’espace : un café des sciences par le CNES

août 1, 2012 dans Culture scientifique, Interviews, Vers l'exploration spatiale

Lors de mes premières années à Paris, je ne manquais aucune conférence du Collège de la Villette. Physique, cosmologie, anthropologie, mathématiques… L’entrée y est libre, les intervenants passionnants et l’organisation impeccable. Malheureusement, pour des questions d’emploi du temps et de situation géographique, je n’ai pas pu continuer à m’y rendre (mais je n’en rate aucune grâce aux podcasts).

Récemment, j’ai découvert qu’à l’instar de la Cité des Sciences, le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) organise lui aussi ce genre de rencontres entre les spécialistes et le grand public. Baptisés « Mardis de l’espace« , j’ai pu assister au dernier de l’année 2011/2012 sur les trous noirs en pouvant LT sur place.

Extrait du LT du Mardi de l'espace sur les trous noirs

En effet, le CNES garde 10 places réservées pour les utilisateurs de Twitter afin qu’en suivant l’évènement grâce au hashtag dédié, un grand nombre de personnes présentes sur les réseaux sociaux puissent suivre comme s’ils étaient sur place.

J’ai pu y rencontrer la très sympathique Séverine Klein qui a accepté de répondre à mes questions. Diplômée en mathématiques pures (excusez du peu…) puis d’un DESS de communication scientifique, c’est un stage qui l’a menée au CNES qui l’a embauchée en 2001 en tant que rédactrice multimédia : elle était donc en charge du site cnes.fr. Puis elle a « pris du galon » et occupe désormais le poste de chef de service « Grand public » à la communication externe du CNES : « dans mon équipe, on gère les publications externes, l’audiovisuel, une partie des partenariats, et bien sûr il y a la cellule web. Pour ma part, indépendamment du management, j’ai notamment en charge la présence du CNES sur les médias sociaux. C’est donc moi qui parle derrière @CNES_France sur Twitter, par exemple. »

Florence Porcel – Que sont « Les mardis de l’espace » ?
Séverine Klein – Les mardis de l’espace sont des rencontres mensuelles entre les experts du spatial et le public, sous la forme d’un café scientifique. Ils se déroulent le 3ème mardi de chaque mois, au Café du Pont Neuf à Paris, à partir de 19h30. Lors de chaque soirée, nous abordons un thème différent ; 2 ou 3 intervenants sont présents, et le public peut poser ses questions. Il y a aussi un animateur pour mener les débats, et un pianiste qui improvise et met son grain de sel avec humour.

FP – D’où vient l’idée et quel en est le but ?
SK – L’idée est venue simplement du constat que les rencontres entre le public et nos experts, ingénieurs ou scientifiques, déclenchait toujours beaucoup d’enthousiasme des deux côtés. Or, nous n’organisions ce type de rencontre que de façon ponctuelle (lors de la Fête de la Science, par exemple). Nous avons donc souhaité donner des rendez-vous réguliers et éviter le mode trop formel ou conférence. D’où l’idée du café scientifique qui permet de passer un moment convivial tout en dialoguant avec des experts passionnés et passionants !

Séverine Klein : « L’espace est utile au quotidien ! »

FP – Quels ont été les thèmes abordés ?
SK – Nous avons parlé de l’exploration de Mars, de la recherche de vie dans l’Univers ou encore du monde de Saturne, mais aussi de l’utilité des technologies spatiales dans le domaine de l’océanographie ou des enjeux politiques du spatial. Nous essayons d’aborder des sujets très variés, à la fois pour faire découvrir toutes les facettes du spatial que le public connaît peu, pour le sensibiliser au fait que l’espace est utile au quotidien, mais aussi pour varier les plaisirs et le public !

FP – Quel bilan tirez-vous de cette première saison ?
SK – Que du positif ! En moyenne, nous avons compté entre 60 et 90 participants à chaque soirée, la dernier en a même comptabilisé 115 ! Pour un café scientifique, c’est énorme. Nous n’avons eu que des échos positifs, aussi bien des experts que du public, qui nous encouragent à continuer. Le niveau des questions est de très bonne qualité, et parfois même de haut niveau, mais nous souhaitons vraiment éviter que ces rencontres ne deviennent des débats d’experts. Chacun doit y trouver sa place et oser poser sa question. Pour une institution comme la nôtre, c’est très important d’être en contact direct avec notre public ; il y a une réelle interactivité.

Le volet numérique est également un point très positif : ces rencontres trouvent un écho en ligne, auprès des internautes qui ne sont pas à Paris ou ne peuvent pas se déplacer. Nous avons ainsi fait la connaissance d’internautes, bloggeurs, twitteurs fidèles qui viennent régulièrement et ont particulièrement apprécié cette démarche visant à vulgariser et rendre le spatial accessible au plus grand nombre.

« Nous avons trouvé une véritable interactivité avec notre public
avec l’apparition des médias sociaux. » 

FP – Le CNES est présent sur les réseaux sociaux, et notamment sur Twitter lors de ces mardis de l’espace. Pourquoi cette démarche ?
SK – Ce n’est pas très original, mais pour nous, les nouveaux usages, en particulier les médias sociaux, sont un moyen de toucher de nouveaux publics, de parler à ceux qui ne nous connaissent pas et ne viendront pas spontanément sur notre site ou lors d’un de nos événements. On nous dit souvent : « Vous faites des choses superbes mais vous ne le faites pas assez savoir ! »…
A chaque média son public et son usage : par voie de conséquence, nous trouvons là un moyen de diversifier notre audience.
Nous avons trouvé une véritable interactivité avec notre public avec l’apparition des médias sociaux, nous percevons davantage ce qu’il attend…
Les médias sociaux sont aussi une sorte de terrain d’expérimentation pour tester des dispositifs de communication nouveaux, parfois surprenants, et toujours très enrichissants.
Je crois que le CNES, qui est à la pointe de la technologie dans son cœur de métier, doit aussi être innovant dans sa communication.

FP – Le CNES est présent à Paris, mais aussi à Toulouse et à Kourou. Y aura-t-il des mardis de l’espace dans ces deux autres villes, à l’avenir ?
SK – C’est à l’étude à Toulouse… Ca ne prendra pas forcément la même forme, mais nous envisageons également des rencontres régulières de ce type. Dans un autre style mais toujours la même démarche d’ouverture, nous sommes partenaires avec la Cinémathèque de Toulouse et la Cité de l’espace d’un cycle de films sur l’espace, durant toute l’année scolaire. Après la projection a lieu un débat ou des animations, en présence d’experts du monde spatial.

FP- A Toulouse justement, de nombreux évènements sont live-tweetés. Quel bilan tirez-vous de cette présence du CNES sur les réseaux sociaux ?
SK – En fait, on organise des livetweets régulièrement, pas seulement à Toulouse. Nous l’avons notamment fait plusieurs fois lors des lancements d’Ariane, depuis la direction des lanceurs du CNES à Evry. Nous y avons organisé un Tweetup, et nous avons reconduit l’expérience à plus grande échelle à Toulouse pour l’amarrage dans l’espace de l’ATV 3 , un cargo desservant la station spatiale internationale.

Tirer un bilan de nos actions sur les médias sociaux est encore difficile (nous sommes d’ailleurs en pleine réflexion sur la manière d’évaluer ces actions). Sur le plan qualitatif, il est indéniable que nous avons établi une relation très enrichissante avec les internautes et plus spécifiquement avec des bloggeurs qui nous suivent régulièrement, assistent à nos événements, nous « retweetent » etc. Je crois que dans ce domaine, le CNES est reconnu pour sa démarche. Néanmoins, c’est un travail très prenant qui nécessiterait d’être assuré par plusieurs personnes pour pouvoir vraiment exploiter tout le potentiel de ces nouveaux médias !

FP – Y aura-t-il une deuxième saison des mardis de l’espace ? 
SK – Bien sûr ! La deuxième saison est en préparation. Elle débutera mi-octobre… Et pour les sujets abordés… surprise ! Nous avons essayé de tenir compte des (nombreuses) suggestions du public à l’issue de la première saison.

« Aujourd’hui, on ne peut plus se passer du CNES… » 

FP – Que souhaitez-vous pour le CNES dans un avenir proche ou lointain ?
SK – En tant que communicante, j’aimerais simplement que le CNES et ses activités soient plus connus du public francophone, car c’est un secteur dont nous ne pourrions aujourd’hui plus nous passer : au quotidien dans le domaine des télécommunications, de la localisation, de la santé. Dans le domaine de l’environnement, c’est un outil essentiel pour étudier la planète à l’échelle globale et comprendre les phénomènes climatiques, par exemple.

FP – Quel serait votre voeu, personnel, concernant l’espace ?
SK – J’aimerais qu’une de nos sondes découvre des signes d’une autre vie dans l’univers, sur une planète extrasolaire. Apprendre que nous ne sommes pas seuls, ce serait une révolution pour l’humanité !

[ITW] Maxeen BLISS : interview de Maxeen, leader du groupe

février 28, 2010 dans Culture, En vrac, Interviews

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Qu’est-ce que Maxeen BLISS ?

Ce que je fais avec mon groupe ne s’apparente pas à du métal symphonique. Je suis chanteuse lyrique, c’est mon métier qui me fait vivre et me permet d’acheter les croquettes du chat, mais je n’avais pas envie d’utiliser cette voix-là pour le rock. Nous mélangeons pas mal d’influences : classique, fusion, jazz, soul, ethnique…

Mes influences : Queen, Zappa, Led Zeppelin, Kate Bush, Nina Hagen, Liza Minelli, Tori Amos, The Who, Porcupine Tree, Joy Division, Biffy Clyro, Hector Berlioz, Varèse, Peter Gabriel, Genesis, Gentle Giant, Ayreon, Barbara, Billie Holiday, etc…

Le choix du nom s’est fait il y a 6 ans, un soir, avec mon meilleur ami et autour d’une ou deux bouteilles de bon vin et d’un magnifique foie gras… Il est la réunion du prénom Maxeen, prénom de la brune dansDans la Peau de John Malkovich, et du mot bliss, titre d’une chanson de Tori Amos que j’adore et qui signifie « béni, heureux » en anglais et « démon » en arabe…

Vous en êtes le leader… Mais qui êtes-vous ?

Libre penseuse, musicienne, photographe, agnostique, humaniste, têtue, capricorne, tigre pour les chinois, sociable à tendance solitaire, râleuse, musicologue spécialiste de Berlioz, très mauvaise jongleuse, tendance à l’autoflagellation (mais je me soigne !), chanteuse, cinglée d’équitation, un brin cinglée tout court, femme à chats, curieuse de tout car, non, ce n’est pas un vilain défaut, j’adore passer des heures à cuisiner, je suis une vraie nullité dès qu’il s’agit de plier le linge ou de repasser, d’ailleurs, je ne repasse plus, les travaux de couture m’emmerdent profondément, je suis une adepte de Desproges et de Frank Zappa, mon livre de chevet reste Leaves of Grass de Walt Whitman, je pleure en allant voirTosca et j’adore les films d’horreur, ma préférence allant pour les films de zombies, je n’aime pas les Beatles et je déteste Gounod bien qu’il fût un très très brave homme, je suis capable de me passer en boucle un morceau, un album ou un film qui me bouleverse ce qui a pour effet de rendre dingues les gens qui m’entourent, j’ai déjà fait un week-end marathon intégral de « Buffy The Vampire Slayer » avec des potes aussi dingues que moi, je me mets en quatre dès qu’il s’agit des gens que j’aime…

Voilà en quelques mots. Je vais finir avec le questionnaire pivot que j’adore :

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Mot préféré ? Musique !
Mot détesté ? Viol
Drogue favorite ? Champagne
Son, bruit préféré ? La mer en colère en Bretagne sur les rochers
Son, bruit détesté ? Les sons de la violence
Juron, gros mot ou blasphème favori ? Fuckin’ crap !!!!
Homme ou femme pour illustrer un nouveau billet de banque ? Femme, définitivement ! Janis Joplin ????
Métier que vous n’auriez pas aimé faire ? Banquière, justement !
La plante, l’arbre ou l’animal dans lequel vous aimeriez être réincarnée ? Le tigre
Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous, après votre mort, l’entendre vous dire? Retournes-y !!!

Vous dites sur votre blog que vous pensez à Maxeen Bliss depuis votre adolescence, et qu’il a existé sous des formes et des noms différents. Qu’est-ce qui fait que cette fois-ci soit la bonne ?

Ah… C’est toute la magie de l’existence : les choses ne se font qu’à un moment précis, le moment où vous êtes enfin prêt à les recevoir. Maxeen BLISS, c’est moi qui ai mûri et qui ai enfin choisi d’être moi-même et non pas d’être ce que les gens voulaient voir en moi, ce sont les bonnes personnes rencontrées au bon moment pour qu’enfin l’alchimie se fasse. A ce moment-là, le monde semble lui-même se mettre en quatre pour vous aider…

Pourquoi avoir fait le choix d’écrire et de chanter en anglais ? (Et même de communiquer en anglais ?)

Pour Maxeen BLISS, je compose du rock, du métal, certes mélangés à d’autres styles musicaux, mais tout de même du rock ou du métal. Ma culture en ce domaine est quasi exclusivement en langue anglo-saxonne.

L’anglais est la langue du rock, c’est en pays anglo-saxon que le rock est né. Le rythme même de cette langue correspond à celui du rock. L’anglais permet souvent de résumer des idées en des phrases concises, voir même en un seul mot, chose que le français permet rarement.

J’écris aussi en français, mais cela m’amène vers d’autres styles musicaux où le français peut s’épanouir à volonté.

J’aime ces deux langues profondément, elles ne m’inspirent pas la même musique, les mêmes images, c’est tout.

Pour ce qui est de la com’ en anglais, c’est juste qu’elle rend les choses plus faciles à l’étranger où nous sommes en train de démarcher pour aller jouer, alors nous communiquons dans les deux langues.

Quels thèmes abordez-vous dans vos textes ?

On peut d’ores et déjà oublier l’amour dans le trip « chansons d’amour » : c’est pas mon truc ! Il y a des gens très doués pour ça, pas moi ! La seule pouvant se rapprocher d’une chanson d’amour c’est The Sad Song, mais c’est plutôt un morceau sur la souffrance et la rage de s’en remettre et de revivre, rien de très langoureux… !

Non, mes textes sont plus ou moins engagés : la condition féminine, les religions (nous ferons partis de ces groupes que les religieux et les bigots vont adorer… !!!!!), la bêtise humaine. Parfois, certains morceaux ne décrivent juste qu’un état émotionnel à un instant précis comme Don’t Wanna Be The Only One ou encoreNevermore.

Vous êtes auteur-compositeur-interprète. Quelle est votre méthode de travail ? Comment une chanson voit le jour ?

Souvent, une chanson me prend par surprise ! Je ne fais pas partie de ces auteurs/compositeurs qui s’astreignent tous les jours à s’asseoir au bureau ou au piano et se forcent à composer.

Il m’arrive d’avoir des périodes de 3 ou 4 mois sans qu’une musique ne vienne. Avant, cela me faisait paniquer, mais maintenant, je sais que c’est normal. Parfois, 3 ou 4 morceaux me viennent en l’espace d’une semaine et dans ces cas là, il y a urgence. Je m’enferme et j’écris ce qui vient, je l’arrange, enregistre une démo que je vais donner aux garçons ! Généralement, le texte vient dans la foulée.

Qu’est-ce qui déclenche ce processus créateur ? Je ne sais pas trop, tout peut le déclencher, une musique, une peinture, un film, les infos, un petite phrase entendue au détour d’un café, tout ce que je sais, c’est que lorsque cela vient, le morceau arrive quasiment en entier dans ma tête et le plus difficile, le plus long c’est de lui donner corps sans trahir l’idée première qui est toujours la meilleure.

Maria Magdalena est l’exemple typique de la façon dont cela fonctionne.

J’habitais alors porte de Saint Ouen avec mon meilleur ami pour colocataire. C’était mon tour d’aller faire les courses. La veille, j’avais regardé, ou plutôt pris en pleine figure, le film Magdalena Sisters. Je descends donc mes cinq étages, parcours une centaine de mètres quand soudain, le riff de Maria se met à chanter dans mon crâne. C’était tellement fort que j’ai fait demi-tour et suis remontée à toute vitesse à l’appartement. Mon ami, surpris me demande ce qui se passe et je ne sais pas trop ce que je lui ai répondu, sûrement un truc du genre : « Super idée, peux pas faire les courses, à plus tard, suis là pour personne ». Il m’a à peine vue durant les deux jours qui ont suivi, mais il a entendu le morceau se monter. Dans ces cas-là, j’oublie le temps, j’oublie de manger, de dormir, et le plus étrange c’est que je n’en sors pas fatiguée mais pleine, apaisée et nourrie. Par contre, je suis généralement incapable de me souvenir de ce que j’ai pu faire, dans quel ordre sont apparues les choses entre le moment où l’idée survient et le moment où le morceau est dans la boîte… C’est étrange et agréable cette impression de n’être qu’un outil : quelle part vient de moi et quelle part vient de quelque chose d’autre, de plus grand, que je ne maîtrise pas, ce quelque chose que Frank Zappa surnommait « La Grande Note » ?…

Vous sortez un premier album bientôt : « Pornomusical dolls ». Pourquoi ce titre ?

C’est le titre d’un des morceaux : les poupées pornomusicales… Tout un programme !!!!

Pourquoi ce titre ? Il interroge, intrigue, provoque… Il sonne aussi, c’est la musicienne qui parle, là !!!!

Parce qu’il représente bien à lui tout seul le côté engagé des textes : engagés, mais jamais sans humour…

Et puis… il va nous permettre de faire une pochette d’album drôle et provocante et cela amuse d’avance les sales gosses que nous sommes restés…

Qui vous produit ?

Pour le moment : nous ! Et c’est un boulot de dingue de tout faire tout seul, de devoir penser à toust mais c’est aussi une joie parce que cela nous force à nous remettre en question, à repousser nos limites et à apprendre encore et encore : enregistrer, mixer, démarcher, essayer de se transformer en dieux du marketing, tout un tas de domaine pour lesquels nous n’avions pas été formés initialement. C’est une formidable aventure, épuisante, mais elle nous fait grandir avec elle.

Bon, soyons francs, on ne serait pas contre l’arrivée d’un bon producteur et surtout de toute l’infrastructure qui l’accompagne. Tout cela prend un temps fou et nous coûte énormément d’argent : nous ne sommes pas fortunés alors c’est solidarité et système D !

Vivez-vous de votre musique ?

Personne dans le groupe ne vit de la musique à part moi, en tant que chanteuse lyrique. Notre rêve c’est que Maxeen BLISS nous permettre d’en vivre un jour, alors on s’acharne et on tient bon !

Recevez-vous des subventions ou des aides ?

Nous sommes subventionnés par nos familles et nous-mêmes ! C’est vrai qu’on n’a pas vraiment mis notre nez dans tous les méandres de l’aide à la création…

En tant qu’artiste, quel est votre rapport au web, et comment l’utilisez-vous ?

C’est un merveilleux outil de visibilité. Pour le moment, il nous permet d’être écoutés et de rester en contact avec les gens qui nous suivent. Par la suite, nous l’utiliserons pour vendre notre musique ainsi que nos produits dérivés : t-shirts et casquettes « logotés » arrivent bientôt…

Que pensez-vous de la loi Hadopi ?

Qu’elle est inutile et totalement en retard sur son temps ! Elle va être infernale à mettre en place et génèrera des injustices… Tout cela est d’une telle hypocrisie : internet met à mal les grosses maisons de disque, oui, mais les prix exorbitants pratiqués pour les CDs et les DVDs durant des années n’ont fait qu’encourager la fraude…

Vous semblez traumatisée par vos années d’études au conservatoire… Avec le recul, pensez-vous que cette académie reste la meilleure pour apprendre les bases des techniques, ou bien pensez-vous qu’elle aurait besoin d’être dépoussiérée ?

Je pense y avoir appris des techniques et désappris le naturel, l’instinct, ce qui vous rend unique et non pas un bon produit bien formaté et maté…

Très sincèrement, le problème est présent dans l’étymologie même du mot « conservatoire » : conserver, conserve… Il faut conserver les traditions, ne pas sortir du cadre… Si seulement « conservatoire » s’écrivait « concervatoire », peut-être y aurait-il possibilité d’épanouissement…

Alors, ce cadre convient à certains qui ont besoin d’être cadrés, mais si vous ne rentrez pas dans le cadre… On essaye de vous y faire rentrer de force…

Ce n’est pas d’un dépoussiérage  dont a besoin le conservatoire (attention, je ne parle pas des petits conservatoires et des écoles de musique où souffle bien souvent un vrai vent de liberté, où l’esprit créatif insuffle de magnifique idées à des gens qui s’y battent corps et âme pour leur art), non, il a besoin d’être totalement repensé. Pourquoi alors ne pas s’inspirer des écoles anglo-saxonnes où on ne vous enseigne pas seulement votre instrument, où on vous rend polyvalent, prêt à affronter la grande réalité de ce métier : il faut avoir pas mal de cordes à son arc pour s’en sortir. J’ai souffert du fait que mon côté créatif n’ait jamais été stimulé, j’ai souffert de ne pas pouvoir manquer des cours pour aller faire des concerts (j’espère qu’ils se sont assouplis depuis…). Ma première prof de chant, celle qui m’a inscrite au concours d’entrée, m’a avoué des années après que, si elle m’y avait inscrite, c’était parce qu’elle était sûre que je saurai me battre pour ne pas perdre mon âme… Quel programme !

Et puis, il y a eu l’après CNSM : les Grandes Ecoles sont réputées non seulement pour la qualité de leur enseignement mais aussi pour le fait qu’elles n’abandonnent jamais leurs élèves dès qu’ils en sont sortis et qu’il y a aussi tout un réseau qui se crée à l’extérieur. Le CNSM se veut être une Grande Ecole : alors pourquoi nous abandonner dès que nous en sommes sortis ? Nous étions censés rencontrer des agents, être guidés, introduits dans le milieu… Il a bien fallu se rendre à l’évidence qu’une fois le prix de chant en poche, c’était « démerde-toi » ! Je reçois de temps en temps des mails provenant du département « chant » du CNSM avec des annonces d’auditions, mais ça ne va pas plus loin… Si j’étais la seule dans ce cas, je me dirais que c’est parce que je suis nulle, mais nous ne sommes pas tous nuls quand même !!!! Hormis ceux d’entre-nous dont le professeur de chant avait encore un pied dans le milieu, nous n’avons jamais reçu d’aide d’aucune sorte pour nous mettre le pied à l’étrier de la part de cette grande maison.

Alors peu importe, j’ai toujours eu l’habitude d’en chier pour obtenir ce que je voulais, cela n’aura été qu’une fois de plus…

Vous vous produirez au Klub le 2 mars. Comment vous sentez-vous ?

Excited !!!!!

[ITW] Henri Dès : un chanteur branché pour (grands) enfants

janvier 15, 2010 dans Culture, En vrac, Interviews

Henri Dès, 69 ans, enchante depuis plus de 30 ans l’ouïe exigeante des petits et des grands. Ce chanteur suisse, dont la carrière a décollé suite à l’effondrement de celle de Chantal Goya, propose à des générations d’enfants des chansons jamais niaises, au vocabulaire souvent riche et à l’instrumentation recherchée. Sollicité notamment par un public français conquis, il remplit régulièrement l’Olympia pour le plus grand bonheur de tous.

Vous êtes un adulte depuis longtemps, maintenant ; comment arrivez-vous si bien à percevoir les attentes, les interrogations, les peurs, les angoisses des enfants ?

C’est difficile à dire… Je suis un adulte qui essaye de trouver une frontière qui est assez fine et assez fragile entre le monde de l’adulte et le monde de l’enfant. Donc je suis toujours en train de me balader là, et j’ai envie de faire quelque chose qu’ils comprennent d’une part, et qui me fasse plaisir à moi d’autre part. C’est peut-être pour ça que les parents qui écoutent ces chansons s’y retrouvent aussi : c’est passé à travers mon filtre d’adulte. Ils n’ont pas envie de s’ennuyer avec des chansons idiotes.

                                SOCIETE : « Les enfants roulent des mécaniques un peu plus tôt. »

Y a-t-il des sujets que vous refusez d’aborder dans vos chansons ? Ou au contraire, y a-t-il des sujets que vous aimeriez traiter sans savoir comment ?

Il n’y a aucun sujet que je refuse, mais il y a des choses un peu compliquées à traiter. La mort, par exemple, c’est difficile. Je l’ai traitée dans certaines chansons à travers des fables animalières. Il faut faire des chansons allégoriques. Si un sujet me paraît difficile et que j’ai envie de le traiter, je ne vais pas le sortir tant que je n’ai pas trouvé le bon éclairage ni le bon angle pour en parler, pour que les enfants le comprennent bien.

Vous n’avez pas fait de chansons sur le divorce, par exemple, alors que de nombreux enfants sont concernés…

J’en ai fait une, mais elle était tellement triste que tout mon entourage pleurait ! J’ai une chanson qui parle de la rentrée de classe d’un enfant dont les parents travaillent, et donc il rentre chez lui tout seul avec sa clef et il se débrouille avec ce qu’il a (J’attends Maman, j’attends Papa). Mais ça ne sous-entendait pas vraiment que les parents étaient divorcés. C’est un sujet difficile. Je n’ai pas encore trouvé l’angle.

S’adresse-t-on aux enfants de 2010 comme on s’adressait aux enfants de 1980 ?

Oui. Simplement, j’ai remarqué que la tranche d’âge qui m’écoute a baissé. Avant, je pouvais toucher les enfants jusqu’à 9-10 ans. Maintenant, à cet âge-là, ils ont un peu quitté mon univers. A cause ou grâce à la télévision, ils roulent des mécaniques un peu plus tôt. Ils reviennent à moi à la post-adolescence et au début de l’âge adulte parce qu’ils ont gardé un bon souvenir de moi. Et ils m’écrivent beaucoup – notamment via Facebook.

                   INTERNET : « Concernant le téléchargement, je suis au même tarif que Madonna. »

Vous avez un site, un blog, un Facebook, un Twitter. Cette présence sur Internet est très étonnante, pour un chanteur pour enfants, et pour un homme de votre âge…

Pourquoi étonnante pour un chanteur pour enfants ? Le type de chanson n’a pas tellement d’importance s’il y a un support technologique intéressant pour toucher un public. Ce n’est pas parce que c’est de la chanson pour enfants que ça ne peut pas aller sur ces formats-là. Par contre, vous avez raison quant à l’âge : quand je vois mes contemporains, ils sont un peu perdus dans ce genre de technique. C’est vrai qu’à cet âge-là on se dit : « Ouh la la, c’est pas pour moi, j’y connais rien, j’y comprends rien ! »

Est-ce que vous maîtrisez assez ces techniques pour vous occuper vous-même de ces plateformes d’échanges ?

Pour tout ce qui est d’ordre purement technique, comme mettre en ligne des contenus audio ou vidéo, je ne le fais pas moi-même parce que je ne sais pas le faire. Je pourrais apprendre, mais il y a quelqu’un à Paris qui s’en occupe pour moi. Mais au-delà de ça, je réponds moi-même à tous les gens qui m’écrivent, oui. Je n’ai pas envie que ce soit eux qui s’en occupent, ils n’ont pas ma tournure, donc je préfère le faire. Mais je réponds de manière assez simple, assez succincte. On m’envoie des tartines très sympathiques où on me dit qu’on a grandi avec mes chansons, alors je fais un bisou aux enfants et je remercie pour le petit mot mais je ne fais pas de lettre. Ça me prendrait trop de temps.

Avez-vous ressenti une baisse vente de vos disques avec le téléchargement ?

Comme tout le monde, oui. Je suis au même tarif que Madonna. C’est une perte mondiale de 70% des ventes. C’est une baisse sensible, c’est énorme.

Avez-vous fait fortune ?

J’ai pu me payer une maison, j’ai pu me payer une belle voiture, mais je ne pense pas qu’on puisse parler de « faire fortune ».

                                QUESTION EN CHANSON : « J’étais un enfant assez sage. »

« C’est à l’école tagadagada qu’on apprend les bêtises ! » En avez-vous appris beaucoup, à l’école ?

Non, j’étais un enfant assez sage, finalement. Je ne mettais pas la pagaille pour faire rire mes petits copains, j’étais plutôt discret.

Est-ce que vous avez réalisé un de vos rêves d’enfant ?

Les rêves m’arrivent un peu tout seul : je n’ai pas eu besoin d’aller décrocher la lune. La chance est beaucoup venue à moi. Mais les choses importantes et fondamentales, vous savez, il n’y en a pas beaucoup. On peut rêver de faire fortune, bien sûr. On peut imaginer par exemple qu’on a un grand coup de chance qui nous tombe dessus et c’est formidable. Mais ce n’est pas comme ça que ça se passe. Ce sont de petites chances, ce sont plein de petits éléments de la vie qui finissent par vous faire la vie belle.

Que peut-on vous souhaiter pour 2010 ?
Les fondamentaux : la santé. Et après, tout découle de ça.

Propos recueillis par Florence Porcel

[ITW] Pénélope Bagieu, illustratrice qui croque le quotidien

décembre 9, 2009 dans Culture, En vrac, Interviews

Pénélope Bagieu, plus connue par les internautes sous le nom de Pénélope Jolicœur, est une jeune illustratrice parisienne de 27 ans. Diplômée de l’ENSAD où elle a suivi des études de cinéma d’animation, c’est par son blog qu’elle s’est fait connaître du grand public, en y racontant avec des illustrations toujours plus drôles des anecdotes de son quotidien.

Bonjour Pénélope… Bagieu ? Jolicœur ? Quelle différence (ou pas !) faites-vous entre les deux ?

« penelope-jolicoeur » est l’URL de mon blog. Ce n’est donc ni un personnage, ni un pseudonyme.

INTERNET : « C’est grâce à mon blog qu’on m’a proposé de publier ma première BD. »

 Votre blog rencontre un grand succès. L’avez-vous créé par envie ou par besoin ?

Je l’ai créé pour dessiner en-dehors de mon travail d’illustratrice, sans brief, sans commande et surtout sans recevoir l’avis de personne. La mise en forme « blog » me permet de ne pas avoir de feuilles de croquis qui s’empilent jusqu’au plafond. Quant au fait de raconter des petites anecdotes de ma vie de tous les jours, ça évite de me prendre trop de temps ou de trop me casser la tête à chercher des histoires.

http://penelope-jolicoeur.typepad.fr/.a/6a00e551dd382d88340120a66f647e970c-pi


Est-ce que votre blog vous a aidé à décrocher des contrats ?

Des contrats, non : dans la publicité, on distingue bien les illustrateurs professionnels des gens qui font ça pour le plaisir. En revanche, c’est grâce à mon blog qu’on m’a proposé de publier ma première BD.

Vous êtes devenue une « blogueuse influente ». Est-il arrivé que des amitiés à l’intérieur de la blogosphère se transforment en amitiés « réelles » ?

Non. Mais je suis devenue amie avec des auteurs à force de les croiser dans les salons et les festivals.

SOCIETE : son image de parisienne ? « Rien de très fou-fou ! »

La presse vous présente souvent comme le parfait exemple de la parisienne moderne. Aviez-vous conscience de cette image ? Comment vous en accommodez-vous ?

Je ne sais pas trop. Comme je n’ai jamais vécu ailleurs, je n’ai pas trop de points de comparaison. En fait, ça doit surtout être l’image de n’importe quelle fille de mon âge qui vit dans une ville, et qui jongle donc entre le boulot, le mec, les copines, les sorties et le supermarché qui ferme à 22 heures. Rien de très fou-fou !

Comment définiriez-vous la « Parisienne » ?

Aucune idée !

ARGENT : « Je vis très décemment. »

Vos activités d’illustratrice vous amène à travailler dans divers domaines : la publicité, la bande dessinée, l’édition, la presse, etc… Lequel est le plus lucratif ?

La pub, sans aucune hésitation ! Mais c’est aussi le moins rigolo. On ne peut pas tout avoir !

Vivez-vous décemment de votre talent ?

Je vis très décemment, même. La première année, j’ai gagné aux alentours de 2 ou 3000 euros par mois. J’ai eu beaucoup de chance et j’ai été très bien entourée. Même si c’est évidemment très aléatoire, surtout dans la pub : on a parfois une grosse commande, et parfois plus rien pendant des mois. Et dans l’édition, on gagne moins, forcément.

CULTURE : « J’avale quotidiennement mon poids en BD. »

Quelles sont vos pratiques culturelles ?

J’essaye de voir au maximum en concert les groupes et les chanteurs que j’aime, parce que c’est le dernier moyen de rémunérer leur travail. Ce n’est pas en achetant leur album à 9 euros sur iTunes que je vais encourager les petits groupes qui démarrent, hélas ! Et comme j’ai la chance d’avoir la plupart des concerts dans ma ville, voire dans mon quartier, je ne m’en prive pas.

Je vais au cinéma au moins une fois par semaine depuis que j’ai la carte MK2-UGC. Quant au spectacle vivant, une fois par mois seulement. C’est malheureux à dire, mais uniquement par manque d’accompagnateur ! J’ai découvert la danse contemporaine depuis peu et j’adore ça, mais je manque cruellement d’amis amateurs…

En littérature, j’aime beaucoup les auteurs américains, mais pas forcément très récents. Et j’avale quotidiennement mon poids en BD.

http://penelope-jolicoeur.typepad.fr/.a/6a00e551dd382d883401156fcc4735970b-pi

Si 2012 était la fin du monde et que vous aviez la possibilité d’émigrer sur Pandora, que sauveriez-vous de notre patrimoine culturel ?

Les vins de Bourgogne, sans hésiter.

MEDIAS : « Je ne veux pas qu’on me dise ce que je dois manger pour rentrer dans un 34. »

Quel est votre rapport à l’actualité ?

Je la suis suffisamment pour être sûre de ne pas passer à côté de LA grosse info.

Quelles sont vos pratiques d’accès à l’information ?

Je suis abonnée au Monde, même si au final, quand je rentre chez moi le soir et que je le prends dans ma boîte aux lettres, j’ai déjà lu toute l’actualité chaude sur leur site internet ou sur leur application iPhone. Mais rien ne remplace la version papier pour moi, c’est vraiment mon petit rituel.

A part ça, je lis quelques rares hebdomadaires, comme le Courrier International. Et en radio, je n’écoute pas du tout les infos, mais seulement des émissions, avec deux rendez-vous incontournables tous les jours sur France Inter : « 2000 ans d’histoire » de Patrice Gélinet, et « La tête au carré » de Mathieu Vidard.

Et sinon, à part la presse people, rien ! Et surtout pas de magazines féminins.

Pourquoi ?

Parce que ça m’ennuie. Si je veux de l’info, je préfère lire de la presse généraliste ; si je veux voir des fringues, je préfère la rue ou internet ; et si je veux du potin, je préfère Voici ! Je ne veux pas qu’on me dise ce que je dois manger pour rentrer dans un 34 ou à quelle œuvre humanitaire envoyer mes dons.

Si j’étais la représentante de tous les journalistes de France, qu’auriez-vous envie de me dire ?

Courage !

Que peut-on vous souhaiter pour 2010 ?

Du temps libre !

Propos recueillis par Florence Porcel