[DANSE] Rosas danst Rosas : un spectacle nerveux au minimalisme entêtant

novembre 18, 2009 dans Culture, En vrac, Travaux universitaires

Rosas danst Rosas, de la chorégraphe belge Anne Teresa de Keersmaeker, est une pièce en quatre mouvements pour quatre danseuses, sur une musique de Thierry de Mey et Peter Vermeersch. Créée en 1983, elle a révolutionné le monde de la danse de par sa base de travail minimaliste : économie de sons, économie de mouvements, économie de décors, économie de costumes. Un excès de petits riens qui font de cette pièce le manifeste fondateur de la chorégraphe.

Une chorégraphie intense et rythmée

Les danseuses, d’abord allongées, déclinent toute une gamme de mouvement saccadés et répétitifs sur la seule musique de leur souffle et du bruissement de leurs étoffes. Dans ce faux silence qui en devient presque oppressant, les gestes succèdent à l’immobilité, sorte de virgule suspendue dans une chorégraphie écrasée par la gravité tenace. Les corps sont lourds et ne retrouveront un semblant de verticalité qu’assis sur quatre chaises. Là, emportés par les percussions butées de Thierry de Mey, ils déclineront une partition réduite de gestes du quotidien, à la fois mécaniques et d’une féminité extrême : découvrir une épaule, la recouvrir d’un geste faussement pudique, passer une main dans les cheveux, croiser et décroiser les jambes, se serrer le ventre. La répétition des mouvements hypnotise, les rythmes sont secs, mais Anne Teresa de Keersmaeker réussit tout de même l’exploit d’insuffler une fluidité presque violente à l’ensemble du spectacle.

Un spectacle intemporel

Vingt-six ans après sa création, Rosas danst Rosas n’a pas pris une ride. De nombreuses fois primée, cette chorégraphie fait alterner dans une rare obstination agressivité et tendresse, uniformité et individualité. Une pièce nerveuse plus que jamais actuelle, dont les décors industriels et les costumes grossiers fustigent un monde du travail coupable d’une condition féminine mise à mal. Les rengaines sonores et visuelles sont entêtantes, le quotidien est sublimé, et les longueurs dans le rythme ne sont que la mise en abyme de mouvements qui savent se laisser incarner.