Eurovision 2019 : la victoire de la mélancolie masculine

mai 20, 2019 dans Non classé

La vilaine réputation de l’Eurovision en France est tenace. Qualifié de « kitsch », le concours et celleux qui prennent plaisir à le suivre sont systématiquement rangés dans la catégorie des ringards (au mieux), dénués de toute oreille musicale (au pire). Ses détracteurs ne manquent jamais d’affirmer dans un mépris ricané qu’ils ne supporteraient pas d’écouter de la si mauvaise musique.

Bien entendu, ces représentants auto-proclamés de la bien-pensance et du bon goût ne se rendent pas compte à quel point ils sont ridicules : la plupart d’entre eux n’a jamais regardé (ni écouté…) le concours. Peut-être ont-ils vu des images d’archives datant des années 70-80 où, effectivement, le kitsch (et ce n’est pas une insulte à mon sens) était roi. Sauf que le kitsch n’était pas seulement l’apanage de l’Eurovision : ce concours est juste le reflet de son époque. C’était les années 70-80 qui étaient kitsch, pas l’émission.

Laissons de côté les donneurs de leçon ignorants. Cette édition 2019 est une mine d’or pour qui veut comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Des corps, des corps, des corps partout

L’Eurovision est la seule émission, à ma connaissance, qui donne à voir la diversité des corps humains. Si on devait envoyer un contenu à des extraterrestres pour leur montrer à quoi peuvent ressembler des homo sapiens, j’enverrai les trois émissions de l’édition de cette année. L’éventail des corps possibles n’est certes pas complet, mais il est bien plus large que ce qu’on nous donne à voir habituellement. Et Faustine Bollaert a raison : ça fait du bien.

 

Le ton est donné dès l’ouverture du concours : c’est la chanteuse Netta, gagnante de l’année précédente, qui ouvre le bal, comme un pied de nez à la grossophobie. Et cette silhouette n’est pas seulement réservée aux seules chanteuses : Lizzie Howell, également en surpoids, a accompagné Bilal Hassani en sa qualité de danseuse classique.

Toutes les chanteuses et danseuses n’étaient d’ailleurs pas de jeunes femmes filiformes. J’ai été agréablement surprise de constater que nombres d’entre elles ne pouvaient pas rentrer dans un 34 ou un 36 – à vue de nez (bien entendu, je n’ai pas eu accès aux étiquettes), toute la gamme du 38 au 42/44 (voire plus pour certaines choristes suédoises) était représentée dans cette édition. Comme quoi, les métiers d’image et de représentation évoluent en arrêtant de se priver des talents qui n’entrent pas dans la dictature de la minceur – voire de la maigreur. Finalement, l’entraînante chanteuse chypriote a eu l’air d’une outsider…

Cette année encore moins que les précédentes, l’Europe (élargie… mais j’y reviendrai) n’est pas seulement blanche et blonde avec une tolérance pour le brun et le mat pour le Portugal, l’Espagne, l’Italie et Israël. Là encore, les corps humains dans toute leur diversité ont été représentés : cinq personnes noires pour la Suède, deux pour accompagner le chanteur belge, une pour accompagner le Danemark, la Suisse et Saint-Marin ; des personnes d’origine asiatique pour le Danemark et la France… Et ce n’est sans doute pas une liste exhaustive puisque j’écris ce billet de mémoire.

Les personnes invalides rejoignent les personnes grosses ou racisées dans ce fabuleux éventail de la diversité des corps humains présents au sein de cette même édition. Lin Ching Lan, l’une des deux danseuses de Bilal Hassani, est sourde. Elle est à ma connaissance la seule personne handicapée à avoir concouru, mais l’émission en a présenté bien d’autres : pendant la période de vote de la deuxième demi-finale, le Shalva Band est venu offrir une prestation. Or, le Shalva Band est un groupe composé de huit personnes souffrant de handicaps divers, dont deux chanteuses aveugles et un percussionniste trisomique…

La diversité d’homo sapiens passe aussi par le sexe et le genre. Là encore, l’Eurovision nous offre une palette d’une richesse inouïe : des hommes et des femmes cisgenres, bien sûr, mais également une femme trans (Dana International) venue chanter hors-concours lors de la première demi-finale, et des artistes qui jouent avec les identités.
Bilal Hassani, le candidat français, est un jeune homme qui porte des robes et des perruques aux cheveux longs ; Conchita Wurst (de son vrai nom Thomas Neuwirth), un drag queen autrichien, emploie le masculin pour parler de lui dans le « civil », et le féminin pour son personnage de Conchita, lorsqu’elle est en représentation. Quant à Verka Serdutchka, c’est le personnage féminin interprété par un artiste masculin.
Conchita Wurst et Verka Serdutchka ont toutes les deux concouru lors d’éditions précédentes, et ont réalisé une performance dans un tableau lors de la finale en attendant les résultats des votes.

Pour finir, les différentes tranches d’âge ont été assez équitablement représentées. Si l’écrasante majorité des artistes étaient dans la tranche des 20-30 ans (de mémoire, une fois encore…), l’amplitude allait de 16 ans (la chanteuse biélorusse) à 54 ans (le chanteur de Saint-Marin). À ma connaissance, au sein du concours, aucune femme n’avait au-dessus de 36 ans (à part peut-être au sein des choristes suédoises ?), mais Dana International (47 ans), Madonna (60 ans) et Gali Atari (65 ans) sont venues chanter hors compétition.

L’incroyable diversité des corps humains représentés lors de cette édition 2019 fait un bien FOU, surtout quand on sait qu’elle a été vue par 4,7 millions de téléspectateurs en France (30,2 % de part de marché, loin devant The Voice) ; et surtout qu’il s’agit toutes éditions confondues de la deuxième émission la plus regardée au monde, après une émission chinoise qui célèbre chaque année le Nouvel An Chinois (même le SuperBowl est derrière…)

Les qualificatifs « kitsch » et « ringard » (sous-entendu arriéré, beauf, conservateur et d’un autre temps) ne peuvent plus être utilisés pour qualifier le concours tel qu’il a évolué. Evidemment qu’il y a toujours des tableaux kitsch, ça n’empêche pas. Cette année, il nous a été offert par la Croatie… qui n’a pas été qualifiée. Elle n’a donc pas concouru pour la finale.

L’abolition des frontières

Ce qui m’a frappé lors de cette édition (sans doute parce que je suis en pleine lecture du livre « Un appartement sur Uranus » de Paul B. Preciado), c’est à quel point l’Eurovision est l’incarnation artistique et médiatique du monde actuel, tiraillé entre différentes transitions inéluctables d’une part, et la volonté de les empêcher et de revenir à des temps révolus d’autre part.

Les frontières géographiques et culturelles

L’Eurovision est un concours organisé par UER (Union européenne de radio-télévision) : les pays ayant le droit de participer doivent en être des membres actifs. Lesdits membres ne font pas forcément partie de l’UE (comme la Suisse et la Norvège, par exemple) ni de l’Europe « géographique » (comme Israël ou la Russie). L’Australie, invitée pour la première fois en 2015 pour les 60 ans du concours (et invitée chaque année depuis), est un membre associé de l’UER. Si le concours était ouvert aux autres membres associés, il deviendrait international puisque tous les continents seraient représentés. Et pourquoi pas ?…
Mais parler de frontières dans le monde d’aujourd’hui a-t-il vraiment un sens ? Les pays candidats présentent-ils toujours leur folklore local ? Ça peut arriver, comme la Pologne cette année (qui n’a malheureusement pas été qualifiée pour la finale). Mais pas toujours. Dans ce cas, pourquoi continuer à faire concourir des pays ou des nationalités ? Ne vaudrait-il pas mieux faire concourir les artistes en leur nom plutôt qu’en tant que représentant d’un pays ?
Ce système n’a pas vraiment de sens, déjà parce que des candidats malheureux dans leur pays peuvent tenter leur chance en représentant un autre pays, mais surtout parce que les pays européens ont des histoires variées et complexes, rythmées parfois par des changements de frontières géographiques au gré des conflits, et/ou par les migrations. Ou bien pour d’autres raisons, comme par exemple le choix de la langue. En 2016, la chanteuse autrichienne a chanté intégralement en français parce qu’elle a été scolarisée dans une école française à Vienne et qu’elle allait passer ses vacances chez ses grands-parents à Paris. Cette année, la chanteuse danoise a chanté en anglais, danois, norvégien, allemand et français !
Lors de cette édition 2019, le chanteur suédois, d’origine anglaise, a représenté la Suède mais a également écrit la chanson de son concurrent représentant le Royaume-Uni ! Serhat, le représentant de Saint-Marin, est… turc. Bilal Hassani, le Français, a concouru avec une danseuse américaine et une danseuse taïwanaise. Le candidat italien, qui a un père égyptien, chante une phrase en arabe (qu’il ne parle d’ailleurs pas !) Et le chanteur portugais a proposé une chanson (en portugais) aux multiples inspirations, notamment du Sud de l’Europe et du Nord de l’Afrique (et il aurait mérité sa place en finale bien mieux que Saint-Marin, si vous voulez mon avis).

Puisque le concours n’impose pas de proposer un morceau issu ou inspiré des musiques traditionnelles de chaque pays candidat, ni d’ailleurs de chanter dans sa langue (17 pays sur 41 cette année ont néanmoins chanté tout ou partie dans leur langue), alors je répète : quel sens cela a-t-il de représenter un pays ? J’aimerais que le concours évolue. Que chaque pays propose un artiste ou un groupe, mais qu’ils concourent en leur nom propre et que leur nationalité ne soit jamais mentionnée dans l’émission ni transmise au jury professionnel.
Cette nouvelle règle pourrait régler un problème récurrent : la distribution des points pour des raisons plus géopolitiques qu’artistiques. C’est de moins en moins supporté par le public, qui hue les jurés pris la main dans le sac. Je ne dis pas que ça pourrait disparaître totalement avec la nouvelle règle, mais ça permettrait de réduire les influences. Concernant le vote du public, il faudrait quand même continuer à interdire aux habitants d’un pays de voter pour « leur » candidat, pour éviter que les pays à grosse population ne soit pas avantagés par rapport aux autres.

Une Europe élargie, où les pays hors UE sont les bienvenus ; des influences musicales qui se mélangent ; des artistes issus de plusieurs cultures… A travers l’Eurovision, c’est une monde où les frontières culturelles et géopolitiques s’estompent. Pourquoi ne pas les supprimer, puisqu’elles sont si artificielles ?…

Les frontières d’un monde binaire

Tout comme les frontières géographiques sont des « fictions politiques » (selon les mots de Paul B. Preciado) qui s’effritent dans notre monde en transition, nos civilisations sont basés sur différents types de binarités (d’autres fictions politiques…) qui semblent de moins en moins tenir au sein du concours, qui agit comme miroir grossissant de nos sociétés.

Une chanteuse aveugle est-elle réellement « invalide » ? On ne chante pas avec les yeux… Une danseuse sourde est-elle réellement « handicapée » quand elle peut suivre le rythme grâce aux vibrations qu’elle ressent dans son corps ? Un percussionniste trisomique est-il réellement « déficient » alors que son QI n’est absolument pas un problème pour jouer de ses instruments ?
Cette édition 2019 a prouvé par l’exemple que non. La frontière entre artistes valides et artistes invalides n’a plus lieu d’être. La preuve : je doute fort que quiconque ignorait l’histoire de Lin Ching Lan ait deviné sa surdité…

La sacro-sainte binarité homme/femme est également remise en question. Le corps qui abrite Thomas Neuwirth ET Conchita Wurst est à la fois homme et femme. Bilal Hassani est un homme qui emprunte certains des codes de la féminité. Dana International est une femme trans. Andriy Danylko, un homme, sert de véhicule à Verka Serduchka, une femme. Drag queen, queer, trans, travesti (ou qui que ce soit d’autre à l’avenir), à l’Eurovision, ce n’est pas un problème. C’est juste comme ça. En fait, c’est. Et voilà tout. Peut-être parce qu’on ne doit pas cocher de case homme/femme sur les formulaires d’inscription ? (À vérifier.) Ce serait pas mal qu’on y vienne dans nos administrations et que ce ne soit plus non plus un sujet dans nos sociétés.

You put me in a box
Want me to be like you
Je suis pas dans les codes
Ça dérange beaucoup
(…)
Ce qu’on est, on ne l’a pas choisi
(…)
Ça passe ou ça casse, mais ça regarde qui ?

… chante Bilal Hassani (dans une chanson ironiquement co-écrite par le jeune chanteur et par un groupe qui s’appelle… Madame Monsieur).

Moins politique que le genre ou le sexe : l’opposition entre le lyrique et la pop, ou le classique et le moderne. A l’Eurovision, les genres se mélangent, souvent pour le meilleur. Cette année (mais il y a des tas d’autres exemples dans les années précédentes) Bilal Hassani, qui a interprété une chanson pop, a convié une danseuse classique pour l’accompagner. Dans un autre style (et c’est mon coup de cœur 2019), la chanteuse australienne a intégré du chant lyrique dans sa chanson pop.

La transition vers un monde plus juste, plus tolérant, plus respectueux des diversités des corps humains et moins porté sur les frontières et les binarités artificielles trouve donc de lumineux exemples dans l’édition 2019 de l’Eurovision. Malgré tout, le palmarès de cette année semble vouloir aller contre ce progrès…

L’Ancien Monde fait de la résistance

Si on considère le podium de cette édition 2019, soit les trois premiers (jury + public confondus), il est… 100 % masculin. Avouez qu’il y a de quoi s’étonner.
Les Pays-Bas ont été représentés par un chanteur solo, l’Italie par un chanteur solo accompagné de trois danseurs (seul tableau 100 % masculin du concours, hors chanteur solo, de mémoire), et la Russie par un chanteur solo également (qui était en plus démultiplié dans le décor). Les chanteuses solo n’arrivent qu’en 8ème et 9ème place dans le classement de la finale ! C’est d’autant plus rageant qu’il s’agit respectivement de la Macédoine du Nord qui s’est classée 2ème lors de la deuxième demi-finale, et de l’Australie qui s’est classée 1ère lors de la première demi-finale…

Ce qui frappe dans ce trio de tête, au-delà du fait qu’il soit 100 % masculin, c’est que les chansons présentées sont toutes tristes et sombres. Duncan Laurence (Pays-Bas) a donc remporté le concours avec sa chanson « Arcade » qui parle d’une déception amoureuse. Pendant l’émission, on nous a informé pendant la présentation du candidat que la jeune femme en question était décédée, et que c’était également une chanson sur le deuil (ce qui ne transparaît absolument pas dans les paroles). La mise en scène est minimaliste : le chanteur est assis au piano, avec un décor de ciel nuageux bleu sombre derrière lui.

Sergeï Lazarev (Russie), qui s’est classé troisième, a également chanté la déception amoureuse avec son titre « Scream ». Seul sur scène également, il évolue, démultiplié sur les écrans, dans un décor sombre et triste, derrière une plaque de plexiglas, avec beaucoup de pluie.

Quant à Mahmood (Italie), qui s’est classé deuxième, il a interprété « Soldi », qui veut dire « argent » – c’est tout ce que les non-italianophones avaient comme indice sur le contenu de la chanson. Impossible de savoir pendant le concours de quoi il parlait précisément, mais quelques éléments du décor posaient l’état d’esprit : comme pour le chanteur russe, il est régulièrement apparu sur les écrans derrière, soit comme petit garçon, soit en portrait actuel, entrecoupé de phrases du style « it hurts to be alive » (vivre est douloureux). Ambiance.

Bref, ce que je retiens de ces trois candidats, ce sont des chansons tristes, sombres, voire désabusées, sans place pour l’espoir, avec des chanteurs très autocentrés chantant l’abandon dans toutes ses formes. Il est amusant (non) de constater qu’à la fin de l’émission, le suspense sur le nom du gagnant se jouait entre le chanteur néerlandais… et le chanteur suédois, qui a également chanté la déception amoureuse (il est finalement 6ème du classement).
J’ai presque envie de parler de male tears… Non pas que les femmes n’aient pas chanté les déceptions amoureuses, mais avec un tout autre résultat : c’était le cas de la Roumanie et de la Moldavie, par exemple… et elles n’ont pas été qualifiées pour la finale, alors qu’elles avaient le mérite de présenter des tableaux visuellement sublimes, bien loin des mises en scène inexistantes et/ou égocentriques du trio de tête.

J’entends d’ici tous ceux qui vont me dire : « Oui mais attends, c’est un concours de chanson, on juge la chanson, et puis c’est tout. » Evidemment, ce raisonnement ne tient pas la route deux secondes. Certes, c’est un concours de la chanson, mais qui joue beaucoup plus sur les émotions que sur la musique elle-même. Et il s’inscrit dans un contexte géopolitique (surtout l’Eurovision, hélas…) et sociétal. L’émotion et le contexte ont donc beaucoup plus à voir dans les résultats du concours que les performances scéniques ou la qualité de la chanson.
En 2018, c’est une chanson inspirée du mouvement #MeToo qui a gagné. En 2017, le gagnant était le chanteur portugais, en attente d’une greffe de cœur, qui a ému tout le monde, à tel point qu’il a gagné en battant le record absolu de points – sans compter qu’il s’était engagé publiquement sur la cause des migrants. En 2016, c’est l’Ukraine qui a gagné, face au Russe Sergey Lazarev donné favori (et finalement 3ème comme cette année), avec une chanson sur la déportation des Tatars en Crimée. Etc…

Bien entendu, on peut le regretter. Mais le fait est que l’analyse des résultats du concours a bien plus de sens sous le prisme socio-politique que du point de vue strictement artistique. Malgré le caractère plus que progressiste du concours en général, il est intéressant de constater un trio de tête 100 % masculin sur des thématiques éculées (la déception amoureuse et l’argent, seriously ?…) dans des mises en scène plus que sombres pour cette édition 2019. Le blues d’un type de masculinité en voie de disparition ? (On pourrait me contredire en me signalant que le chanteur néerlandais est ouvertement bisexuel, et le chanteur italien ouvertement homosexuel. Oui, mais ce sont des informations que j’ai apprises après le concours, en allant faire des recherches. Ça n’était pas dans la description des candidats, donc l’écrasante majorité des gens qui ont voté pour eux l’ignoraient…)
Pour revenir à un jugement sur des termes purement artistiques, aucune des trois chansons n’était particulièrement dingue. Sans être mauvaises, elles ne sortaient pas vraiment de l’ordinaire et étaient parfaitement formatées dans leurs styles respectifs. Quant aux deux mises scènes un peu travaillées (Italie et Russie), elles étaient, encore une fois, très égocentrées. Un repli sur soi… Sans compter que les danseurs italiens étaient un peu brouillons. Bref, si l’on jugeait sur l’artistique pure, alors à aucun moment ces trois chansons n’auraient pu finir sur le podium.

D’un point de vue personnel, devant l’Eurovision, j’attends : une chanson originale et/ou qui me touche du point de vue mélodique, avec un soin particulier porté sur la mise en scène, le décor et les costumes. Bref, je veux en prendre plein la vue, être surprise, voir du grand spectacle, et je ne me satisfais jamais d’un artiste statique à un micro ou assis à un piano. À partir de cette grille d’évaluation, voici mon podium à moi pour cette édition 2019.

3) L’Islande : plus qu’une surprise, un tableau tout à fait jouissif, avec une chanson metalo-techno-pop à réveiller les morts. Ils se sont classés 10ème à la finale.

2) La Roumanie : une chanson qui m’a fichu les poils, une voix superbe, des costumes et un décor très travaillés, une mise en scène qui nous embarque, bref… une réussite absolue. Malheureusement, classée 13ème lors des deuxièmes demi-finales, elle ne s’est pas qualifiée.

1) L’Australie : certes, j’ai une affinité particulière pour le sujet, puisque la chanson s’appelle « Zero Gravity ». Mais tout de même : c’était la mise en scène la plus impressionnante de l’histoire du concours. La performance technique est dingue, les costumes et les décors sont sublimes, et la performance vocale (mi-variété, mi-lyrique) est dingue, avec une chanson très particulière, loin du formatage habituel. Bref, un petit bijou. Donnée favorite par les sondages, elle s’est finalement classée à la 9ème place lors de la finale.

[SCIENCE-FICTION] Les rôles féminins dans les films de SF

novembre 20, 2013 dans Culture, En vrac, Société

Depuis le mois dernier, la Suède donne un label aux films qui sortent pour indiquer leur degré de sexisme (ou non). Il est basé sur le test de Bechdel, créé en 1985 par Alison Bechdel, une dessinatrice féministe américaine, qui évalue la présence des femmes dans un film à base de 3 questions :
- Y a-t-il au moins 2 personnages féminins portant des noms ?
- Ces deux femmes se parlent-elles ?
- Leur conversation porte-t-elle sur un sujet autre qu’un personnage masculin ?
Si les réponses sont oui, alors le film se verra attribuer d’un « label A ».

Si la démarche est honorable, je ne suis pas convaincue que ce test soit le plus à même de juger du sexisme d’un film – soit parce que même si les réponses sont oui, ça n’empêche pas de véhiculer des clichés grotesques ou une vision patriarcale de la société, soit parce que si la réponse est non, ce film peut quand même contrer ces clichés et cette vision.

Preuve en est, par exemple, que Star Wars échoue au test alors que la Princesse Leia est pour moi l’exemple parfait du rôle féminin réussi – mais il n’y en a pas vraiment d’autre dans la trilogie historique (épisodes IV-V-VI) et la réponses aux 2 premières questions est non.
Alors que dans Love Actually (que j’aime beaucoup beaucoup) qui passe le test avec succès (enfin je crois…), les rôles féminins sont cantonnés à femme de, secrétaire de, femme de ménage de, etc. Ce qui, personnellement, m’agace parce qu’on reste dans la femme-définie-uniquement-par-rapport-à-un-homme.

Mais bien avant que je ne prenne conscience de tout ça et que j’analyse tout ce que je vois, j’ai toujours été frustrée, enfant et adolescente, mais sans forcément mettre de mot dessus, de me sentir un peu exclue des films que je voyais.
Particulièrement attirée par la science-fiction, je n’ai jamais vraiment pu m’identifier à des rôles féminins forts (à quelques exceptions près sur lesquelles je vais revenir) comme les petits garçons le faisaient pour à peu près tous ce qu’ils voyaient. Moi, j’en étais réduite à « vouloir » épouser les personnages… C’est un peu triste (et réducteur, donc).

La Princesse Leia, rare personnage féminin fort de la science-fiction

Mais j’ai grandi. Et à l’heure où la Suède instaure donc son label avec lequel je ne suis pas tout à fait d’accord, je me suis dit qu’une petite analyse des personnages féminins dans les films de science-fiction serait sans doute instructive…
Voici donc ma grille de lecture tout à fait personnelle (avec un choix de films tout à fait subjectif) : j’ai classé en 5 catégories les différents statuts des rôles féminins rencontrés dans la SF de ces dernières années.
(Attention, il se peut qu’il y ait parfois des spoilers pour ceux qui n’auraient pas vu les films mentionnés.)

[Ce n'est ni une étude sociologique, ni un jugement de qualité des films, ni un article journalistique, ni un pamphlet pour éliminer les êtres masculins ou assimilés de la surface de la planète, juste un billet personnel sur un blog personnel, merci de vous en souvenir avant de faire des commentaires hors-sujet.]

LES FEMMES QUI NE SERVENT À RIEN

Partie du visuel du DVD français

Irène, interprétée par Uma Thurman, est… Irène, une collègue du héros Jérôme Morrow (Ethan Hawke), astronaute de son état. On ne sait pas quel est son métier, son statut, sa mission. On ne connaît pas son nom de famille. On se demande à quoi sert son personnage à part d’être la caution sexy du film (ce qui n’est pas un vrai rôle, hein)… jusqu’à ce qu’elle ait enfin une utilité dans le scénario.
Et je vous le donne en mille : elle sert d’alibi au héros lors d’un contrôle de salive, qui le refuse en disant au policier « vous ne voudriez quand même pas que le résultat soit faussé, si vous voyez ce que je veux dire… » avec un gros clin d’oeil. No comment.
À la fin, elle deviendra sa petite amie, sans que son personnage n’ait rien apporté de plus à l’intrigue.
Par contre, pour une raison qui m’échappe – enfin non, ça confirme que c’est donc bien la caution sexy du film – elle est très présente sur toutes les versions de l’affiche du film.

Dans Planète Rouge, Carrie-Ann Moss interprète un rôle que l’on pense fort et qui en fait ne sert à rien. C’est elle la chef de la mission martienne, mais… elle a droit au tiercé gagnant : conflit avec l’équipage qui a bien du mal à obéir aux ordres d’une femme ; scène graveleuse où l’un des hommes la regarde en train de se changer ; et finalement, bisou à la fin au seul rescapé de la mission – dont elle devient alors la petite-amie.

C’est bien, parce qu’elle n’est pas du tout hyper-sexualisée, en plus.

Sans compter que finalement dans le film, son rôle s’arrête bien vite puisqu’après un problème technique, elle ne peut pas descendre sur Mars et reste en orbite. (On l’oublie jusqu’à la fin où elle récupère donc le héros pour lui faire un bisou.)

Perséphone dans Matrix, interprétée par Monica Bellucci, c’est une « femme de », et son rôle se résume à se faire embrasser par le héros. Super intéressant, dis donc. (Je parlerai de Trinity plus tard.)

Dans Matrix, Planète Rouge et Bienvenue à Gattaca, les femmes ne sont donc là que pour faire des bisous au héros et devenir leur petite amie. Jolie transition pour la prochaine catégorie…

LES MÈRES DE / ÉPOUSES DE / FILLES DE

Alors là prenez des RTT parce qu’on en a pour un moment. Je vais essayer de la faire courte et par ordre alphabétique de film.

Dans 2012 (que j’aime beaucoup beaucoup, comme quoi, hein), nous avons l’ex-femme du gentil héros américain, l’épouse bimbo du méchant russe, et la fille du Président qui deviendra par la suite la petite-amie du scientifique de l’histoire (passer du papa au mari, vous imaginez comme j’adore l’idée).

Double combo également dans Armageddon, où Grace (Liv Tyler) est à la fois la fille de Bruce Willis et la fiancée de Ben Affleck. Elle a quand même un métier, mais dans la boîte de papa (et c’est anecdotique dans l’histoire).
À la fin du film, Bruce Willis sauve le monde en se sacrifiant à la place de Ben Affleck juste pour que sa fifille ne soit pas trop perdue. Ben oui la pauvre chérie, si aucun homme n’est là pour veiller sur elle, que va-t-elle devenir, hein ?
Il y a quand même une femme pilote de navette dans la deuxième équipe qui part sur l’astéroïde. Mais c’est un rôle mineur (mais c’est déjà ça).

Pareil pour le personnage d’Amanda Seyfried dans Time Out qui est d’abord la fille de son papa milliardaire avant de se faire kidnapper (devenant une victime) puis de devenir la petite-amie du héros.

Double combo encore pour Avatar (décidément, la femme qui passe du papa au mari, on a du mal à s’en débarrasser, hein), le personnage principal féminin s’appelle Neytiri et elle est la fille du chef du village. Plus tard, elle deviendra la petite-amie du héros. Heureusement, d’autres personnages féminins viennent sauver l’affaire : celui de Sigourney Weaver qui est le médecin responsable de la mission et celui de Michelle Rodriguez qui joue une pilote d’hélicoptère (mais qui, si ma mémoire est bonne, se prend quelques réflexions sexistes au passage, c’est vrai que c’est vachement utile dans le scénario de ce genre de film.)

Sigourney Weaver, femme médecin

Dans Mission to Mars, il y a une femme astronaute dans l’équipage. Hourra !! En fait non. C’est la femme d’un autre astronaute. Ça n’est sûrement pas venu à l’esprit des scénaristes qu’une astronaute pouvait juste être astronaute, et pas en plus la femme de. Parce que si elle avait été « juste » astronaute, ça n’aurait strictement rien changé à l’histoire. Alors ? Une explication ?

Dans Inception, Marion Cotillard est la femme de Leonardo DiCaprio. Heureusement, l’autre rôle féminin du film est plus costaud, j’en parlerai plus tard.

Independence Day, c’est un peu comme 2012 : la petite-amie bimbo du héros, l’ex-femme du scientifique, la femme du Président… Par contre, je ne connais pas le genre des aliens. Quelqu’un pourrait-il m’éclairer là-dessus ?

Dans la trilogie Retour vers le futur, Lorraine est la mère de Marty et Jennifer est sa petite-amie. Un effort à noter du côté du troisième volet où Clara est une institutrice férue d’astronomie. Mais elle devient dès son apparition la petite-amie de Doc… Dommage. C’était bien tenté.

Dans Snowpiercer (toujours en salles, foncez le voir), les 2 personnages féminins du côté des révoltés sont une mère d’un petit garçon disparu et la fille d’un des personnages principaux. Les 3 autres femmes du film ont un rôle un peu moins réducteur… mais… J’y viens tout de suite.

(Mais avant de passer à la catégorie suivante, je viens de me rendre compte de quelque chose d’édifiant : pour chaque film traité jusqu’ici, je peux compter les personnages féminins. Essayez de faire la même chose avec les hommes, pour voir…
Comment ? Non, en effet. Ce n’est pas possible.
Voilà.)

LES RÔLES INTÉRESSANTS… OU PRESQUE 

Snowpiercer, donc, avec unE ministre du train mais qui est complètement sous l’influence du grand gourou Wilford – tout comme l’institutrice enceinte jusqu’aux yeux. Quant au cinquième personnage féminin, peu présent, elle est certes munie d’une arme mais il s’agit d’une sorte d’assistante. En fait, son statut n’est pas très bien défini.

Dans L’armée des 12 singes, Madeleine Stowe interprète Kathryn Railly, une psychiatre, auteure et conférencière, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Malheureusement, elle bascule au milieu du film de médecin à victime en se faisant enlever par Bruce Willis.
Elle n’en reste pas moins psychiatre, mais… mais à partir de là, elle est sans arrêt renvoyée à sa sexualité : d’abord victime d’une tentative de viol où elle se retrouve à quatre pattes devant un homme qui commence à se déshabiller en la traitant d’un délicieux « salope » ; ensuite, lorsqu’elle raccroche d’un coup de fil, son interlocuteur la gratifie d’un condescendant « une psychiatre en dentelles et talons aiguilles » ; enfin, quand elle se réfugie dans un hôtel avec Bruce Willis, le mec à l’accueil la prend pour une prostituée. Ça aurait pu s’arrêter là, sauf que dans la suite, un proxénète vient l’agresser dans sa chambre en lui reprochant d’être sur son territoire…
Rôle important dans l’intrigue, psychiatre reconnue… mais ça reste une p…, quand même.

Même combat dans Blade Runner. Il y a 2 personnages féminins. L’une, Pris, est un robot destiné au plaisir sexuel (des hommes évidemment) – et accessoirement petite-amie d’un autre personnage. Quant à Rachel, elle est l’assistante d’un des personnages.
Vous allez me dire : oui, mais dans Intelligence Artificielle, Jude Law joue un gigolo ! C’est exact. Mais il n’est pas tout le temps à poil, lui.

Pour l’instant, les femmes ont beau avoir des rôles importants, elles sont soit renvoyées (voire réduites) à leur sexualité, soit en position d’infériorité dans leur vie professionnelle.

Trinity, le personnage qu'on croyait indépendant et en fait non

On retrouve Carrie-Ann Moss et la fameuse Trinity. Quand, au début du film, on découvre que c’est une hackeuse, on se dit chouette ! un personnage féminin intéressant. Et puis en fait non.
Parce que Trinity malgré son statut de hackeuse, c’est une sorte d’assistante de Morpheus. Alors d’accord, elle court, elle se bat, elle fait de la moto… mais si ce personnage est une femme, c’est uniquement parce qu’il y a une prophétie qui dit qu’elle tombera amoureuse de l’Élu. Aaaah, ok… Moi qui croyais qu’elle pouvait être autre chose que la-petite-amie-du-héros…
Et il y a ce grand moment où elle sauve la vie de Neo… en l’embrassant. Tandis que plus tard, quand c’est Neo qui lui sauve la vie à son tour, il lui fait un message cardiaque. Elle, non. Une femme, ça ne fait pas de massage cardiaque, ça ressuscite d’un seul baiser, c’est bien connu.

Dans Matrix, il y a aussi l’Oracle, qui est une femme. Choix révolutionnaire dans le casting ? Mmmh… non. L’oracle est dans la droite lignée de la Pythie hystérique, de la sorcière maléfique et de la voyante complètement barrée. On reste quand même pas mal dans le cliché…

J’aurais sincèrement voulu mettre Ariane du fabuleux Inception dans la catégorie « rôle féminin réussi ». Elle est architecte, brillante, intelligente, dégourdie… Tout pour plaire. Vraiment. Mais… mais un détail dans le scénario la rétrograde, à mon plus grand regret.
À un moment, dans un rêve, un des personnages lui demande de l’embrasser pour essayer de détourner l’attention de gens qui semblent leur vouloir du mal. Elle n’a pas trop le choix, elle s’exécute. Voici la suite :
- Ça a fonctionné ?
- Non.
- …
- Ça valait la peine de tenter le coup, répond l’homme qui lui a volé un baiser d’un air taquin.
Ariane, comprenant qu’elle vient de se faire avoir, sourit du genre « ah ah ah, quelle bonne blague, on m’a forcée à embrasser quelqu’un, c’est tellement drôle d’être victime d’une agression sexuelle ! » (Oui, un baiser obtenu par contrainte est une agression sexuelle.)
Si le scénariste (Christopher Nolan en l’occurrence) avait été une femme, voici ce qu’elle aurait sans doute écrit :
(… bla bla bla…)
- Ça valait la peine de tenter le coup, répond l’homme qui lui a volé un baiser d’un air taquin.
Ariane le gifle, puis lui sourit d’un air taquin à son tour.
- C’est qu’un rêve, au fond !
L’homme sourit du genre « bien joué, je l’ai bien mérité ».

Voilà. Vous allez me dire – bien entendu… – que ce n’est qu’un détail, que ce n’est pas si grave, que c’est rien qu’un baiser, volé certes, mais qu’il ne l’a pas menacée, etc, etc, etc…
Alors… 1) SI, c’est grave, puisqu’il y a contrainte et que c’est donc puni par la loi. Point.
2) Ça l’est d’autant plus à mon sens que cette scène NE SERT À RIEN. Faites le test : imaginez qu’elle ait été coupée au montage, ça ne change strictement rien à l’intrigue (le personnage l’avoue lui-même) ni aux relations qu’il y a entre les personnages (Ariane n’est plus jamais renvoyée à son statut de femme en potentielle position de faiblesse parmi tous ces hommes). Cette scène est juste là parce que le scénariste n’a pas pu s’empêcher (et peut-être pas forcément de manière consciente, un comble pour un film sur les rêves) de rappeler à ce personnage sa condition de femme potentiellement violable.
Ce sont ces petites choses, ce genre de « détails » qui s’instillent dans nos cerveaux et qui font croire aux garçons que c’est amusant et aux filles que c’est normal. Alors que ce n’est ni l’un, ni l’autre, et que cette scène est strictement inutile.
Et ça m’embête beaucoup parce qu’à part ça, le film et ce personnage sont parfaits.

Dans Minority Report, il y a 2 rôles féminins notables : Lisa, la femme de Tom Cruise et mère de leur enfant disparu, et Agatha la precog. Oui, sauf que… sauf qu’Agatha est un personnage volontairement androgyne. Donc je ne suis pas sûre que ce soit un rôle féminin fort…

LES PREMIERS RÔLES QUI S’EXCUSENT D’ÊTRE FÉMININS

… ce qui nous amène à cette catégorie. Avant toute chose, que ce soit bien clair et qu’on ne m’accuse pas de tout et de n’importe quoi : une femme est une femme, quand bien même elle serait plus musclée qu’un Van Damme, avec les cheveux courts ou rasés (comme Agatha), amputée de son utérus ou de ses seins, née homme mais de genre féminin, ou je ne sais pas quoi encore. Ça, c’est pour la vraie vie, le quotidien, le monde dans lequel on vit. Bon.

Mais au cinéma, c’est différent : chaque détail est un symbole qui a une signification, c’est à dire qu’un personnage ressemble physiquement à tout ce qu’on veut faire passer comme symbolique (et/ou clichés) à travers lui.
Par exemple… Je ne retrouve pas le lien et c’est dommage, mais j’avais lu un article à propos de la préparation du tournage de Ghost. Quand les deux comédiens principaux étaient arrivés le premier jour sur le plateau, le réalisateur avait failli avoir une attaque parce que Demi Moore avait coupé ses cheveux tout court et que Patrick Swayze, en plus, les avait longs (mais ça a pu s’arranger) – ce qui inversait les rôles « sexués ». Vous allez me dire : on s’en fout. Oui, en effet, mais pas au cinéma, donc. Ce sont des détails qui comptent et ça a été une vraie problématique à gérer pour l’équipe du film. Finalement ils les ont gardés tels qu’ils sont et personne n’y a fait attention, parce que les gens ne sont pas débiles et qu’on allait pas confondre ou croire que les rôles étaient inversés.

Tout ça pour dire, donc, que ce qui paraît être un détail ne l’est pas : c’est soigneusement pensé et réfléchi. Un film dure environ 2 heures, il n’y a pas tellement de place pour les fioritures, tous les détails comptent et ont une signification.

Karen Nyberg, ingénieur et astronaute. COMME QUOI. HEIN.

Ce qui m’amène donc à Gravity où la beauté des images est inversement proportionnelle à la subtilité du personnage principal. Sandra Bullock joue Ryan Stone. Eh oui, Ryan, un prénom masculin. On aurait pu passer outre, mais non, c’est appuyé par un échange entre elle et son collègue : « C’est quoi ça Ryan comme prénom pour une femme ? » « Mon père voulait un garçon. » No comment.

Et je ne sais pas vous, mais moi j’ai été frappée quand elle retire son casque pour la première fois : je ne m’attendais pas du tout à ce qu’elle ait les cheveux courts. Ça m’a énervée, je crois, oui.
Comme chaque détail compte au cinéma, surtout dans ce film bourré de symboles, c’est comme si le scénariste s’excusait d’avoir choisi une femme en rôle principal. C’est agaçant. « Bon ok, c’est une femme, mais… elle s’appelle Ryan et elle a les cheveux courts, hein, ne vous inquiétez pas, c’est un peu un homme quand même ! » Ben oui, des fois qu’on ne la prenne pas au sérieux si elle s’était appelée Karen et qu’elle avait eu de longs cheveux blonds, doux et soyeux, hein.
Pourquoi ne pas avoir choisi un homme pour ce rôle, me direz-vous ? La réponse du réalisateur est très claire : il voulait du symbole, que tout soit attiré vers la « Mother Earth », la renaissance, toussa toussa. Donc d’un côté, Ryan Stone est un garçon manqué, mais de l’autre quand même, elle réunit tous les clichés de la maman, du foetus, de la naissance, etc. Parce que si elle se retrouve dans l’espace, c’est parce que Ryan est une « mère de » qui n’a pas fait le deuil de sa fille disparue – rien de plus. Vous avez dit réducteur ?

Vous avez dit symbole ?

Il y aurait encore tant de choses à dire si ce personnage féminin… Je ne le ferai pas ici, mais sachez que tout ce que j’en pense a été écrit dans ce billet. Le fait qu’il ait été écrit par un homme me rassure, oui, ça me permet d’avoir un argument de poids quand on me reproche (évidemment) d’être parano sur ces histoires de vision de la femme dans le cinéma : on peut être un homme et être gêné par tous les clichés archaïques ou grotesques que véhicule ce personnage, eh oui.

Suivante dans la catégorie des femmes qui s’excusent d’être des femmes parce qu’elles ont le premier rôle : Ripley, dans Alien. On est d’accord : dans une moindre mesure par rapport à Gravity. C’est à peine comparable. Mais…
Mais Sigourney Weaver a été choisie parce qu’elle est grande (1m82) et qu’elle a un physique qui se rapproche de l’androgynie. Hop ! on gomme tout ce qui peut se rapporter aux symboles d’une « vraie » femme de cinéma (longs cheveux, coquetterie, sexytude, etc…) Imaginez, par exemple, une Reese Witherspoon dans le rôle de Ripley. Alors ? Erreur de casting, ça ne fonctionnerait pas ? Voilà. CQFD.
Sans compter qu’elle devient « mère de » un alien, qu’elle a des sentiments pour « son bébé » et qu’il y en a pour l’appeler « Maman »… On ne s’en débarrasse pas, hein. Une femme est forcément une mère. Dommage, parce que Ripley a effectivement une fille, mais ça ne change absolument rien au rôle qu’elle a : si elle n’avait pas été mère, le personnage aurait été le même.

LES RÔLES FÉMININS RÉUSSIS

Mais oui ! Il y en a !! C’est possible !!! :D

Quels sont les critères qui me le font dire ? Eh ben il faut que le personnage ne soit pas affublé de tous les clichés ou symboles que j’ai dénoncés jusque-là. Il faut que ce soit une femme qui ne soit pas définie par rapport à un homme, que son personnage ne soit pas une victime, qu’elle ne soit pas renvoyée ou réduite à sa sexualité, qu’elle ne soit pas privée d’attributs physiques dits « de vraie femme de cinéma », qu’elle peut être mère mais sans que ça ne la définisse de A à Z…

Première à jamais gravée dans mon coeur de geek : la princesse Leia de la trilogie Star Wars. Leia est une femme politique, une meneuse, une résistante, un soldat, une femme qui ne s’en laisse pas compter, qui envoie bouler régulièrement ce relou d’Han Solo, qui sauve Luke qui était venu la sauver mais sans plan pour repartir, etc, etc… La princesse Leia ressemble à une femme sans être hyper-sexualisée (même les scènes en bikini sont soft parce que la caméra ne s’y attarde pas inutilement), elle est volontaire, drôle, avec un caractère fort… Elle est parfaite. PARFAITE.

Autre femme de science-fiction parfaite, et c’est d’ailleurs la principale caractéristique de son personnage, c’est Leeloo dans Le cinquième élément. Dotée d’une intelligence supérieure, imbattable au combat, être suprême… C’est elle qui sauve le monde, et ce n’est pas en faisant un bisou à Bruce Willis, mais l’inverse. Comme quoi, hein.

Un peu moins tape à l’oeil mais tout aussi juste : Jenny Lerner dans Deep Impact, interprétée par Tea Leoni. La personne qui a réalisé ce film est une femme, tiens donc, ça peut avoir joué. Jenny est journaliste, déterminée, pugnace, c’est le personnage principal du film à travers lequel on avance dans l’histoire.

Enfin, last but not least, Ellie Arroway (Jodie Foster) dans Contact. Inspirée de Jill Tarter, qui a été la directrice de l’Institut SETI pendant des années, c’est une scientifique qui se bat pour avoir des subventions pour son projet d’écoute de signaux radio venus de l’espace. Et quand elle capte un signal qui s’avère être extraterrestre, elle devient l’experte absolue dans ce domaine et finit même par être une toute nouvelle sorte d’astronaute.

(Et un petit bonus, même si je ne range pas Thor 2 dans la catégorie Science-Fiction, il est intéressant de voir le traitement des personnages féminins dans ce film encore à l’affiche. Natalie Portman y joue une astrophysicienne, elle a une assistante… qui a elle-même un assistant ! Et quand ces deux-là se découvrent des sentiments amoureux l’un pour l’autre, c’est elle qui prend l’initiative de l’embrasser dans une parodie de scène de baiser cinématographique où un homme embrasse une femme en la tordant vers l’arrière et vers le bas. C’est là qu’on se rend compte que cette chorégraphie est tout à fait ridicule (et qu’en plus, c’est inconfortable et ça doit faire mal.)

Par contre… il est intéressant de constater que pour ceux deux dernières catégories où une femme a le rôle principal ou un rôle fort, aucune des affiches de ces films ne la montrent. Sauf pour Contact, mais Jodie Foster, assise (passive, rêveuse), est accompagnée de Matthew McConaughey, debout (actif, dans l’action) – rappelez-vous, la symbolique… ; et pour Star Wars où tous les héros sont présentés.
Alors… une femme à l’affiche, d’accord – une femme sur l’affiche, c’est pas encore ça.

Et c’est bien joli de râler et de ne pas être d’accord avec le test de Bechdel, mais si on ne propose pas de solution pour améliorer les choses, ça sert à rien. Alors je propose un autre test, celui-ci composé de 5 questions. Et à la quantité prônée par Bechdel, puisqu’il faut encore choisir entre les deux, je préfère la qualité des personnages. Le voici :

1) Y a-t-il au moins un personnage féminin en premier ou second rôle ?
2) Ces femmes sont-elles définies autrement que par rapport à un homme ?
3) Ces femmes sont-elles exemptes de remarques concernant leur sexualité ?
4) Ces femmes sont-elles exemptes de caractéristiques physiques dites « masculines » ?
5) Pour les femmes qui sont mères, leur personnage existerait-il si elles ne l’étaient pas ?

Faites passer ce test à n’importe quel film. Vous verrez qu’on est très loin d’avoir une représentation saine des femmes dans le cinéma.

[SPATIAL] Les femmes et l’exploration spatiale

juin 16, 2013 dans A la une, Culture scientifique, Vers l'exploration spatiale

16 juin 1963. Il y a 50 ans, une femme a voyagé dans l’espace pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité. Valentina Terechkova avait 26 ans, elle était soviétique et elle reste la seule femme à ce jour à avoir effectué un vol spatial en solitaire. Elle est redescendue sur Terre le 19 juin après 48 orbites autour de la Terre en 70 heures et 41 minutes, soit plus d’heures de vol au compteur à elle seule que tous les astronautes américains réunis (à l’époque). Et elle reste également à ce jour la plus jeune personne à avoir voyagé dans l’espace.

Mes respects les plus admiratifs, madame.

Le « père de l’astronautique soviétique » pour une série de premières fois

Mais comme un peu d’Histoire ne nuit jamais, remettons cet exploit dans son contexte…

*****

[Les dialogues en italiques qui vont suivre sortent de mon imagination délirante, délicatement agrémentés d'une louche de mauvaise foi et saupoudrés d'un second degré légèrement acide sur le retour.]

Staline – Bon, Korolev, avec mes potes les Américains, on joue à kikalaplugrosse.
Korolev – La plus grosse… euh… pardon ?
Staline – Ben kikalaplugrosse. Kikipisslepluloin, quoi. Marquer son territoire.
Korolev – Le territoire ? Ben c’est nous qui avons le plus gros, chef. On a le plus grand pays du monde. On occupe plus de 11 % des terres à nous tous seuls.
Staline – Oui. Bon. T’es ingénieur, Korolev, t’es précis, factuel. C’est bien. Mais je te parle de politique, là, c’est subtil, tu peux pas comprendre. Bon. Il faut qu’on gagne à kikalaplugrosse et là je trouve qu’on est un peu mal barré. Donc trouve un truc.
Korolev – Les Américains ont Hollywood, chef. Ça marche pas trop mal. On pourrait les concurrencer sur ce marché-là.
Staline – Mmmh, développe.
Korolev – Il faut les surpasser. Une forme de cinéma révolutionnaire. Par exemple, ce matin, je me suis fait la réflexion… Mon chat a glissé sur la glace et s’est mangé un mur. J’ai failli décéder de rire, chef. J’ai la ceinture abdominale qui brûle encore. Eh ben j’aurais voulu garder un film de ce moment, pour rire à nouveau, et surtout, le partager avec d’autres.
Staline – Abrège, je vois pas où tu veux en venir.
Korolev – Les Américains font rêver, avec leurs films hollywoodiens. Moi, je propose un bon gros rire bien gras. Ça réchauffe. Et c’est proche du peuple. Il peut s’identifier. Petits moments du quotidien.
Staline – Korolev ?
Korolev – Chef ?
Staline – Je ne te parle pas du peuple, je te parle de la Nation. KIKALAPLUGROSSE.
Korolev – Ben je vous l’ai dit, notre territoire est le…
Staline – KOROLEV. Le quotidien, tout le monde en est riche, personne ne va payer pour aller voir ça dans un cinéma. Et si c’est de la chaleur qu’on veut, on a de la vodka. Hollywood fonctionne précisément parce que ça vend du rêve. Un chat qui se vautre contre un mur, ça ne marchera jamais.
Korolev – Bon. Du rêve, alors. Des stars ?
Staline – Pourquoi pas. Un autre genre de star. Dépassons-les.
Korolev – Je peux me permettre une vanne pourrie, chef ?
Staline – Accordée.
Korolev – « L’Amérique a des stars. Nous avons des étoiles. »
Staline – Korolev ?
Korolev – Chef ?
Staline – Tu vois, quand tu veux !

*****

Sergueï Korolev

Et c’est ainsi que pour savoir kikalaplugrosse qui aurait la suprématie sur le monde, l’exploration spatiale (nommée « conquéquête » à l’époque) fut l’un des domaines où les États-Unis et l’URSS se mesurèrent (donc).

Je vous passe les détails, mais Sergueï Korolev, ingénieur spécialiste en fusées et en missiles, devint alors le « père de l’astronautique soviétique » (source : Wikipédia).

Il fallait tout faire plus vite que les Américains, mieux, plus loin, démesuré – ou en tout cas, être premier. L’URSS, par l’intermédiaire de Korolev, est donc devenue reine des premières fois en matière d’aérospatial :

- 4 octobre 1957 : premier satellite artificiel dans l’espace (Spoutnik-1)
- 3 novembre 1957 : premier animal terrestre dans l’espace (la chienne Laïka)
- janvier 1959 : première sonde lunaire (Luna-1) à aller dans l’espace, premier survol de la Lune à faible distance, première mise en orbite héliocentrique, première à découvrir le vent solaire
- septembre 1959 : premier artefact humain (Luna-2) à atteindre un corps céleste (la Lune)
- 12 avril 1961 : premier homme dans l’espace (Youri Gagarine)

Première femme dans l’espace : un outil de propagande

*****

Khrouchtchev – Grâce à vous, Korolev, on gagne à kikipisslepluloin. Mais je suis pas rassuré du côté de kikalaplugrosse. Ce salaud de Kennedy nous provoque, avec son discours.

Korolev – Chef, vous êtes pas foutu de surligner des mots sur Photoshop ?
Khrouchtchev – Ta gueule.
Korolev – Oui chef.
Khrouchtchev – On est en 1963. Peut-on aller sur la Lune avant 1970 ?
Korolev – Impossible.
Khrouchtchev – Gagnons du temps. Mettons-leur la pression. Trouvez-moi un autre exploit pour les faire chocotter et perdre leurs moyens.
Korolev – Envoyons deux hommes dans l’espace en même temps…
Khrouchtchev – On a un module pour deux personnes ?
Korolev – Non chef, pas encore.
Khrouchtchev – Je veux un exploit avant la fin de l’année, Korolev. Envoyez une femme.
Korolev – Une femme, c’est-à-dire ? Pour arranger l’intérieur du Vostok et en faire un biplace ?
Khrouchtchev – Ne faites pas l’idiot, Korolev. Envoyez une femme dans l’espace.
Korolev – AH AH AH AH AH !
Khrouchtchev – Vous commencez à m’agacer, Korolev.
Korolev – Vous êtes sérieux, chef ??
Khrouchtchev – Tout ce qu’il y a de plus sérieux. Allez hop !
Korolev – Oh non, chef, non… Enfin quoi, non… Une femme, chef…
Khrouchtchev – Arrêtez de geindre et faites ce que je vous dis ou vous serez le premier à atteindre la Lune d’un coup de pied au cul.
Korolev – Envoyons un chat, on n’a pas fait, les chats !…
Khrouchtchev – KOROLEV !!!! Envoyez-moi une femme là-haut avant la fin de l’année.
Korolev – Ah, juste l’envoyer, chef ? Donc faut pas qu’elle revienne ?
Khrouchtchev – KOROLEV !!!!! Et ne me faites pas une Laïka, hein. Ramenez-la-moi EN VIE.
Korolev – Chef… La chienne est morte, Youri est vivant… C’est bien la preuve que les femelles sont pas adaptées…
Khrouchtchev – Encore une réflexion de ce genre et je vous envoie au goulag à la vitesse de la lumière. Ramenez-moi vivante une femme de là-haut avant la fin de l’année.
Korolev – Je vais t’expédier ça, vite fait, moi, tu vas voir…
Khrouchtchev – Arrêtez de baragouiner dans votre moustache et au travail.

*****

C’est ainsi que le 16 juin 1963, Valentina Terechkova devint la première femme dans l’espace, après « une formation plus poussée que les hommes« , a-t-elle précisé le jour de ses 70 ans. Ce n’était donc pas la justice ni l’équité qui guidaient les Soviétiques, mais bien la volonté de gagner le combat qu’ils livraient contre les États-Unis. Comme Laïka, le Spoutnik ou Gagarine, Valentina Terechkova n’était qu’un outil de propagande de plus lors de la Guerre Froide. Et dans son cas, ils faisaient d’une pierre deux coups puisque l’URSS voulait prouver l’égalité homme-femme prônée par l’idéal communiste. (Ahem.)

Visuel actuel du site officiel de l'agence spatiale russe (Roscosmos)

Bien sûr, le dialogue ci-dessus est inventé de A à Z. Mais nous ne sommes pas si loin de la réalité quand on sait qu’après cet exploit, Sergueï Korolev s’est écrié : « Les bonnes femmes n’ont rien à faire dans l’espace ! (…) Plus jamais je ne veux avoir affaire à des femmes ! » Ce mouvement d’humeur était dû à deux choses : Korolev était agacé par les nausées qu’avait eues la jeune cosmonaute et par son incapacité à gérer l’orientation de son vaisseau.

Oui – sauf que concernant les nausées, elles étaient liées au mal de l’espace (équivalent du mal de mer, si on veut) et plus d’une personne sur deux en souffre lors d’un premier voyage. Ce n’est donc en aucun cas lié au sexe de l’astronaute. Quant à l’orientation du vaisseau…

Le Vostok était connu pour avoir régulièrement des défaillances dans son programme d’orientation. Quand Terechkova s’est rendue compte que son Vostok-6 s’éloignait de la Terre à chaque révolution au lieu de s’en approcher, elle a transmis l’information à Korolev qui a fait modifier les données du système de commande pour la remettre sur la bonne orbite. Sauf que… « M.Korolev m’a demandé de n’en parler à personne et j’ai gardé ce secret pendant des dizaines d’années. A présent, il y a des informations à ce sujet et je peux donc en parler librement« , a annoncé Terechkova en 2007. Apparemment, l’ingénieur responsable du programme d’orientation avait avoué son erreur quelques années auparavant. La cosmonaute n’était donc pas en faute.

Un exploit totalement absent de l’article encyclopédique sur son responsable

Plus étonnant encore : cette première historique, grande fierté de l’Union soviétique, et ses deux exploits encore non-supplantés (seul vol en solitaire féminin et plus jeune astronaute) ne figurent pas sur la page Wikipédia de Korolev à l’heure où j’écris ces lignes ! Pas une allusion, pas un lien vers un autre article. Rien. Comme si Valentina Terechkova n’avait jamais existé…

Même le mot "femme" n'apparaît pas une seule fois dans ce long article...

Sur la page Wikipédia de Valentina Terechkova, en revanche, Sergueï Korolev apparaît dès la première ligne de sa biographie.

Korolev ne voulait tellement « plus avoir affaire à des femmes » que l’encyclopédie en ligne a complètement rayé Valentina Terechkova de son Histoire. Au-delà de la dénégation de ces exploits visiblement moins dignes qu’un-homme-un-vrai ou qu’un chien mort en vol pour les très nombreux contributeurs de cette page, se pose la question de la suite. Combien de femmes cosmonautes depuis ?

Les femmes cosmonautes : suite (et fin)

La réponse est 2 : Svetlana Savitskaïa en 1982, soit 19 ans après, et Elena Kondakova en 1994. Et une fois encore, pour ces deux femmes, les anecdotes sont édifiantes.

Une mission exclusivement féminine était prévue. Svetlana Savitskaïa devait en être avec Elena Dobrokvachina et une autre cosmonaute. Mais la mission n’a finalement jamais eu lieu et Svetlana Savitskaïa est partie plus tard. Mais Elena Dobrokvachina, elle, s’est entraînée 14 ans pour rien. « C’était probablement du chauvinisme masculin. Pendant notre entraînement à la Cité des Étoiles, les responsables du secteur spatial étaient divisés : les uns soutenaient ce projet exclusivement féminin, les autres ne supportaient pas cette idée« , a-t-elle révélé à l’AFP.

L'ISS en avril 2010. Je vais en offrir un agrandissement à ceux "qui ne supportent pas l'idée".

La deuxième anecdote vient également de cette ex-cosmonaute devenue médecin : selon elle, Elena Kondakova n’aurait jamais pu voler si elle n’avait pas été mariée à un haut responsable du secteur spatial. En 1994, donc. No comment.

Et c’est tout. Depuis, aucune Russe n’a volé. Et actuellement, il n’existe qu’une seule femme dans l’unité des cosmonautes : il s’agit d’Elena Serova, qui s’entraîne pour une mission dans l’ISS en 2014 – soit 20 ans sans femme russe dans l’espace à l’heure où nous célébrons ce 50ème anniversaire du premier vol féminin.

C’était donc du côté soviétique. Mais du côté américain, ce n’est pas beaucoup plus glorieux…

Meilleures candidates, mauvais sexe

Bien entendu, ça n’était pas venu à l’idée de la NASA qu’une femme pouvait faire partie de la compétition – même après le vol de Terechkova qui prouvait que c’était tout à fait possible. D’ailleurs, les mots de Kennedy ne laissaient planer aucun doute : « poser un homme sur la Lune et le faire revenir en toute sécurité sur Terre« . Un « homme », pas une « personne ». Des années avant de constituer l’équipage, c’était déjà acté, puisque les 7 astronautes du projet Mercury (1959) sont des hommes.

Mais William Lovelace, un physicien passionné d’aviation et intéressé par la médecine spatiale, décide de mettre au point Mercury 13 en 1960 : comme pour Mercury 7, ce programme est destiné à former des candidats au poste d’astronaute. Sauf que dans le cas de Mercury 13, il s’agit uniquement de femmes (et c’était une initiative privée, et non d’État).

Les 13 heureuses élues étaient des pilotes confirmées et avaient passé avec succès les mêmes tests physiques, physiologiques et psychologiques que leurs homologues de Mercury 7. Certaines devaient aller passer des tests supplémentaires pour rejoindre la NASA, dont 2 avaient dû quitter leur travail pour ce faire, jusqu’au moment où elles reçurent un télégramme leur annonçant que cette étape était annulée et qu’elles ne pourraient pas faire partie des futurs astronautes officiels.

Jerrie Cobb pendant des tests physiologiques

La raison ? La NASA n’acceptait que les candidatures de pilotes d’essai militaires – profession qui était interdite aux femmes à l’époque. Les Mercury 13 étant pilotes mais dans le civil, elles ne pouvaient donc pas prétendre au poste d’astronaute. Cynisme absolu : la NASA ne faisait donc pas de discrimination de genre puisqu’il s’agissait d’un critère civil/militaire.

Pire encore : John Glenn (2ème Américain dans l’espace) faisait partie des astronautes qui ont étudié l’affaire. C’est lui qui a dû expliquer cette règle aux jeunes femmes… tout en admettant que lui-même n’avait pas le niveau scolaire requis pour entrer dans le corps des astronautes (mais il avait un pénis, vous comprenez, c’est plus facile pour entrer dans le corps – que n’y avaient-elles pas pensé !)

Inutile de préciser que parmi les astronautes sélectionnés, beaucoup d’hommes comptabilisaient moins d’heures de vol que les candidates de Mercury 13. Et que parmi les tests effectués, le record de survie dans un caisson d’isolation sensorielle était de 9 heures, bien loin devant le record suivant, et qu’il est détenu par Jerrie Cobb, une femme. Et aussi que l’entraînement des femmes en URSS (pour trouver Valentina Terechkova) avait permis de constater que les femmes s’adaptaient beaucoup plus rapidement à l’apesanteur que les hommes. (Source)

Mais bon. Un officiel de la NASA de l’époque (et qui n’a pas voulu donner son nom au journaliste) a dit que ça lui faisait « mal au ventre » rien qu’à l’idée d’imaginer une femme dans l’espace, alors…

Ce n’est qu’en 1978 que la NASA ouvrit enfin ses portes aux candidates. Et c’est Sally Ride, une astrophysicienne décédée en juillet dernier, qui sera la première femme américaine dans l’espace en 1983.

1983 ! Il aura fallu attendre 1983 pour que la NASA autorise une femme dans un équipage… L’année de ma naissance…

Depuis, heureusement, tout semble aller de mieux en mieux. Des femmes ont été pilotes de navette et commandant de vaisseau, elles ont fait des sorties extra-véhiculaires et ont été touriste spatiale. Une femme est actuellement directrice des vols spatiaux habités à la NASA et une femme a récemment occupé le même poste à l’ESA.

À l’heure où j’écris cet article, sur les 9 personnes dans l’espace actuellement, 2 sont des femmes (Karen Nyberg, américaine, à bord de l’ISS, et Wang Yaping, chinoise, à bord du Tiangong-1).

Les femmes ne représentent encore que 10 % des êtres humains à avoir voyagé dans l’espace (55 femmes sur 525 astronautes selon les chiffres de juillet 2012) mais les mentalités changent. En tout cas, si tout n’est pas rose (sans mauvais jeu de mot), il semble que les réactions à l’idée d’une femme dans l’espace ne soit plus aussi épidermiques qu’il y a 50 ans.

Du mieux, depuis longtemps, partout. Ou… pas

Du mieux, vraiment ?… On pouvait dire que les choses allaient en s’améliorant (lentement mais sûrement), oui, jusqu’à l’année dernière. Le 16 juin 2012, soit 49 ans jour pour jour après la première femme dans l’espace, la première Chinoise s’est envolée à son tour.

Liu Yang, juste avant son décollage

Sauf que les critères de sélection pour avoir cet honneur étaient… comment dire… Bon. Jugez vous-mêmes (source) :

- être mariée pour être « physiquement et psychologiquement plus mûres » (c’est Zhang Jianqi, ancien député et commandant en chef du programme spatial, qui l’a dit)
- avoir accouché naturellement parce que « quand on a souffert dans les douleurs de l’accouchement, on devient plus fort mentalement, on gère mieux le stress, bref rien à voir avec des jeunes filles sans expérience » (c’est un obstétricien cité par le Chongqing Daily qui l’a dit)
- avoir les dents blanches
- avoir une haleine fraîche
- pas de pieds calleux
- pas d’odeur corporelle

Yin Yang est autorisée exceptionnellement à embarquer quelques produits de beauté. Mais bien sûr, la Chine dément toute opération séduction. Au contraire : c’est une question de survie possible de l’espèce humaine.

Je me disais aussi… La jeune pilote ne pouvait pas être considérée comme une pilote. Enfin. Voyons. Ça ne reste qu’un utérus sur pattes soigneusement épilées, tout de même.

Je ne vais pas commenter plus avant tout ceci sous peine de devenir agressive et vulgaire.

Mauvaise foi historique

Si l’on liste toutes les conditions confondues pour être un parfait astronaute, voici ce que ça donnerait :

- être aussi petit et léger que possible
- être mûr
- être apte
- s’adapter facilement à l’apesanteur
- avoir connu la douleur et le stress d’un accouchement
- avoir une bonne hygiène dentaire et corporelle et des pieds doux
- avoir un utérus pour la survie de l’espèce

Résumons…

- Rappelez-moi la taille et le poids moyen d’une femme par rapport à la taille et au poids moyen d’un homme ? Voilà.
- Les mecs sont mûrs à 43 ans, les femmes à 32 ans, c’est le Daily Mail qui le dit
- Si les femmes n’étaient pas aptes, on le saurait depuis 50 ans, maintenant
- Les femmes s’adaptent plus facilement que les hommes à l’apesanteur
- Les hommes n’ont jamais connu la douleur et le stress d’un accouchement
- Les hommes sont des gros dégueulasses qui puent et qui ont les pieds calleux
- Les hommes n’ont pas d’utérus

Désolée les mecs, mais sur ces critères, ça va pas être possible. Que les 7 qui sont là-haut redescendent immédiatement parce que ça me retourne le ventre, cette idée.

Voilà.

Donc… Peut-on arrêter d’être débiles 5 minutes, maintenant ? Ou à tout jamais, tiens, hein. Ce serait pas mal. En 2013. Amis Chinois (et autres qui seraient tentés par ce genre de discours).

Que peut-on faire ?

Il existe une association qui fait très attention à la place des femmes dans l’aérospatial : Women In Aerospace. Il se trouve que j’étais invitée à la soirée de lancement de son antenne française et que j’ai pu poser quelques questions à Fiorella Coliolo, une astrophysicienne qui fait partie de l’équipe. Voici un résumé de ses réponses :

« La réalité montre qu’il y a des difficulté pour les femmes dans le domaine de l’aérospatial. Cette association a déjà permis d’aider des étudiants grâce à ses bourses ; elle facilite les contacts entre professionnels grâce à sa plateforme d’échange et à ses programmes de mentoring.

J’ai choisi de m’occuper de l’antenne de Paris parce que c’est une ville stratégique dans le domaine spatial. Mon rôle sera d’organiser des événements qui répondent aux objectifs de Woman In Aerospace – Europe : s’assurer une présence équilibrée des femmes à tous les niveaux dans le secteur aérospatial, stimuler et intéresser les jeunes filles aux sciences, et communiquer sur l’importance du spatial dans nos vies quotidiennes.« 

Jean-François Clervoy, astronaute et membre honoraire de WIA-Europe, lors de la soirée de lancement

L’association est ouverte à tous : hommes et femmes. Elle ne souhaite imposer aucun quota ni parité, elle veut juste que les femmes soient mieux représentées, que les postes à responsabilité leur soient accessibles sans plus de difficultés que celles que rencontrent les hommes, et que l’équilibre des genres ne soit plus vu comme un exploit qu’il faut relever mais comme une banale évidence.

Il n’est pas nécessaire non plus de travailler dans le secteur de l’aérospatial pour devenir membre, ni pour liker la page Facebook ou s’abonner au compte Twitter.

Sinon, la Cité de l’Espace accueille une expo pour ce 50ème anniversaire de la première femme dans l’espace en ce moment, et un compte Twitter s’est créé il n’y a pas longtemps sur le thème des femmes et du spatial.

Je suis candidate au projet Mars One qui projette d’envoyer des êtres humains sur Mars pour s’y installer par groupe de quatre : deux hommes et deux femmes à chaque fois. Ça ne m’avait même pas effleuré l’esprit que ce ne soit pas une volonté d’équité, jusqu’à ce qu’on me renvoie (gentiment) à mon statut d’utérus sur pattes. Laissez-moi continuer à vous envoyer chier (moins gentiment) chaque fois que ça arrivera – mais si ça pouvait ne plus se produire, ce serait mieux. Merci.

Ne terminons pas sur une vilaine impression. Voici un message de Karen Nyberg, actuellement dans l’ISS, qui célèbre ce 50ème anniversaire.

[HUMEUR] 10 voeux pieux pour la Journée de la Femme

mars 7, 2012 dans En vrac, Société

1. Je voudrais que ce genre de Journée n’existe plus parce que les mentalités auront changé, parce que la misogynie de nos sociétés aura disparu, parce que les écarts de salaire entre les hommes et les femmes ne seront plus qu’un mauvais souvenir, parce qu’on pourra s’habiller comme on voudra et avorter quand on le voudra sans nous culpabiliser, parce que toutes les femmes du monde pourront voter, circuler, s’exprimer et être libres, etc etc.

(Et je voudrais également que les guerres cessent TOUSSUITE et adopter un petit chaton extraterrestre, aussi, oui oui.)

Attention, ce chat est bien Terrien.

2. Je voudrais que ELLE cesse de se revendiquer comme magazine féministe ou bien change radicalement de ligne éditoriale. Parce que dans le genre clichés et stéréotypes, ça se pose là : des polémiques à répétition concernant le poids et les courbes de ces dames (dernier bad buzz en date : Kate Winslet), de la mode à toutes les pages (sans déconner, à part les professionnels qui gravitent autour de ce milieu, ça intéresse qui ?), des horoscopes à n’en plus finir, des « Spécial régime » en veux-tu en voilà, des conseils pour être belle pour séduire Jules (et Juliette, elle peut crever ?) et les dernières techniques pour faire son brushing en 5 minutes top chrono le matin.

Voyez ? Je n'invente rien. Anorexique à moitié à poil en couv, mode, leçon de brushing, mode, t'es une meuf donc t'es FORCEMENT en (it-)couple, mode, etc...

Résumons donc : ce magazine féministe revendique donc le « Sois belle et ta gueule, et pis achète-moi pour que je puisse vendre des pages de pub où une fille anorexique à poil vante une marque de montre de luxe derrière un encart sur les femmes sénégalaises qui luttent pour avoir de l’eau potable et ne pas finir comme esclaves sexuelles ».

3. Je voudrais que certains mouvements et associations de féministes se détendent un peu du string, réhabilitent le sens de l’humour et l’auto-dérision. Parce que je veux pas cafter, mais elles desservent souvent leurs causes (et ça me fait chier). Alors voilà, amies Chiennes de Garde, OUI il est possible d’écrire ce genre de pamphlet contre les dérives de notre société actuelle tout en se pavanant en mini-short en cuir comme offrande sexuelle pour de rire.


Le Grand Webze piège le Palmashow par LeGrandWebze

4. Je voudrais que l’égalité en matière de vie sexuelle soit enfin respectée. Qu’on arrête de traiter une femme d’un méprisant « salope » et  qualifier un mec d’un affectueux « coureur de jupons » à comportement égal. Merci. Bisou.

5. Je voudrais imposer aux mecs un toucher rectal annuel pour qu’ils sachent bien quel effet ça fait d’être à la merci d’autrui en ce qui concerne son intégrité physique.

Oh, et tant qu’on y est, une épilation intégrale (et je ne parle pas que du maillot, hein) une fois par an aussi pour qu’ils sentent bien passer dans tout leur corps ce qu’on subit plus souvent qu’à notre tour.

6. Je voudrais que le mot « célibataire » arrête d’être connoté pour les femmes de « cherche Prince Charmant viiiiite ». Parce qu’on peut être célibataire, ne vouloir personne dans sa vie, être très heureuse comme ça et s’y épanouir. Donc, monsieur (forcément) des agences de voyage, de com’, ou de je ne sais quoi encore, arrête de proposer des trucs « pour célibataires » et de me faire des fausses joies à chaque fois parce que tu impliques systématiquement dans ce mot « donc on va t’aider, pauvre petite, à trouver un mec et être enfin complète et comblée ».

ON T’EMMERDE, en fait.

Si tu fais un truc pour célibataires, ben organise quelque chose qui ait de la gueule. Genre on nous laisse tranquille, chiards interdits, et si j’ai envie de m’envoyer mon voisin de transat, ben j’ai pas besoin que tu m’organises des ateliers à la con pour qu’on puisse conclure. Je suis une grande fille, merci bien, et je veux surtout pas me le coltiner jusqu’à la fin de mes jours.

Pour résumer : femme célibataire N’EST PAS SYNONYME DE femme romantique désespérée qui cherche quelqu’un.

Ouais, non mais… laissez tomber. Je crois qu’on va pas y arriver. Faut trouver un autre mot.

7. Je voudrais qu’on arrête de nous prendre pour des gamines de 8 ans quand on dit que tomber amoureuse ne nous intéresse pas et/ou que vivre en couple n’est pas fait pour nous et/ou qu’avoir des enfants n’est pas envisageable (du tout, genre jamais). On prend au sérieux et on respecte un mec qui tient ce discours, alors en quoi serait-ce différent si c’est une femme ?

Surtout quand la femme en question n’a plus 8 ans depuis une bonne vingtaine d’années, qu’elle se connaît, qu’elle est parfaitement à même de faire des choix qui la concernent, qu’elle est libre de faire ce qu’elle veut de sa vie et que, stop, oubliez tout ça, elle n’a pas besoin de se justifier, en fait. Tu respectes et c’est marre. Et tu gardes ton ton paternaliste (vaut aussi pour les meufs) pour toi, ça lui fera des vacances.

Et le premier (ou la première) qui lui parle de son horloge biologique (qui existe autant que l’instinct maternel, la preuve), je viens cordialement lui défoncer ses outils de mastication avec de vieilles tatanes qui puent.

Illustration de Clio de Frégon.

(Oh, et pendant qu’on y est, j’aimerais que les jeunes mères arrêtent de nous parler du dernier popo de leur chiard sur Facebook : ON S’EN FOUT et ça ne nous aide pas à faire avancer notre cause, hein, merci bien.)

8. J’aimerais que les livres pour enfants, les dessins animés, les publicités, les jouets et le marketing en général arrêtent de véhiculer sans cesse des stéréotypes et clichés grotesques et d’une autre époque. Qu’ils arrêtent de tout sexualiser et genrer. Cela vaut évidemment pour les petites filles comme pour les petits garçons.

9. Je voudrais un monde plus juste et plus équilibré sur cette question du genre. Il y a toutes sortes de femmes, et chacune d’entre elle mérite d’être appelée une femme, à part entière, quand bien même elle serait née homme, elle ne serait pas mère, elle serait chauffeur routier, ou amputée de ses attributs féminins après un cancer.

10. La première exoplanète qui passe (et y en aura pour tout le monde, n’allez pas me faire chier), j’y fonde une société où les hommes auront juste le droit de fermer leur gueule le temps de rééquilibrer le karma de tous ces millénaires passés à considérer les femmes comme inférieures. Une société où on n’aura plus peur de prendre un RER après la tombée de la nuit, aussi. Une société où, si un viol était commis, on ne penserait même pas à se taire. Etc etc etc.

Ouais mais non, en fait. Au fond, je n’ai pas du tout envie de traiter les hommes comme les femmes ont été – et sont toujours selon les causes et les pays – traitées. Et je l’aime bien, la Terre, et si je ne suis pas sûre qu’Elle soit récupérable avec nos conneries, je garde encore l’espoir que notre société française s’améliore.

Mais c’est pas gagné, la preuve en est de cette illustration où la femme… est à poil. Hey, pourton.info, tu te fous de la gueule de qui exactement  ?

Pourquoi est-elle à poil ? EST-CE QUE QUELQU'UN PEUT M'EXPLIQUER POURQUOI ELLE EST DESSINEE A POIL ??

Alors pour la Journée de la Femme, messieurs, c’est à vous de jouer. Ce sont vos mentalités qu’il faut changer, pour qu’enfin ce genre d’opération de matraquage qui soûle tout le monde (moi la première) n’ait plus lieu d’être.

[CINEMA] Millenium : la désinvolture insultante de Fincher

janvier 27, 2012 dans Culture

David Fincher m’a mise très en colère. Son adaptation de Millenium est à la fois indigeste, indécente tellement elle est aux antipodes du livre et de son personnage principal (Lisbeth Salander) et complètement survolée – j’en suis venue à me demander s’il avait lu autre chose que le scénario qu’on lui a mis entre les mains tellement l’esprit n’y est pas. Mais commençons d’abord par les qualités de ce film (il y en a quelques-unes).

- Le générique du début est un chef d’oeuvre. J’ai rarement vu un objet graphique aussi beau. Un mélange des meilleurs génériques de James Bond, de l’esprit de celui du Millenium suédois, et de fluides. Un bijou.

- Le chat. Il est parfait. Mignon comme tout, poilu, grands yeux verts, oreilles pointues, miauleur, hautain, carpette, radiateur. Un vrai chat, quoi.

- La photographie. Rien à dire. Impeccable.

- La scène dans le métro. Sans rien dévoiler de l’intrigue, la scène où Lisbeth se fait voler son sac dans le métro est une merveille du genre. Avec une chorégraphie très fluide (mais qui enlève toute sensation de réalité à l’ensemble), elle se termine pas un plan séquence calculé à la milliseconde et au millimètre près. Une merveille.

- La bande-son et la BO, au plus proche de l’univers du roman.

Voilà pour ce qui va. Tout le reste est soit passable, soit bancal, soit franchement mauvais.

[Attention spoiler : exemples précis à suivre.]

- Le scénario a pris beaucoup de libertés par rapport au livre – et c’est le genre de chose que je pardonne difficilement. Une rencontre entre Mikael et Lisbeth réécrite, des personnages disparus ou transformés, des enjeux changés, des actions importantes atténuées, une fin modifiée à la fois pour le méchant et pour la gentille… Bout à bout, on arrive à une histoire qui peine à retrouver l’esprit d’origine. C’est un peu dommage. Un des personnages principaux étant l’atmosphère si particulière qui a fait le succès des livres, c’est un outrage au regretté Stieg Larsson.

- L’américanisation du tout. C’est usant. Et bien américain, ça. Ils peuvent pas être un peu humbles et nous foutre la paix avec leurs fichus codes culturels qui n’ont rien à faire dans une adaptation d’un livre suédois ?? Je suis la première à apprécier l’humour qui tache des grosses productions hollywoodiennes, mais il y a des films où il faut se savoir se tenir, nom de nom. Les blagounettes potaches en clin d’oeil à leurs films d’action n’ont rien à faire dans Millenium où elles deviennent irrespectueuses du propos, indécentes pour le spectateur et insultantes pour l’auteur et les millions de personnes qui ont aimé le livre.

(Ouais, je suis un peu énervée, le scénariste Steven Zaillian est désormais classé comme « gros Américain de base hautain, imbu de lui-même, méprisant, imbuvable, persuadé que le monde tourne autour du nombril des USA qui est la seule culture qui existe – ah bon comment ça y en a d’autres ? c’est pas possible voyons.)

- Lisbeth Salander. La pauvre. Elle n’est déjà pas un personnage facile, mais elle n’est vraiment pas aidée par son interprète, Rooney Mara, qui est à peu près aussi crédible que Glenn Close en Justin Bieber (j’exagère certes un peu, mais franchement, c’est pas réussi). Et ce n’est pas de sa faute, d’ailleurs !

Choisie par facilité et feignasserie (elle était au casting de The Social Network, le précédent film de Fincher), elle était mal dirigée par un réalisateur pas emballé par l’histoire et par un scénariste/dialoguiste qui a fait n’importe quoi. Cerise sur le gâteau (et sacrilège), elle a dû composer son personnage en s’accommodant de costumes destinés à devenir… une collection H&M. On rêve, bordel !!

On parle de Lisbeth Salander, une hacker brillante, asociale, handicapée sentimentale, avec un passé affreux et un présent pire encore, terriblement attachante, pupille de l’Etat, considéré comme violente, débile et dangereuse par toutes les autorités de son pays… pas d’une Victoria Beckham gentiment trashisée, merde !!!

Mais alors pire que tout : elle est partout à poil sur les photos de promo. Euh… comment dire. D’ailleurs en fait je vais me taire parce que je vais être très vulgaire.

Et que je te la filme sexy en petite culotte, et que je lui mets du blush sur les joues dans les scènes de lit, et que je te la fais acheter un cadeau pour Mikael… MAIS WHAT THE FUCK ??? Lisbeth n’est pas sexy : elle est sèche, musclée, sans formes, on la confond avec un jeune garçon. Elle ne met pas de rose sur les joues – mais il s’est cru où, Fincher, sans déconner ?? La seule couleur que Lisbeth connaît, c’est le noir. Et elle est incapable d’un quelconque geste de générosité : elle ne dit pas bonjour s’il te plaît merci au revoir, elle ne regarde jamais dans les yeux à moins de défier,  elle sourit quand elle se pince, c’est un coffre-fort à triple blindage, et elle n’offre pas de cadeau – mais d’où ils sortent ??

Et bien entendu, comme la jeune comédienne était mal dirigée avec des répliques débiles (« Je suis folle »… non mais on rêve putain, JAMAIS elle ne dit ça, c’est être complètement à côté de la plaque dans la compréhension du personnage), il n’y a pas une seule ligne de texte qu’elle dise de manière juste (et une fois n’est pas coutume, je l’ai vu en VO, hein). Et elle est nominée aux Oscars… Je vais me pendre avec une bobine et je reviens.

Si vous voulez voir une performance vraiment impressionnante, voyez Noomi Rapace dans la série suédoise en 6 fois 90 minutes. Voilà, ça c’est du putain de bon boulot. Et c’est elle qui mériterait un Oscar.

- Le réalisateur, David Fincher pour ne pas le nommer. Bon, je l’ai déjà un peu rhabillé pour l’hiver. Mais y a erreur de casting, hein. Je suis très admirative de son travail en général et The Game fait partie de mon Top 3 des meilleurs films de l’histoire. Mais là c’est juste pas possible. Il faut qu’il arrête de réaliser des films qu’il n’a pas envie de faire.

« Tu plaisantes ? Une lesbienne asociale, un viol, une condamnation de la misogynie ? », aurait-il dit à sa productrice quand elle lui a proposé le projet.

No comment.

« Les hommes qui n’aimaient pas les femmes », sous-titre du roman. Eh mec, c’était pas censé correspondre au réalisateur, hein. Nan parce que si c’était le but, bravo, CLAP CLAP CLAP, c’est réussi, impec, brillant ! Les rôles féminins réduits à des portions congrues ou ridicules (Robin Wright inexistante avec un accent WTF, un personnage important supprimé par rapport au bouquin, les scènes de cul dont le viol qui ressemblent plus à un mauvais porno qu’à un thriller glaçant où t’as envie d’étriper le mec et où t’as mal pour elle, un violeur volontairement victimisé…)

Non seulement David Fincher n’a pas saisi l’esprit du livre – si tant est qu’il l’ait lu – mais en plus sa misogynie transpire. Pour une adaptation d’une histoire dont le personnage principal n’a pour but dans la vie que de faire la guerre aux hommes qui n’aiment pas les femmes, ça se pose là.

Je m’arrête là. Je suis en colère. Stieg Larsson doit se retourner dans sa tombe. Ce film donne la migraine et pour les mauvaises raisons. Si vous voulez voir une bonne adaptation, je vous conseille vivement la série suédoise sortie en DVD. Brillantissime. Mais pas cette honte.

[HUMEUR] Fille = jolie ; garçon = fort (Petit Bateau). DANGER.

août 3, 2011 dans En vrac, Société

Peut-être avez-vous entendu parler de cette polémique sur les derniers bodys de la marque Petit Bateau pour les nourrissons. Sur fond gris clair, on peut y voir différents adjectifs danser en rose pour les filles, et en bleu pour les garçons. Ces deux pièces ont fait l’objet il y a quelques semaines d’un bad buzz assez conséquent, puisqu’on a accusé la célèbre marque de vêtements pour enfants d’être sexiste. « On » ? Des milliers de personnes, ne serait-ce que sur la page Facebook de Petit Bateau, et pas seulement des féministes – loin de là.

Même si mon premier réflexe a été aussi de crier au scandale – ou tout du moins de râler encore contre des stéréotypes grossiers qui décidément ont la vie dure en 2011 malgré les récents progrès – j’ai pris le temps de réfléchir. Hurler à tout bout de champ n’est pas forcément productif et dessert souvent les causes – souvenez-vous de Pierre et le Loup. Mais après réflexion, j’en suis arrivée à la conclusion suivante (qui n’engage que moi) : si l’on peut difficilement accuser Petit Bateau d’avoir sciemment créé des vêtements sexistes, il ne fait aucun doute que ce genre de pièce met à mal les avancées de ces dernières années en matière d’égalité homme-femme.

Et le fait que ce ne soit pas volontaire est peut-être encore plus inquiétant. Les luttes de ces dernières années n’auront donc servi à rien ? Les marques n’ont-elles toujours pas conscience de l’impact qu’elles ont sur l’évolution (ou la régression) des mentalités sur des sujets de société ? Le côté positif des choses est que justement les consommateurs se soient exprimés aussi nombreux sur la question. Et si l’affaire a fait tant de bruit, c’est la preuve qu’il y a un souci.

Alors intéressons-nous de près à ces fameux bodys… Il se trouve qu’il ne s’agit pas d’un problème « d’image fausse de la femme » comme l’a annoncé Petit Bateau dans un communiqué, démentant les accusations de misogynie. Il s’agit d’un problème de clichés grossiers et de stéréotypes douteux concernant à la fois la femme et l’homme, et non seulement de sexisme ordinaire en défaveur des femmes.

Les bodys Petit Bateau

- La couleur

Rose pour les filles, bleu pour les garçons. Même si ça m’agace, après tout – réfléchissons –  pourquoi pas ? Chaque culture a ses codes ; ce sont les nôtres. Là où ça devient inquiétant, c’est quand des femmes intelligentes, cultivées, ayant fait des études et occupant des postes à responsabilité me disent (c’est véridique) qu’il n’est « pas possible de mettre du rose à des garçons et du bleu à des filles« . Et du vert ?, demandé-je. Même problème. Je cite : « Comme ça, on n’a pas besoin d’aller voir dans la couche du bébé pour connaître son sexe.« 

Certes. Mais je trouve ça quand même un petit dérangeant. Que des codes existent, admettons. Mais que ce soit systématique et qu’ils soient indispensables pour connaître le sexe d’un bébé, ça devient un peu grave. Ne peut-on tout simplement pas demander le prénom dudit nourrisson ?… Quid d’un bébé habillé de blanc, de jaune, de rouge… de tout ce qui n’est pas bleu ou rose ?… Lorsqu’on a un doute, va-t-on réellement lui retirer son body et aller regarder dans sa couche ? Non. On demande aux parents.

N’oublions pas que les codes couleur sont culturels. Dans notre culture, la couleur du deuil est le noir. Dans d’autres, c’est le blanc. Donc non, les petites filles ne doivent pas être réduites au rose et les petits garçons au bleu.

Surtout que ces raccourcis commencent à avoir des effets négatifs : la systématisation de ce code, notamment le rose pour les petites filles, pose désormais problème aux femmes, qui inconsciemment, le rejettent. La preuve en est de cette étude dont Slate parle et qui prouve que dans une situation de menace ou de danger (le cancer du sein par exemple, dont le symbole est le même que celui du Sida… mais en rose), les femmes sont repoussées par cette couleur qui est… trop connotée.

Après réflexion, j’ai pris conscience que c’était effectivement mon cas. Du rose dans une pub ou dans une affiche de prévention ? Je détourne le regard. Pourquoi ? Parce qu’inconsciemment pour moi, le rose est pour les petites filles, c’est sûrement un truc mignon mièvre dégoulinant, donc je ne peux pas prendre ces affiches au sérieux.

Pourquoi ai-je ces clichés dans la tête ? Parce que justement depuis ma tendre enfance, les marques associent le rose aux « petites filles mignonnes » qui sont l’exact opposé de ce que l’on peut prendre au sérieux. Comme ces fameux bodys Petit Bateau, donc, qui en plus de la couleur, en rajoutent une couche en nommant des adjectifs qui détruisent toutes les avancées faites dans le conditionnement péjoratif des genres.

- Les adjectifs

                Analyse chiffrée

Intéressons-nous d’abord aux mots inscrits sur les mignons bedons des nourrissons de sexe masculin : courageux, fort, fier, robuste, vaillant, rusé, habile, déterminé, espiègle, et cool.

Et ceux des petites filles : jolie, têtue, rigolote, douce, gourmande, coquette, amoureuse, mignonne, élégante, belle.

Maintenant, chiffrons ce que Petit Bateau nous impose comme des états de fait : 20% des adjectifs qui qualifient les garçons se rapportent à leur physique (fort et robuste), contre 60% de ceux des filles (jolie, douce, coquette, mignonne, élégante, belle). Mais 0% des premiers et 100% des seconds se rapportent à la beauté (connotée superficielle), quand 100% des premiers et 0% des seconds se rapportent à la force physique (connotée très sérieuse).

Conclusion : « Ma fille, sois belle et superficielle, espèce d’idiote évaporée », et « Mon fils, sois fort, mon brave, mon bon petit gars ! » (Oui, j’analyse des vêtements vendus en France en 2011.)

Après le physique, voyons du côté des capacités intellectuelles. Chez les garçons, 20% des adjectifs s’y réfèrent (rusé, habile), contre… 0% chez les filles. Suis-je bête (normal en même temps, je suis une fille), les filles ne sont pas faites pour penser et encore moins pour réfléchir ! Elles ne sont pas intelligentes, ni rusées, ni habiles. (Ou quand elles le sont, ce n’est pas du tout de manière positive comme pour les garçons puisqu’elles utilisent ces capacités intellectuelles – non-sens absolu avec « elles » en sujet – pour être mauvaises, mesquines et manipulatrices.)

Conclusion : les garçons sont intelligents et malins et toujours à bon escient et si les filles montrent de telles capacités, c’est forcément parce qu’elles sont toutes un peu sorcières. (Oui, j’analyse des vêtements vendus en France en 2011.)

Assez parlé des capacités intellectuelles, parlons désormais du comportement. 60% des adjectifs masculins s’y réfèrent (courageux, fier, vaillant, déterminé, espiègle, cool), contre 30% des adjectifs féminins (têtue, rigolote, gourmande). Déjà, c’est bien connu, les filles se comportent deux fois moins que les hommes puisque plus de la moitié de leur temps est pris à se faire belle. Allons plus loin. Il y a l’idée de rire dans deux des qualificatifs : espiègle pour les garçons, rigolote pour les filles. Victoire pour l’égalité ? Ahahah. Êtes-vous naïfs… naïves, pardon – forcément. Je cesse d’interpréter subjectivement pour vous fournir une preuve scientifique en images.

Analysons maintenant ces captures d’écran de définitions qui ne sont pas de mon fait (on ne peut plus m’accuser de mauvaise foi), puisqu’elles sont tirées de l’honorable dictionnaire Le Robert (pensez ! avec un nom pareil, il ne peut être que très sérieux). (Une question : combien d’Académiciens par rapport aux Académiciennes, déjà ?)

Bref. Espiègle : c’est un adjectif, c’est marqué à côté. Et puis bon, c’est quand même un adjectif qui en jette, vu qu’on ne l’entend pas beaucoup dans la vie courante. D’ailleurs, y a une explication vachement savante en-dessous comme quoi ça vient du néerlandais, ou bien de la littérature allemande. Un truc sérieux, quoi, l’espièglerie. Forcément pour les garçons, du coup.

Rigolo, ote, par contre… Ben à côté, déjà, y a rien. C’est quoi ? Un adjectif ? Un verbe ? Un poney ? On ne sait pas. Après, pas d’explications scientifiques façon culture gé néerlandaise, non. Juste un « (de rigoler) » au goût un peu âpre. Ça ne rigole plus. Et puis juste ensuite : familier. Mais oui mais c’est bien sûr !… Espiègle, c’est assez rare au quotidien, c’est sérieux pour un garçon ; par contre pour les filles, on peut les qualifier avec du vocabulaire familier, parce que faudrait voir à pas déconner quand même.

Espiègle, pour un enfant, c’est donc être vif et malicieux, sans méchanceté. Ben oui. Faut suivre, hein. Un garçon ne peut pas être méchant, seulement rusé et habile. (C’est d’ailleurs avec ces deux derniers adjectifs que je qualifierais Henri VIII, Ivan le Terrible, Hitler, Mussolini, Ben Laden, Kadhafi, ou Anders Breivik ; mais je n’utiliserais pas méchant, nooooon, voyons, quelle idée tordue sortie de mon cerveau féminin !)

Poursuivons. Un enfant espiègle, nous dit Robert, c’est un petit polisson coquin et turbulent : rusé et plein d’énergie, quoi ! Normal. Ah mais… attendez… Espiègle peut aussi être un nom, alors ! Mais oui ! Exemple : C’est une petite espiègle –> DIABLOTIN. Eh ouais. CQFD. C’est Bob qui l’a dit (via Petit Bateau) : les filles, SAYLEMAL. Nous sommes le diable, nous sommes des sorcières, nous sommes de viles pécheresses.

(Je vous avoue humblement que si j’avais voulu le faire exprès, j’aurais quand même pas pu, hein. C’est quand même assez énorme.)

Poursuivons. Revenons à notre rigolote, dont on ne connaît pas la nature. Ah, ben c’est aussi un adjectif et un nom (comme espiègle mais… passons.) Ca amuse, ça fait rire – ouais, ça ne mange pas de pain et ça n’a pas inventé le fil à couper le beurre quoi, on n’en est pas à se rouler par terre et à penser au prix Nobel du calembour, c’est mignonnet, juste. D’ailleurs, en exemple, on a donc : Elle est rigolote. Sinon, on est curieuse et étrange – un peu chelou, quoi, normal. Une fille, faut s’en méfier – toujours. Mais alors le pompon, c’est qu’il s’agit aussi d’une personne à qui l’on ne peut pas faire confiance. Je venais tout juste de le dire !!

(Alors oui, pour le coup, l’exemple est masculin. Mais c’est l’unique Académicienne, qui devait forcément être avoir ses règles ce jour-là, qui a dit à ses collègues de ne pas la faire chier et de mettre un exemple testostéroné.)

Poursuivons. Après le couple espiègle/rigolote, on a celui de déterminé/têtue. Je traduis : un mec, ça sait ce que ça veut et où ça va ; une fille, ça emmerde le monde avec ses idées à la con dont elle ne démordra pas. Comprenez : un mec, c’est posé carré réfléchi ; une fille, c’est une chieuse avec des lubies. Et puis un mec, c’est « cool », aussi, hein.

Et pour finir avec le comportement, pendant qu’une fille c’est gourmande (ça s’enfile des plaquettes de chocolat et du cheesecake avec ses copines pendant que son mec « sait apprécier les bonnes choses » comme un bon vin accompagné d’un bon fromage), un garçon sera courageux, fier et vaillant. Vachement plus important et positif quand même que de s’empiffrer du dernier cookie de chez Starbucks et de pleurer ensuite quand on monte sur la balance pendant qu’on passe la moitié de notre temps à se faire belle. Hein.

Conclusion : un garçon, c’est espiègle, ça sait ce que ça veut, c’est carré, et c’est courageux ; pendant qu’une fille, c’est rigolote donc pas vraiment sérieuse, ça fait chier le monde avec sa tête de mule à la con, et ça sert qu’à bouffer des sucreries. (Oui, j’analyse des vêtements vendus en France en 2011.)

Et enfin, Petit Bateau parle des sentiments : là où 0% des adjectifs masculins y font référence, 10% de ceux des filles s’y rapportent (amoureuse). Amoureuse, putain… Coucou, tu veux voir mon gros cliché avec des cœurs (roses !) ? Parce que c’est bien connu : toutes les filles sont toujours amoureuses en permanence. Tou-jours. D’ailleurs, elles ne vivent que pour ça : mesdemoiselles sont des princesses (belles, chieuses et toutes de rose vêtues, donc) qui attendent leur prince charmant (fort, vaillant, courageux et déterminé, donc).

(Oui, j’analyse des vêtements vendus en France en 2011.)

Si ce genre de stéréotype me rend ouf, là où c’est grave, c’est que visiblement les garçons n’ont pas le droit d’avoir des sentiments. Hey, Petit Bateau ! Les émotions, c’est pas sale, hein ! C’est ce qui fait de nous des êtres humains !

                  Analyse générale

 Le problème, voyez-vous, c’est non seulement que ces bodys sont effectivement très misogynes, mais c’est aussi qu’ils véhiculent des clichés et des stéréotypes soit complètement faux, soit d’une autre époque, concernant les garçons et les filles.

Si l’on en croit Petit Bateau, les hommes n’ont donc pas de sentiments ni d’émotions, puisqu’aucune référence n’y est faite. Un homme, ça agit, et ça ne ressent pas ?… Les émotions, c’est un truc de gonzesse ?… Non mais… sans déconner… Un homme aime ou déteste, il éprouve de l’affection ou du mépris, il peut être joyeux ou triste, il se sent confiant ou mal à l’aise, etc… Et je vous assure, Petit Bateau, il lui arrive même d’être amoureux.

Un homme se soucie même de son apparence (et ça ne date pas d’hier, donc si on pouvait cesser avec ce stéréotype du Cro-Magnon, ce serait bien. Merci. Bisous.) Souvent, il aime être élégant et bien habillé. Il fait attention à sa coupe de cheveux et passe parfois quelques minutes le matin à mettre du gel pour la sculpter (et non, ça n’en fait pas un métrosexuel). Il taille un bouc consciencieusement ou entretient une barbe de trois jours parce qu’il se trouve mieux comme ça que rasé de près. Et il lui arrive même d’épiler un mono-sourcil par souci d’esthétisme.

Mieux encore, il fait du sport pour entretenir une silhouette, faire fondre des poignées d’amour, récupérer quelques abdos ou bien gonfler des biceps. Et non, Petit Bateau, ce n’est pas juste pour ressembler à ton cliché de l’homme fort, mais pour être bien avec lui-même et pour plaire aux filles – ou à la femme dont il est amoureux. Tout comme une fille ne se maquille pas parce qu’elle doit absolument être belle dans ton monde de clichés grotesques, mais pour se sentir mieux avec elle-même et pour plaire aux garçons – ou à l’homme dont elle est amoureuse.

Autre chose. Il y a des filles chiantes, mais il existe la même version côté garçon – tout comme être déterminé, têtu, rusé, habile, vaillant, rigolo, élégant, coquet, etc. Tous ces adjectifs correspondent, dans la vraie vie de la réalité, à des tas de personnes tous sexes, genres, et sexualités confondus. Arrêtons de vouloir mettre dans des cases et en tirer des généralités dangereuses. Car oui, il y a danger – mais j’y reviendrai.

Ce qui me dérange aussi, Petit Bateau, tu vois, c’est le caractère définitif de tes affirmations. Par exemple, si on prend mon cas personnel, je ne suis ni belle ni jolie. Donc je ne suis pas une fille ? Je ne suis pas douce trois semaines par mois. Donc trois semaines par mois, je ne suis pas une fille ? Je ne suis pas amoureuse. Donc je ne suis pas une fille ? En revanche, je suis déterminée, courageuse, fière, espiègle, et cool. Je suis donc un garçon ? Je ne suis pas coquette, mais je suis forte. Je suis donc un garçon ?

Par pitié, putain. Mesdames et messieurs du marketing, arrêtez ce genre d’agissements débiles, infondés, absurdes, d’un autre temps, et dangereux.

Les effets nocifs de tels clichés dans la société 

- De la propagande

Pour Petit Bateau, aucun adjectif ne fait référence aux capacités intellectuelles des filles. Sauf qu’en 2008, selon les données de l’Insee, plus de la moitié des filles (51%) sont diplômées de l’enseignement supérieur, contre un gros tiers de garçons (37%). Je ne suis pas en train de dire que les garçons ne sont pas intelligents – loin de là – je dis juste que la vision des femmes de Petit Bateau est erronée et qu’elle ressemble à de la propagande : « Sois belle, tais-toi, surtout n’étudie pas, on pourrait voir que tu as intelligence, culture, esprit, et analyse. » (Je rappelle que je suis toujours en train d’analyser des vêtements vendus en France en 2011.)

Au-delà de cet exemple ciblé concernant l’éducation et le niveau d’études, la commercialisation de ce type de vêtement contribue à entretenir une vision des deux sexes qui n’a plus lieu d’être dans nos sociétés occidentales, mais qui malheureusement résiste encore aux volontés de progrès en matière d’égalité, de parité, et tout simplement de respect de chacun des sexes et de leurs différences.

Bien sûr que nous sommes différents. Bien sûr qu’un homme est physiologiquement plus fort qu’une femme. Mais il y a des hommes gras et des femmes musclées. Il y a des forces de la nature chez les femmes, comme il existe des hommes chétifs. Il existe des hommes aux traits fins, qui sont coquets et élégants, et des femmes qui se soucient peu de leur apparence vestimentaire et qui ont des traits épais et une mâchoire carrée. En quoi ces hommes ne seraient pas des hommes au même titre qu’un sportif bodybuildé ? En quoi ces femmes ne seraient pas des femmes au même titre qu’une mannequin jolie et élancée ?

L’opération Petit Bateau est un cas d’école. Dans les forums, j’ai souvent lu ce commentaire : « Non mais arrêtez, comme si les bébés entendaient et comprenaient ce que ça veut dire… » Ben oui. Ils comprennent. Ils comprennent dans le sens où ils grandissent dans un environnement conditionné par ce genre de message. C’est tout un processus inconscient qui se met en place, et qui s’insinue dans la façon de modeler notre pensée, d’appréhender le monde, et les personnes genrées qui le peuple. Même les familles les plus cultivées et/ou les plus attentives à ce genre de choses n’y échappent pas.

Ça s’appelle l’inconscient collectif, et tant que ce sera entretenu par les médias, les dessins animés, les pubs, les jouets, etc, les hommes ne résoudront pas leur crise actuelle d’identité (oui, tu es un homme dans ta définition la plus noble même si tu aimes changer les couches du petit dernier, prendre soin de ta peau, et être à l’écoute de tes émotions), et les femmes continueront à ne pas être prises au sérieux (que ce soit dans le monde du travail où elles sont sous-payées, ou dans le domaine juridique où elles sont forcément coupables quelque part de s’être fait violer – entre autres exemples.)

Autre exemple concret du danger de ces clichés : le monde politique. Met-on en doute les capacités intellectuelles ou le mérite d’un homme politique d’être arrivé là où il est ? Et même plus loin : met-on en doute tout ceci sur la seule base de son apparence ?

On n’accuse pas Dominique Strauss-Kahn d’être une femme parce qu’il est petit et gras. Par contre, on accuse Martine Aubry d’être lesbienne (donc, si l’on continue dans le cliché grossier, d’être un peu mec quand même) parce qu’elle a les cheveux courts, qu’elle ne se soucie pas de son apparence, et que les traits de son visage sont épais et « peu féminins ».

D’un autre côté, on accuse Ségolène Royal (qui a soigné son look lors des dernières élections présidentielles) ou Rachida Dati (femme toujours très élégante) de tous les maux : la première est une idiote, et la deuxième a forcément couché pour réussir.

Conclusion : quand une femme politique ressemble au cliché de la femme diffusé par Petit Bateau, on ne la prend pas au sérieux. Quand elle ne ressemble pas à ce cliché, ce n’est plus vraiment une femme, mais on lui reproche quand même. D’ici à ce que Martine Aubry se lance dans un relooking pour ne plus qu’on lui reproche de ressembler à un mec, on lui reprochera d’être comme toutes les autres : obsédée par son apparence, donc superficielle.

Pendant ce temps-là, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon, et François Hollande sont des hommes courageux, forts, vaillants, habiles, et déterminés à faire voter des lois justes pour faire de la France un meilleur endroit pour vivre (c’est bien connu.)

Vous avez dit propagande ?

- Les effets nocifs de tels clichés dans le monde du travail

Je ne prendrai qu’un seul exemple – et il sera rapide. L’écart de salaire entre les hommes et les femmes à formation, ancienneté, et compétences égales est de 9% (en défaveur des femmes). Pourquoi ? L’une des principales raisons (on parle toujours de formation, ancienneté, et compétences égales pour un même poste) est qu’une grande majorité des femmes ne négocient pas leur salaire.

Pourquoi ? Parce que la propagande des « petites fille mignonnes » fait en sorte qu’elles sont inconsciemment persuadées que gagner de l’argent pour une fille, c’est mal, qu’avoir de l’ambition pour une fille, c’est mal, et qu’être déterminé, c’est pour les garçons. En gros, elle reste bien sage, mignonne, rigolote, douce, et pas sérieuse, et dit merci monsieur au gentil patron qui a bien voulu l’embaucher.

Merci, Petit Bateau, de contribuer au rappel de ces belles vérités, qui aident notre société à avancer dans le bon sens et à être plus juste.

Mais merci l’Education Nationale aussi, pour avoir subtilement expliqué lors de ta campagne de recrutement que les femmes ont des rêves et les hommes de l’ambition.

 

- Du cliché de la femme mignonne et douce à la réalité d’une agression

L’affaire DSK « aidant », une amie m’a récemment avoué qu’il lui était arrivé sensiblement la même chose que le viol présumé de Nafissatou Diallo. Le choc d’une telle révélation passée, mon premier réflexe, à l’écoute de son témoignage, a été de lui demander pourquoi elle ne l’avait pas mordu. « Facile à dire », m’a-t-elle répondu, « j’y ai bien pensé l’espace d’une demi-seconde, mais dans ma tête, ce qui s’est passé plus vite encore, c’est la peur qu’il me frappe à la tête pour se dégager, coup qui aurait pu me provoquer des dégâts importants étant donné sa stature par rapport à la mienne, ou bien me faire valser sur le coin de la table basse située à côté et me tuer sur le coup en cas de mauvaise chute, contre un coin par exemple. Alors non, je ne l’ai pas mordu, j’ai préféré me laisser faire. »

Après l’avoir rassurée sur le fait que même si elle avait « préféré » se laisser faire, il ne s’agissait pas d’un choix et qu’elle ne devait pas culpabiliser ni avoir honte, elle m’a avoué quelque chose dont le cheminement nous a choquées toutes les deux.

Après avoir réussi à se dégager et à s’éloigner de son agresseur, celui-ci est revenu vers elle. Folle de rage à cause de ce qui venait de se passer et terrifiée à l’idée que ça pouvait recommencer, elle s’est mise à le repousser violemment et à lui donner des coups. Il a fini par se reculer et à lui dire qu’ok, ok, il la respectait, il ne la toucherait plus. Outre le caractère effectivement choquant et criminel du viol, elle s’est sentie coupable d’utiliser la violence à ce moment-là, alors qu’elle ne faisait que se défendre d’une éventuelle autre agression.

Voici ce qu’elle m’a dit : « Pendant que je le frappais, j’étais en train de me dire que ce n’était pas digne de ma condition de femme de me battre comme une chiffonnière ; qu’une fille, ça ne se bat pas, et que je devais avoir honte de me comporter comme ça. »

En disant ces mots à voix haute, elle a compris à quel point c’était choquant – ce dont elle n’avait pas réellement pris conscience avant de m’en parler. « Une fille, ça ne se bat pas », parce qu’une fille, c’est « mignonne » et « douce » et « amoureuse ».

Voilà le danger de la diffusion de tels clichés telle que celle de Petit Bateau. Au lieu de rentrer dans le crâne des petites filles des affirmations définitives du genre « une fille, ça ne se bat pas », apprenons-leur qu’elles doivent absolument user de la violence quand elle est nécessaire et que, si, elles peuvent avoir une certaine force dans des cas précis.

La preuve, dans l’histoire de mon amie, c’est que, surpris par son accès de violence inattendu, l’agresseur a eu l’air d’avoir du respect et de l’admiration quand il l’a vue se battre. Peut-être parce que lui non plus ne s’y attendait pas, partant du principe que « une fille, ça ne se bat pas », et que celle qui se bat est plus digne d’être respectée que celle qui est mignonne et douce et amoureuse.

C’est très grave. C’est très grave de continuer à nous marteler ce genre de conneries jusqu’à ce que des femmes modernes et libérées, comme ma copine, arrivent à y croire, et qu’on devienne victime à cause d’une propagande dont on a du mal à trouver un but.

Je ne dis pas que le fait « d’autoriser » les filles à se défendre violemment (et Dieu sait si j’abhorre la violence) empêchera toutes les agressions ou tous les viols. Mais s’il peut en empêcher quelques-uns par l’effet de surprise que ça peut provoquer, alors ce serait déjà une grande victoire.

Petit Bateau et les autres, arrêtez de répéter que les garçons doivent absolument n’être que forts, courageux, et déterminés, et que les filles doivent absolument n’être que jolies, douces, et amoureuses.

Non seulement c’est souvent faux et toujours réducteur, mais en plus c’est dangereux. Halte aux clichés hasardeux et aux stéréotypes périlleux. Louons également (et pas seulement, car je refuse d’aller vers l’excès inverse) les hommes sensibles et les femmes fortes.

[ENQUÊTE] Le Ministère s’efforce de l’art

mars 20, 2010 dans En vrac, Travaux universitaires

Les outils de promotion de l’art contemporain français à l’international


La Force de l’Art 02 s’est achevée il y a quelques mois, le succès escompté n’étant pas au rendez-vous. Dans un contexte difficile, il nous a semblé important de nous interroger sur l’état des structures et des soutiens dont disposent les artistes contemporains en France.
Les outils mis en place par les initiatives publiques et privées pour soutenir et promouvoir l’art contemporain français sur la scène internationale sont-ils pertinents ?


 

En 2001, le rapport Quémin intitulé « Le rôle des pays prescripteurs sur le marché et dans le monde de l’art contemporain » est sorti. Ce document, destiné au Ministère des Affaires Etrangères, stigmatise « le lent effacement de l’art français sur la scène mondiale ». A partir d’une analyse comparative, l’auteur, le sociologue Alain Quémin, pointe la défection des artistes français contemporains dans les collections publiques, dans les grandes institutions culturelles de portée internationale, dans le Kunst Kompass (classement réputationnel des artistes faisant référence), dans les foires et les biennales, et enfin sur le marché international des ventes aux enchères.

Alors que l’Angleterre s’est dotée du Prix Turner dès les années 80 ou que les Etats-Unis, « patriotiques, suivent leurs artistes » depuis les années 50, « La France a du mal à défendre ses ouailles, contrairement à d’autres pays bien plus protecteurs ».

 

Excepté le Centre national des arts plastiques (CNAP), organisme public chargé de soutenir et de promouvoir la création contemporaine avec un budget minime (1,269 millions d’euros), la France ne s’est pas dotée d’outil de promotion de son art national avant 2006, date de création de la première triennale d’art contemporain français sous l’égide du Ministère de la Culture : La Force de l’Art. Conçue comme une vitrine de la scène française, la Force de l’Art est-elle une initiative pertinente ?

 

La Force de l’Art : pertinence et étude comparée des deux éditions


 

 

Force de l’Art 1

Force de l’Art 2

COÛT

Ministère de la Culture

3,88 M €

NC

Subventions de l’Etat

2,5 M €

NC

Mécénat

675 000 €

NC

Total

7,05 M

NC

 

 

PRIX ENTREE

Tarif plein

7 € (pour 2 visites)

6 €

Tarif réduit

5 € (pour 2 visites)

4 €

Gratuit

moins de 18 ans

moins de 13 ans

 

 

COMMISSAIRES

15

3

 

 

EXPOSANTS

Exposition principale

200

39

Avec annexes

pas d’annexe

6

 

 

VISITEURS

Exposition principale

80 000

67 286

Avec annexes

pas d’annexe

107 000

La première édition, sous l’impulsion du Premier Ministre Dominique de Villepin, a attiré un nombre honorable de visiteurs (environ 80 000). Quinze commissaires et plus de 200 artistes participants ont donné un aperçu relativement complet « des trente dernières années de l’art en France », commente Gilles Fuchs, président de l’Association pour la Diffusion Internationale de l’Art Français (ADIAF).


Ce dernier a d’ailleurs eu plutôt l’impression d’un « déballage » tandis que la seconde édition, sous l’égide de Christine Albanel, Ministre de la Culture, lui parut plus intéressante, car plus anglée. La Force de l’Art 02 montrait « le point de vue de trois commissaires. Les œuvres furent bien mises en valeur ».


Si une majorité d’artistes louent l’initiative, nombreux sont ceux qui critiquent sa mise en application. Pour la seconde édition, les trois commissaires de La Force de l’Art (Jean-Louis Froment, Jean-Yves Jouannais et Didier Ottinger) ont fait appel à Philippe Rahm, architecte, pour concevoir l’espace d’exposition. La « géologie blanche » figure une « banquise » de box blancs dont les parois sont repoussées, déformées par les œuvres et leurs volumes.


Frédérique Loutz associe cette architecture à une forme de cynisme, une « banquise avec ses artistes-ours en péril ». L’artiste désapprouve un espace qui, contrairement à la visée du projet, ne s’adapte pas à ses pièces : son papier peint a dû être découpé pour pouvoir se conformer aux dimensions de la « géologie blanche ». « Seules les pièces surdimensionnées ont pu résister à l’emprise de la scénographie sur les œuvres présentées. En outre, chaque pièce étant isolée, le dialogue peine à s’établir », regrette-t-elle. « Toute la communication s’est faite autour de la superbe et généreuse idée de l’architecte. Le lien entre les œuvres et les pratiques a été écarté, n’en reste qu’une sensation de cacophonie un peu stérile […] chaque artiste est parqué dans son petit bungalow dans ce village polaire ». Elle déplore que cette manifestation soit loin d’avoir été « une aventure humaine ». L’ambiance est à l’aune de la froideur de la « géologie blanche » : « un des trois commissaires n’a pas eu la politesse de me saluer », et l’a fait se sentir « seule, démunie et éprouvée ».

 

 

 

Force de l’Art 1

Force de l’Art 2

Ministre en charge du projet

Dominique de Villepin

Christine Albanel

Date

10 mai – 25 juin 2006 (41 jours)

24 avril – 1er juin 2009 (36 jours)

Lieu

Nef du Grand Palais

Nef du Grand Palais

Annexes

pas d’annexe

Musée du Louvre

Tour Eiffel

Palais de la Découverte

Musée Grévin

Eglise Saint-Eustache

Espace dédiés aux prix

Prix Marcel Duchamp

pas d’espace dédié aux prix

Prix Ricard

Cependant, elle se dit reconnaissante d’avoir bénéficié d’une bourse du CNAP et d’une résidence à Rome. Elle reconnaît que La Force de l’Art 02 fut bénéfique pour elle, lui assurant une visibilité certaine. Néanmoins, six mois après la manifestation, elle n’a toujours eu aucune proposition d’exposition…

Fayçal Baghriche estime que cette édition fut surtout bénéfique aux jeunes artistes, lui y compris. Dans la mesure où très peu de pièces furent créées pour l’évènement, il s’agit pour les artistes plus reconnus « d’une manifestation de plus à leur actif, mais qui n’apporte pas grand-chose à leur travail ». En tant que commissaire, il estime que le nombre d’artistes exposés est assez juste. Fayçal Baghriche reconnaît que des efforts sont faits du côté du Ministère de la Culture et de la Communication mais qu’il est également avéré que des subventions ont diminué et que certains lieux ferment. Mais, dit-il, on ne peut pas « attendre d’un ministère de droite de mener une politique culturelle de gauche ». Enfin, cet artiste rejoint Frédérique Loutz : « Certaines œuvres étaient mal accrochées, notamment celles d’Anita Molinero ou de Michel Blazy ». Toutefois, il reconnaît que l’importance et les contraintes de l’évènement nécessitent  « négociations et concessions » autant du côté des commissaires que du côté des artistes. Philippe Mayaux, également, regrette que ses peintures exposées à l’extérieur du cubicle (« box » alloué à chaque artiste) cachent celles exposées à l’intérieur…

 

 


 

Quid des femmes ?

Fayçal Baghriche évoque également un problème récurrent : la sous-représentation des femmes à La Force de l’Art, problème symptomatique des expositions françaises en général. Même si Fayçal Baghriche n’est pas « pour la parité dans les expositions ; on choisit de montrer des travaux selon leur pertinence et non selon le sexe de l’auteur », il estime tout de même que « des oublis aussi manifestes ne peuvent être assimilés qu’à du dédain ». Gilles Fuchs est lui aussi partagé sur cette question : « On fait attention à la présence de femmes mais ce n’est pas un critère déterminant. Si on n’avait que des Louise Bourgeois dans notre sélection, on n’aurait que des Louise Bourgeois. Les personnes sélectionnées sont artistes avant d’être femmes. Il est vrai que les artistes promus par les galeries sont en majorité des hommes… Sur neuf prix, nous avons trois femmes. Dans nos jurys, nous avons autant de femmes que d’hommes. En art, il n’est pas essentiel de distinguer les deux genres : si vous lisez un bon roman, il n’est pas nécessaire de savoir si c’est un homme ou si c’est une femme qui l’a écrit. Ce n’est pas vital au niveau de l’organisation de la société. Si vous demandez à Annette Messager si elle est une artiste femme, elle vous griffera et vous dira : je suis UN artiste ».


Ce problème, bien loin d’être anecdotique, mobilise : des groupes militants se forment, notamment sur Facebook. En effet, un groupe intitulé « La faiblesse de la Force de l’Art » a été créé en écho à la lettre ouverte écrite par Isabelle Alfonsi (galeriste et critique d’art), Claire Moulène (journaliste et commissaire d’exposition indépendante), Lili Reynaud-Dewar (artiste et enseignante à l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux), et Elisabeth Wetterwald (critique d’art et enseignante à l’Ecole des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand). Cette lettre vise à dénoncer la faible représentation des femmes, notamment à la Force de l’Art, qui ne comptaient que pour 16% des effectifs alors que « 60% des artistes diplômés des écoles des Beaux-Arts en France sont des femmes. »


Philippe Comtesse, le créateur du groupe, explique : « Cet appel est bien plus large que celui de « La Force de l’Art » qui n’est qu’un symptôme de ce qui se passe dans l’art et la représentation des femmes dans les collections, événements, expositions. Pour ce qui est de mon engagement dans cette histoire, je suis sympathisant féministe. Suite à cet appel, j’ai boycotté l’événement. » Il ne semble pas être le seul concerné. Jihane El Meddeb, auteure et cinéaste présente au vernissage des deux éditions, a déclaré : « J’ai d’ailleurs eu une conversation avec Orlan à ce sujet. J’avais entamé une action relevant le pourcentage de femmes représentées lors de ces expositions alors que je ne suis pas « féministe » pour un sou… » Et Polina, une amatrice d’art contemporain qui ne se sent pas non plus particulièrement proche d’un quelconque mouvement féministe, avoue : « Oui, les artistes femmes ne sont pas assez représentées, mais ce n’est pas spécifique à la Force de l’Art, c’est tout le milieu de l’art en général. »

Outre le manque de femmes, il y a un problème de représentativité au niveau du territoire puisque le commissariat trahit un certain parisianisme.

 

Monumenta, l’autre cheval de bataille du Ministère de la Culture

Monumenta est une manifestation créée dans le but de « montrer l’art contemporain au public le plus large grâce à l’attractivité du bâtiment et à la possibilité de créer un projet d’amplitude en ce lieu. Le deuxième objectif est de montrer la vitalité de la scène française à l’international ». Quand on s’étonne de ce qu’Anselm Kiefer et Richard Serra, les deux artistes précédents de Monumenta, ne sont pourtant pas Français, Catherine Grenier répond : « Anselm Kiefer vit en France depuis plus de quinze ans, c’était important de montrer qu’un artiste international a choisi de vivre en France. Il est important d’avoir des artistes internationaux car, en plus d’affirmer la créativité française, le but est de montrer que Paris compte sur la carte internationale ». La presse étrangère est très demandeuse d’interviews de Christian Boltanski, l’artiste exposé de Monumenta 2010 (en cours), plus que la presse française qui l’a couvert quand même très largement, des revues spécialisés aux journaux généralistes. Quant aux subventions allouées à l’évènement, elles viennent pour un tiers de l’Etat, un tiers du mécénat, et le tiers restant dépendant de la billetterie.

 

 


 

Gilles Fuchs rappelle à quel point ces initiatives sont capitales pour la visibilité de l’art français… et pour son existence tout court : « La Force de l’Art et Monumenta sont essentiels. C’est ce pour quoi nous nous sommes battus, pour montrer qu’un art français existe. Tout le monde parle d’art chinois, indien, islamique, américain, russe, etc. Pourquoi n’y aurait-il pas un art français ? Si le créateur d’Abidjan faisait la même chose qu’un artiste du 7ème arrondissement de Paris, quel ennui ! Des personnes comme Olivier Kaeppelin ou des organismes comme le Prix Ricard ou l’ADIAF ont beaucoup œuvré en ce sens. Maintenant on ne rit plus lorsqu’on parle d’art français même si la spéculation va moins vite en France qu’ailleurs. Le principe est de montrer un point de vue français ».

 

Les initiatives privées : le Prix Marcel Duchamp et le Prix Ricard

Créé en 1994, l’ADIAF est un organisme privé de mécénat culturel fondé par Catherine Millet, Daniel Abadie, Daniel Templon et Gilles Fuchs ayant pour but de faire connaître à l’international la scène contemporaine française. En 2000, ce regroupement de collectionneurs se dote du Prix Marcel Duchamp, prix prestigieux récompensant le travail d’un artiste contemporain français ou vivant en France.
L’artiste primé reçoit une dotation financière de 35 000 euros et est exposé au Centre Pompidou qui éditera un catalogue.

 

 

 


Le rapport Quémin met en exergue la nécessité pour les artistes français d’être intégrés dans les collections permanentes. Or, l’obtention du Prix Ricard permet justement aux artistes d’entrer dans les collections permanentes du Centre Pompidou. Le Prix Marcel Duchamp affiche-t-il, lui aussi, une volonté de suivre les conseils du rapport Quémin et de pérenniser les œuvres des artistes primés ?

 

« Nous sommes suivis par le Centre Pompidou : ce dernier possède déjà les artistes que nous primons et, si ce n’est pas le cas, les achète. Sur les quarante-trois nominés de cette année, le Centre Pompidou a dans ses collections permanentes trente-sept d’entre eux. Depuis la création du Prix Marcel Duchamp, le Centre Pompidou a acquis une cinquantaine d’oeuvres des artistes que nous avons sélectionnés. C’est une réelle chance pour les artistes car le Centre Pompidou accueille quelque 70 000 visiteurs. La question des expositions temporaires ou permanentes est difficile. En effet, si un musée qui se veut dynamique est obligé de montrer ce qui se passe actuellement, son but premier est de conserver, d’acquérir, d’organiser ses collections permanentes. Bien sûr, on a envie d’avoir l’avis du Centre Pompidou sur l’actuelle mais il y a aussi d’autres endroits pour le faire ».


Les deux prix n’entretiennent pas des rapports concurrentiels. En effet, la sélection du Prix Marcel Duchamp consacre des artistes d’une quarantaine d’années, ayant déjà une certaine visibilité sur la scène internationale, tandis que le Prix Ricard récompense des artistes émergents. « Le Prix Ricard et nous », explique Gilles Fuchs, « avons un fonctionnement différent : ils élisent des artistes plus jeunes que nous et ont un mode de sélection différent. Les membres collectionneurs votent mais c’est au conservateur qu’appartient la décision finale. Comme il n’y a que des collectionneurs, le choix est moins aisé. Notre jury est composé de professionnels qui connaissent les œuvres. C’est un jury international composé de sept personnes qui choisit le lauréat. Les membres fixes sont madame Matisse, à qui appartiennent les droits des œuvres de Marcel Duchamp, le directeur du Musée national d’art moderne Alfred Pacquement et le président de l’ADIAF, c’est-à-dire moi-même. A cela il faut ajouter deux collectionneurs et deux conservateurs, tous d’envergure. Le jury est à moitié composé d’étrangers afin d’éviter un choix hexagonal et le diktat des institutions françaises ».

 

De la nécessité des institutions…

« Bien que conscient de représenter une identité particulière à travers mon activité d’artiste,je ne crois pas au concept de promotion d’un art national à l’international ». Saâdane Afif est lauréat du Prix Marcel Duchamp 2009, prix attribué par l’ADIAF « initiative pour contribuer au rayonnement de la scène française sur le marché mondial». Cependant, cet artiste contemporain ne désire pas s’exprimer sur la question des institutions, question selon lui « dépassée, que l’on pose depuis dix, quinze ans ».

La volonté pour un artiste de ne pas être institutionnalisé semble compréhensible.

Y a-t-il une visibilité possible des artistes en dehors des institutions ?

 

 

Ornella Lamberti

Florence Porcel

Boris Tampigny

Ca peut vous intéresser :

Les
hommes en Force de l’Art contemporain

 

C’est beau, c’est bien,
c’est Bel. Ou non.

Par ordre d’apparition : une
performance qui danse le serpent dans la blancheur cubique

Rosas danst Rosas : un spectacle nerveux au minimalisme
entêtant

La culture à (très) moindre
coût


Littérature, internet, nouvelles
technologies : débuts poussifs d’un ménage à trois qui promet

[HUMEUR] A ceux… qui veulent me réduire à Marie et/ou à Marie-Madeleine

mars 20, 2010 dans En vrac, Société

En préambule, sachez que j’ai beaucoup réfléchi, et que je réfléchis toujours beaucoup, aux différents sujets que je vais aborder. Ce qui va suivre reflète ma position et mon opinion ce jour. Je reste donc libre de changer d’avis, pour la simple et bonne raison que je reste ouverte au dialogue et que je prends en compte chacun des arguments de ceux qui n’ont pas la même vision que moi. Je ne balaye jamais un point de vue du revers de la main : je le soupèse toujours avant de me forger ma propre opinion.
Je remercie donc par avance ceux qui liront ce post tout en sachant qu’ils ne seront pas d’accord avec ce qui y sera dit, et qui respecteront mes propos comme je respecte les leurs.
Sachez également qu’en cas de commentaires, je n’y répondrai pas. Mais c’est juste par manque de temps, pas par manque de volonté d’échanger des points de vue. Je ne tolérerai évidemment aucun propos raciste, homophobe, injurieux, appelant à la haine, etc… Je ne censurerai personne exprimant une opinion qui entre dans le cadre légal : je tiens trop à la liberté d’expression.
La volonté de m’exprimer sur un certain nombre de questions fait suite à ce billet d’humeur paru sur le site de Planète Campus, où j’effectue actuellement mon stage en qualité de journaliste web. Je me suis insurgée, à la demande de ma rédactrice en chef, contre la manifestation des catholiques anti-IVG devant l’Académie française(vidéo ci-dessous), où Simone Veil se faisait introniser « immortelle ».

Ce n’est pas la première fois que l’Eglise catholique – pour ne parler que d’elle… – me rend extrêmement mal à l’aise et me met en colère. Parce que ses positions me choquent. Profondément.
Mes (non-)croyances
Je viens d’une famille traditionnellement catholique. Je suis baptisée. J’ai fait un an de catéchisme, en classe de CM1 ; mes parents se sont très vite rendus compte que je resterai réfractaire à ces inepties. Je les remercie néanmoins d’avoir fait la démarche de m’initier à cette religion qui est la leur – en théorie (ni l’un ni l’autre n’est pratiquant). Et je les remercie encore plus de ne pas me l’avoir imposée par le biais de cours de catéchisme plus longuement obligatoires.
Je suis athée. Je ne crois en aucune sorte de divinité – je trouve l’idée absolument absurde, dénuée de sens même. Cela dit, je comprends qu’on puisse, qu’on ait besoin d’y croire ; je respecte totalement ceux qui ont une foi.
Ce n’est juste pas mon cas.
Comme j’accepte sans y croire une seule seconde la potentialité (même minime à l’extrême) qu’il puisse exister une divinité, merci aux croyants d’accepter sans y croire une seule seconde la potentialité (même minime à l’extrême) qu’il puisse ne pas en exister.
Tout simplement parce que, d’un côté comme de l’autre, nous n’avons aucune preuve de ce que nous avançons.
Ma position sur l’avortement
Plusieurs associations se sont donc réunies avant-hier au Quai Conti pour dénoncer l’entrée de Simone Veil, à l’origine de la loi en faveur de l’avortement, à l’Académie française. Ils pleurent les « millions d’enfants français qui manquent parce qu’ils ont été assassinés dans le sein de leur mère ». Vous remarquerez que les deux personnes à haranguer les pro-IVG étaient des hommes… Mais j’y reviendrai.
Vous l’aurez compris, je suis pour le droit à l’avortement (même si être pour ou contre n’a pas vraiment de sens puisque cette loi existe.) Je ne pense pas qu’une IVG soit un meurtre d’enfant. Une IVG est une interruption du développement d’un embryon – voire d’un foetus.
Avant la 12ème semaine de grossesse, je ne pense pas que ce foetus soit vivant : pour moi, tout ce qui n’est pas viable en dehors de l’utérus n’est pas vivant. Ca me semble être le bon sens, mais je respecte ceux qui pensent autrement.
Avant la 12ème semaine de grossesse, un foetus n’a pas de sexe déterminé. Ce n’est donc pas une personne : ce n’est encore juste qu’un ensemble de cellules qui peut potentiellement devenir un foetus viable.
Avant la 12ème semaine de grossesse, un foetus n’a pas d’activité cérébrale. Or, la sience dit qu’il n’y a conscience que lors d’une activité cérébrale.
Avorter n’est donc pas tuer. C’est juste stopper le développement d’un ensemble de cellules. Qui n’est ni vivant, ni une personne – puisque pas viable, ni conscient, ni sexué. Point.
Et Francis Kaplan, auteur de L’embryon est-il un être vivant ? (éditions du Félin, 2008) l’explique très bien dans son entretien avec Lucette Finas (que j’ai trouvé au hasard de mes recherches après avoir écrit ce précédent paragraphe.)
L’IVG : souvent la meilleure solution
Dans toutes les époques, dans toutes les cultures, les femmes ont avorté. Avec des méthodes plus ou moins dangereuses pour leur santé ou leur vie. De nos jours en tout cas, autant d’avortements sont pratiqués dans les pays où ils sont interdits que dans ceux où ils sont légalisés.
Chaque année, près de 20 millions d’avortements sont réalisés en dehors de structures spécialisées. Toutes ces femmes qui prennent des risques inconsidérés et qui endurent souffrances et complications ne le font pas pour le plaisir. Elles le font parce qu’elles n’ont pas d’autre choix. Elles le font parce que c’est la meilleure – la moins pire – des solutions qui s’offrent à elles.
Restons en France. Prenons un cas proche et concret : le mien. Mettons que je tombe enceinte demain. Malgré toutes les précautions que je prends (pilule + préservatif, je n’ai jamais fait autrement pour justement éviter ça), ça peut arriver. Je vis dans un studio de 12m². Je suis étudiante-stagiaire, je gagne 398 euros par mois. Mon loyer – pour ne parler que de lui – est de 492 euros. Je vis seule. Je suis indépendante. Mes parents travaillent, et ils sont loin. Pour avoir une place en crèche à Paris, il faut s’inscrire sur des listes d’attente deux ans avant l’accouchement (au mieux). Une assistante maternelle coûte très cher.
Que ferais-je d’un bébé ? Où l’installerai-je ? Avec quoi est-ce que je pourrai le nourrir, l’habiller, le soigner ? Quand et comment pourrais-je m’en occuper ? Si j’arrête mes études pour le garder et l’élever, à partir de quand pourrais-je recommencer à travailler pour gagner de quoi subvenir à nos besoins ? Et sans diplôme, quel genre de travail réussirai-je à avoir ? Pour quelle rémunération ?
Non, il n’y a pas de meilleure solution que l’avortement dans mon cas. Et je ne suis pas le plus désespéré, le plus démuni, le plus en détresse. Loin de là.
Mais avoir un bébé maintenant, c’est nous condamner, ce bébé et moi, à une vie de grande précarité, voire de misère. Est-ce vraiment la vie que ces manifestants souhaitent à cet enfant ?…
IVG, ITG, IMG… et la vie
Parlons-en, de la vie. Les manifestants d’avant-hier défendent la vie comme un état : un être qui respire, qui bouge, qui pense, qui ressent. Moi, je pars du principe que la vie, c’est tout ça, plus les conditions dans laquelle cet être grandit. Parce qu’être vivant, c’est être vivant quelque part, à un moment donné, dans un contexte donné. Pour reprendre mon exemple personnel, donner la vie dans neuf mois à un enfant qui serait le mien n’a aucun sens. Aucun.
Décider de mettre un enfant au monde, c’est la plus grande responsabilité qui soit. Ce n’est pas une décision qui se prend à la légère. Et le mettre au monde sous le seul prétexte que « la-vie-à-tout-prix » est à mon sens la preuve d’une irresponsabilité et d’une immaturité condamnables si les conditions pratiques, financières, sanitaires, psychologiques, etc… d’accueil du bébé ne sont pas réunies.
C’est pour ça que je n’hésiterai pas une seule seconde d’avoir recours à une IMG si par malheur le cas venait à se présenter. En tant que personne, et en tant que mère, je ne souhaite à aucun enfant d’être handicapé – physique ou mental. Les cas prévus par la loi autorisant une IMG sont pour des pathologies lourdes, et en aucun cas je ne veux être responsable de la souffrance d’un être humain. Et que les bien-pensants gardent leurs arguments : si, être (lourdement) handicapé est source de souffrance. La personne handicapée souffre, son entourage aussi. C’est ainsi. Alors si la vie tant défendue est une vie de ce genre, je ne veux pas la donner – c’est même de mon devoir de personne morale de ne pas la donner. Et je suis bien contente de vivre dans un pays qui m’autorise à ne pas faire souffrir un enfant et ses proches.
Une fois encore, ces paroles n’engagent que moi. Et ça ne m’empêche pas de respecter ceux qui ne pensent pas comme moi, et que mon point de vue pourrait choquer.
Le caractère sacré de la vie
De nombreux opposants à l’avortement – souvent des croyants – le sont parce que la vie est « sacrée ». Voici la définition de l’adjectif « sacré’ selon le dictionnaire Hachette (édition 2008) : A. Qui concerne la religion, le culte divin ; B. Qui appelle un respect absolu ; digne de vénération. Ces deux définitions renvoient à la religion. Il est donc normal que les croyants estiment que la vie soit « sacrée » ; il est normal aussi que je ne la considère pas comme telle.
Attention, ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Ce n’est pas parce que je ne considère pas la vie « sacrée » que je ne la respecte pas. Ôter volontairement la vie de quelqu’un est le crime le plus odieux qui soit et devrait systématiquement conduire à la prison à vie – et sans réduction de peine possible, jamais, en aucun cas.
Je respecte infiniment la vie, et je pense même la respecter plus et mieux que ces gens qui ont manifesté avant-hier devant l’Académie française. Parce que j’en sais son prix. Parce que j’en connais sa valeur. Sa fragilité. Sa richesse. Sa beauté. Parce qu’elle est ce qui existe de plus précieux.
Je n’autorise personne – personne – à me donner des leçons sur ce qu’est la vie. Personne. Parce que j’ai vu la mort en face, à deux reprises. J’ai vécu une expérience de mort imminente – et une dizaine d’années plus tard, j’ai connu la maladie. Alors personne ne viendra me donner de leçon de – et sur la – vie. Croyez-le bien. Et certainement pas des prêtres complètement déconnectés des réalités de ce monde.
L’Eglise catholique et les femmes
En parlant de prêtres, revenons à l’Eglise catholique. J’ai bien des griefs contre elle, à commencer par sa vision des femmes qui n’a pas – ou peu – évolué depuis l’an 1. Une première question : pourquoi une femme n’a-t-elle pas le droit de dire une messe ? Messieurs les papes, les évêques, les curés, etc… on sait lire, hein. Si si. Je vous ju… promets. Alors… une réponse ? Quelqu’un ? Oui ? Je vous écoute ! Parce que « c’est difficile de voir le Christ dans une femme.«   Aaaaah… ça, c’est de l’argument, vraiment !! Mais le Christ, chers amis, n’était-ce pas d’abord et avant tout un message d’amour et de paix, des valeurs, un guide ? Une femme ne peut pas représenter tout ça ?
Passons. C’était juste un exemple pour montrer la mauvaise foi (sans mauvais jeu de mot) de l’Eglise catholique concernant les femmes.
Marie ou Marie-Madeleine ?
Le problème dans la religion, c’est qu’elle est automatiquement manichéenne. Tout est blanc, ou tout est noir. Il y a le Bien, et il y a le Mal. Or, tout le monde sait bien dans la « vraie vie » que ce n’est pas aussi simple que ça. Oui, il y a du Hitler en Mère Teresa ; et oui, il y a du Mère Teresa dans Hitler. Ca s’appelle un être humain – voilà tout. Pour reprendre les arguments des catholiques, il n’y a que « Dieu » et le « Diable » pour être respectivement tout blanc ou tout noir. Or – ils le disent eux-mêmes : la perfection n’est pas de ce monde !
Et chez les femmes, alors ? Il y a la Vierge, et il y a la Pécheresse. Notez que ces deux visions opposées de la femme sont basées sur la sexualité. Les femmes ne sont donc réductibles qu’à leur sexe… Ce n’est pas faire montre d’une grande ouverture d’esprit, tout ça. Et surtout, c’est complètement déconnecté du réel.
Alors mesdames, mesdemoiselles, qu’êtes-vous ? Une pute ou une maman ? Ni l’un ni l’autre ? Les deux en même temps ? Rien de tout ça ? Eh oui. Ca me semble tout à fait clair : « Dieu » a visiblement un problème avec les femmes. Y a qu’à voir : il l’a mise enceinte comment, la petite Marie ? Mmh ? Visiblement il ne l’a pas touchée, sinon elle ne serait plus vierge. Pourquoi ? « Dieu » serait-il homosexuel ? Nan franchement, la question se pose.
J’arrête là les sarcasmes – je sais d’expérience que les croyants, pour la plupart, n’ont pas le sens de l’humour, ce qui est fort dommage puisque ça les décrédibilise encore plus. Je vous en prie, acceptez mes critiques comme j’accepte les vôtres. OUI, la religion est critiquable. La notion de « Dieu » aussi.
Pour revenir à la « Sainte Vierge », on croit aux miracles ou on n’y croit pas. Personnellement, je n’y crois pas. Mais, au risque de me répéter, je respecte tout à fait ceux qui choisissent d’y croire.
Mais c’est un fait : l’Eglise catholique est misogyne, et elle réduit les femmes à leur sexe, à leur utérus. On en revient à l’avortement.
L’Eglise : une institution politique
Si l’avortement est aussi fermement condamné par l’Eglise, c’est évidemment parce qu’elle défend le caractère sacré de la vie, mais c’est aussi un choix politique.
Il serait bien long et fastidieux de rappeler toute l’histoire de cette institution qu’est l’Eglise. En quelques mots, elle a longtemps été autant (voire plus, selon les époques et les pays) une institution religieuse qu’une institution politique. Politique et religion ont toujours été étroitement liées, et elles le sont toujours dans de nombreux pays qui n’ont pas séparé religion et Etat. Des exemples ? Les croisades, les guerres saintes (parfait oxymore, soit dit en passant…), les colonisations, le roi de droit divin, etc… L’Eglise a été jusqu’à récemment en France une institution politique qui régissait la société, la nation, la vie de famille, le quotidien… On vivait au rythme du calendrier religieux, c’était les cloches des églises qui donnaient l’heure et organisaient les journées…
Le refus de l’avortement est donc autre chose qu’un simple point de vue religieux : c’est la volonté farouche de réduire la femme au statut de mère et de femme au foyer. La femme, utérus ambulant, qui n’a de fonction que de faire des enfants, doit rester à la maison. Pourquoi ? Mais pardi, parce que ça arrange les hommes !! Et rappelez-vous, qui sont les prêtres, les évêques, les archevêques, les papes ?… Des hommes. Il y aurait eu des femmes décisionnaires au sein de l’Eglise, les choses ne se seraient pas passées ainsi.
C’est un fait : pendant des millénaires, et aidé de tout son poids par l’Eglise catholique, les femmes ont été soumises aux bonnes volontés des hommes. Réduites à leur utérus, elles ne devaient qu’enfanter et élever la marmaille (et préparer à manger, s’occuper du foyer, recoudre et repasser, etc etc…) Réduites à leur utérus, elles n’étaient tout simplement pas des êtres libres. Réduites à leur utérus, elles devenaient tout simplement des esclaves.
L’Eglise, les femmes, l’esclavagisme
Esclave. Ce mot vous choque, amis manifestants ? Oui ? Ca tombe bien. Moi aussi. Et pourtant, l’Eglise a voulu et veut toujours réduire les femmes à l’esclavage en les empêchant d’avorter. Parce qu’avorter, c’est reprendre possession de son corps, donc de sa vie, donc de sa liberté…
Rappelons que la vie d’une mère, pour l’Eglise catholique, valait moins que celle d’un embryon : « En 1869, Pie IX, suivi par Léon XIII, impose une ligne dure à l’Église : aucune exception ne permet l’avortement, et peu importe que la vie d’une femme puisse être sauvée par l’intervention d’un médecin qui juge qu’il faudrait procéder à un avortement, il faut laisser mourir cette femme. Ils brandissent l’excommunication à quiconque ne leur obéit pas.« 
Charmant. Et tellement cohérent. Alors, cette vie, toujours aussi « sacrée » ? Ah mais quand c’est la vie d’une femme, c’est pas pareil. C’est « juste » une femme. Bah oui. Et cet embryon, il est innocent – lui. Et s’il existe, c’est bien parce que la femme a péché. Donc c’est une pute. Et une pute ne fait pas le poids par rapport à un embryon innocent. Mais sinon, cet embryon – très accessoirement – il a un père, aussi.
Quel rapport avec l’esclavagisme, me direz-vous ? J’y viens.
« Ce discours se poursuit dans la première moitié du 20ème siècle, peut-être même jusque dans les années 1960 avec le jésuite Marcel Marcotte. Celui-ci, en se conformant rigoureusement aux directives de Rome,  affirme avec vigueur que les femmes doivent offrir leur vie si celle-ci devient menacée par une grossesse, et il ajoute que ces femmes héroïques sont admirables à donner ainsi leur vie. Entre vous et moi, c’est Rome et l’Église du Québec, dans le temps, qui s’appropriait le pouvoir de décider que les femmes devaient donner leur vie dans de telles circonstances.  Ils faisaient de fortes pressions pour obliger les femmes à donner leur vie tels des soldats à la guerre. Sauf, que ces femmes n’avaient pas décidé elles-mêmes d’imiter des soldats qui, eux, savent qu’ils  peuvent perdre la vie. Ce n’était pas, non plus, leur guerre et leur lutte, c’était Rome qui était en guerre ou en lutte contre la modernité et contre l’État. Les comportements de Rome ressemblaient à celles de propriétaires d’esclaves; et ils traitaient les femmes en esclaves qu’ils pouvaient à leur guise transformer en soldats. »
Je crois que c’est très clair.

[Petit rappel historique sur l'Eglise et l'esclavagisme, hein, juste pour information : "Alors qu'un mouvement pour l'abolition de l'esclavage traverse l'Occident, et que des pays font des pressions afin que Rome suive leur exemple, en condamnant l'esclavage, l'Église de Pie IX, contre vents et marées, décide de suivre une tradition qui existe dans l'Église depuis des siècles: en 1866, l'Église de Pie IX reconnaît pour légitime la  possession d'esclaves. Pour voir vraiment une condamnation du fait de "posséder" un esclave, sans qu'aucune exception n'échappe à cette condamnation, il faudra attendre le second concile du Vatican en 1965. Mais comment s'étonner, ici, du fait que l'Église ait approuvé l'esclavage pendant des siècles, alors que selon C. Prudhomme, l'Église elle-même a possédé des esclaves dans ses États pontificaux "jusqu'au 18ème siècle, voire le début du 19ème siècle"."
1965 !!!... (pour ne parler que de cette date). Amis manifestants, vous rendez-vous compte ???]

Quelles sont mes sources, me demandez-vous ? Question sensée. Je me suis appuyée sur le travail de Yolande Potvin, historienne, sur l’avortement et l’Eglise. Je vous conseille vivement de lire ces quelques paragraphes intéressants, instructifs, et bien sourcés.
L’Eglise catholique, pas vraiment en odeur de sainteté
Comme j’essaye de le démontrer, l’Eglise catholique n’est pas toute blanche. Au cours des siècles, elle a fait inifiniment plus de morts qu’elle n’a sauvé de vies. Guerres saintes, croisades, complots politiques. colonisations… Non-assistance à personne en danger pour ces femmes aux grossesses mortelles… Alors quand on me parle de vie « sacrée », ça me fait bien rigoler. Quand on sacrifie des femmes et qu’on possède des esclaves, on n’a pas à me donner des leçons sur le respect de la vie humaine. Vraiment pas.
Mesdames et messieurs les manifestants, allons vous enfin comprendre que l’Eglise est une institution humaine, gérée par des êtres humains, régies par des lois humaines, et qui suivent un texte (la Bible) écrit par des êtres humains ?… Par pitié, ayez un minimum de sens critique !! Ne suivez pas à la lettre tout ce qu’on vous demande de penser !!

Surtout qu’en matière d’opinion, même sur l’avortement, l’Eglise n’a pas toujours eu la position qu’elle a aujourd’hui…

L’Eglise et l’avortement
Si vous avez lu les quelques paragraphes de Yolande Potvin, vous vous serez rendu compte que l’Eglise n’a pas toujours interdit l’avortement.
« Au 19ème siècle, en Occident, avant que Pie IX ait des ennuis avec ceux qui n’acceptaient pas sa façon de régner, les femmes avaient le droit d’avorter pendant les premiers mois de la grossesse, car on croyait que ce qui n’est pas encore formé n’a pas d’âme. »
[NB : Je n'ai pas fait de recherches plus poussées par manque de temps. J'estime le travaille de madame Potvin assez sourcé pour pouvoir lui faire confiance. Mais elle peut se tromper, et moi aussi. J'accepterai de croire que ce qu'elle dit est faux si on m'en apporte la preuve.]
La position d’aujourd’hui est de dire que dès que le spermatozoïde a fécondé l’ovule, l’âme est là, les cellules qui se divisent en 2 puis en 4, puis en 8 etc… sont déjà un être humain vivant.
Ces deux positions sont très différentes. Or, elles viennent de la même institution : l’Eglise catholique. Preuve qu’elle n’a pas la parole divine. Comme je le disais, elle est dirigée par des êtres humains, faillibles par définition. Alors, mesdames et messieurs les manifestants, pourquoi croyez-vous plus ce que l’Eglise dit maintenant plutôt que ce qu’elle disait hier ? Ou plutôt… Si vous étiez né hier, auriez-vous été d’accord avec elle quand même ? Auriez-vous suivi aveuglément ce qu’elle vous demandait de croire ?
« Dans l’Église, avant Pie IX, j’ai pu observer une alternance entre permis et non permis au début de la grossesse. Mais depuis Pie IX, la position des papes contre l’avortement au début de la grossesse est présentée comme une vérité suprême provenant d’un pape infaillible.«  Voilà qui résume admirablement bien mes propos jusqu’à présent. Depuis Pie IX, donc, la position de l’Eglise est contre l’avortement, quel que soit le cas. Viol, inceste, danger pour la vie de la mère, mauvais moment dans une vie… Peu importe. Pas d’avortement, jamais, en aucun cas.
Vraiment ?…
Amis manifestants, savez-vous que l’Eglise elle-même a fait avorter des religieuses violées par des Congolais en 1960, lors de l’indépendance du Congo belge ?…
A l’époque, l’affaire avait fait grand bruit. Mais curieusement, malgré mes recherches, je n’ai rien trouvé sur le web se rapportant à ces faits. Seulement des témoignages sur des forums. En voici quelques-uns :
- Aurore boréale sur un forum Yahoo : « Je me pose des questions … pourquoi en 1960 l’église a t elle accepté les avortements des religieuses qui se sont fait violées dans l’ex Congo belge. Hypocrisie comme toujours avec les religions ? »
- dirk, sur altermedia.info :  »Des religieuses violées par des Congolais lors de l’indépendance du Congo Belge ont été autorisées à avorter par la Vatican. Peu de gens le savent. Simple info (j’avais 3 oncles et tante missionnaires dans ce pays à l’époque !) »
- altaric sur un forum de france5.fr : « En 1960 au Congo ex-belge , des religieuses se sont trouvées enceintes après avoir été violées par des militaires congolais. Le Vatican les a autorisées à avorter. »
Le Vatican étant maintenant sur Twitter (@news_va_fr), je leur ai donc posé la question suivante : Comment expliquez-vous l’avortement autorisé par l’Eglise des religieuses violées au Congo belge en 1960 ? Je ne manquerai pas de faire part de la réponse – si elle arrive.
Pour résumer
Mesdames les manifestantes, mesdames et mesdemoiselles qui êtes contre l’avortement parce que vous suivez ce que dit l’Eglise… Sachez donc que cette institution est dirigée par des hommes qui n’ont aucune idée de ce qu’est une femme, de ce qu’est une famille, de ce que c’est que d’élever un enfant aujourd’hui.
Ce sont des hommes qui suivent des lois d’un autre temps, écrites par des hommes d’un autre temps, et qui sont complètement inapplicables en l’état aujourd’hui.
C’est une institution loin d’être parfaite et qui n’a pas toujours eu la même position sur le sujet de l’IVG.
Sachez que l’interdiction de l’avortement prôné est aussi (surtout ?) une manière de réduire la femme à une fonction d’usine à bébés. Une femme n’est pas qu’un ventre, mesdames !!… Reprenez le contrôle sur votre corps, sur votre vie – reprenez votre liberté et votre « libre arbitre » : choisissez en votre âme et conscience de quand, comment, avec qui, et dans quelles conditions faire un bébé.
L’Eglise est également contre la contraception non-naturelle. Mais enfin… de quoi se mêle-t-elle ? Comment peut-on accepter que des hommes qui vivent coupés du monde et des relations humaines, sentimentales et sexuelles ordonnent de ne pas contrôler le moment d’accueillir un enfant ??
Pour reprendre les arguments catholiques, si « Dieu » nous a donné le désir et le plaisir sexuel, pourquoi ne pas en profiter ? Pouvez-vous répondre à ça, s’il vous plaît ?… S’il avait voulu que les rapports sexuels servent seulement à la conception, pourquoi le désir, pourquoi le plaisir, pourquoi les sentiments amoureux, tout simplement ? Ca n’a aucun sens.
Ne laissez pas ces hommes décider de ce qu’est votre vie. Et si ce dieu est si miséricordieux, pourquoi voudrait-il qu’un enfant lourdement handicapé naisse ? C’est absurde.
Si ce dieu était si bon, pourquoi voudrait-il qu’une femme soit violée ? Pourquoi voudrait-il que cette petite fille  de 9 ans violée par son beau-père mette au monde des jumeaux ?
Si c’est ça, « Dieu », eh ben non merci. Ca ressemble bien à une invention masculine, par les hommes, pour les hommes.

En plus, c’est bien beau d’interdire l’avortement, la contraception, tout ça tout ça. Mais la responsabilité des hommes, là-dedans ? L’Eglise en parle-t-elle ? Non. Et pourtant, ces embryons, ils ne se font pas tout seul.

Mesdames les manifestantes, j’espère au moins que vous n’utilisez aucun moyen de contraception. Que vous n’avez fait l’amour que pour concevoir vos enfants. Soyez cohérentes, jusqu’au bout – sinon, ne venez pas donner de leçon de morale, de leçon de vie à la respectable madame Veil.
Messieurs, bien sûr, vous ne réclamez jamais un rapport sexuel juste parce que vous en avez le désir. Vous ne gâchez jamais votre semence si précieuse dans un plaisir solitaire.
Mesdames et messieurs les manifestants, puisque la vie vous est si « sacrée », j’espère que vous ne mangez que de la viande venant d’animaux morts de mort naturelle. Que vous n’écrasez jamais d’araignées, ni de moustiques. Que vous ne vous soignez pas pour laisser les microbes vivre. Raisonnement idiot ? Un peu extrême, certes. Mais qui se pose.

SOYEZ COHERENTS. Et ensuite, on pourra discuter.

Par pitié, amis manifestants, ayez un peu de sens critique. Vous utilisez décemment le mot « extermination » concernant madame Veil, qui a survécu aux camps nazis. Mais suivre comme des moutons ce que l’Eglise vous dit de penser, c’est la même démarche que de suivre comme des moutons un système totalitaire.
Je préfère – et de loin, très loin – être une brebis égarée.
Je ne fais pas de prosélytisme. Je ne demande à personne d’avoir la même opinion que moi. Je ne demande surtout à personne de renoncer à sa foi.
Je voudrais juste que chacun, chacune réfléchisse comme je réfléchis. Que chacun aille au bout de son propre raisonnement. Que chacun fasse preuve de sens critique. Je voudrais que chacun, chacune se pose ces questions :
Pourquoi croyez-vous en ce que vous croyez ? Y croyez-vous parce qu’on vous a élevé comme ça, parce qu’on vous a dit d’y croire, ou parce que c’est vraiment de l’intime conviction ? D’où vient votre foi – vraiment ?
Ne pensez-vous pas que suivre aveuglément sans aucune remise en question des principes qu’on vous a inculqués n’est pas la même démarche que de suivre aveuglément les principes de n’importe quelle dictature ?
Pourquoi l’Eglise interdit l’avortement aujourd’hui alors que ça n’a pas toujours été le cas ?
Pourquoi a-t-elle autorisé ces religieuses violées à avorter ?
Pourquoi n’autorise-t-elle aucune femme à être décisionnaire au sein de cette institution ?
Instigatrice de guerres saintes, complice de l’esclavage, fermant parfois les yeux sur des prêtres pédophiles, est-elle réellement un exemple à suivre les yeux fermés, sans un minimum de sens critique ?
Est-elle vraiment apte à donner des leçons de morale, à imposer des règles inapplicables ?
Non, la femme n’est pas par essence douce et maternelle comme  on veut nous le faire croire. Non, il n’y a souvent pas d’autres solutions que d’avorter. Non, ce n’est pas un crime.
Oui, je pense que c’est criminel de prôner l’abstinence au lieu d’encourager le port du préservatif. Oui, je pense que l’Eglise n’a pas à intervenir dans les questions de sexualité, de vie de couple, de contrôle des naissances tant qu’elle n’autorisera pas les femmes à être prêtres, et les prêtres à se marier.
Oui, je pense que l’Eglise est une institution nauséabonde, poussiéreuse, misogyne, criminelle, incapable de s’adapter à la vie moderne, qui ne montre pas l’exemple et qui ne fait pas honneur aux valeurs qu’elle dit défendre.
Je ne suis pas spécialement féministe. Mais je rejoins les Chiennes de Garde sur ce point :
« Être favorable à la légalisation de l’IVG, c’est, tout simplement, être sensible à un problème de santé publique (et donc, économique) : car une femme qui veut avorter le fera, dans n’importe quelle condition, quitte à mettre sa santé ou sa vie en danger, et quoi qu’en dise la loi. (…) Ce que chacun-e pense du statut de l’embryon, du commencement de la vie humaine ou de l’existence de l’âme ne devrait même pas faire l’objet d’un débat et ne devrait relever que des convictions intimes n’ayant strictement rien à voir avec la législation.»
Merci aux croyants de m’avoir lue jusqu’au bout – et de respecter mon opinion et mon point de vue. Aux autres aussi, bien sûr – ce post est très long.
Pour conclure, je vous propose d’écouter cette chanson de Lynda Lemay. Elle mettra tout le monde d’accord. Elle raconte une histoire, l’histoire banale d’une femme qui se retrouve enceinte par accident. Elle s’en remet à Dieu. On ne sait pas si elle décidera d’avorter ou pas. Là n’est d’ailleurs pas le sujet. C’est juste une histoire, une situation. A chacun de juger.
Ou pas.

[ARTICLE] Des stars nues pour les « Enfants du désert »

mars 7, 2010 dans En vrac

Des célébrités posent nues pour des photographies vendues au profit de l’association « Enfants du désert ». Une démarche louable, mais qui soulève certaines questions éthiques à l’approche de la journée internationale des Droits de la Femme.

timthumb.php.jpg


Des femmes célèbres qui posent nues : encore un calendrier ? des Miss France libérées ? d’anciennes photos dévoilées par un odieux ex-petit ami ? Que Geneviève de Fontenay se rassure : rien de tout cela. Cette fois-ci, l’affaire est très sérieuse : des célébrités engagées pour l’association « Enfants du désert » ont accepté de poser en tenue d’Eve pour la photographe Carole Mathieu. Ces photographies (voir le diaporama en fin d’article) feront l’objet d’une exposition « esthétique, ludique, féminine et engagée » nommée « corporELLES », et qui se tiendra du 8 mars au 10 juin 2010 à la Galerie 105 de la Cantine du Faubourg à Paris.

Mathilda-May-300x300.jpg

Nues pour la bonne cause
Parmi les modèles, que des noms célèbres : Anne-Sophie Lapix, Arielle Dombasle, Julie Depardieu, Melita Toscan du Plantier, Christine Arron, Carole Gaessler, Alessandra Sublet (photo), Anne Fontaine, Florence Thomassin, Pauline Lefèvre… J’en passe, et des plus belles. Si ces stars ont accepté de dévoiler tout ou partie de leur corps, c’est pour une bonne cause : l’intégralité des bénéfices tirés de la vente des photographies ira à l’association « Enfants du désert », qui lutte pour l’instruction des enfants et notamment des petites filles du désert marocain. Leurs actions se concentrent sur le droit d’apprendre à lire, à écrire, et à compter, pour que ces fillettes aient les armes pour combattre les fléaux qui sévissent dans de nombreux pays : les mariages forcés ou l’esclavage sexuel et domestique, par exemple. La journaliste Anne-Sophie Lapix, l’un des modèles de ces photographies, est d’ailleurs la marraine des « Enfants du désert » depuis 2008.

Agathe-de-la-Fontaine-300x300.jpg

Poser nu : une mode ?

Si la démarche est louable, on peut cependant s’interroger sur le bien-fondé d’une telle opération. N’y aurait-il pas d’autres moyens que de poser nue pour faire de l’argent ? Ces dernières années, les photos dénudées ont été utilisées à tort et à travers : les sportifs s’y sont mis (les fameux Dieux du Stade), les femmes d’âge mûr pour des ventes de charité (le film Calendar Girls est d’ailleurs tiré de cette histoire vraie), les pompiers d’Oyonnax pour les orphelins de sapeurs-pompiers, les agriculteurs de Parthenay pour le Téléthon… Il ne suffit plus d’être beau ni célèbre, c’est visiblement à la mode. Mais le fait que seulement des femmes posent nues pour l’instruction des fillettes est peut-être un peu déplacé, même si la photographe Carole Mathieu s’en défend :« J’ai vraiment voulu sublimer la femme. Il n’y a rien de vulgaire, rien d’érotique, rien d’agressif. »

Ariane-Massenet-300x300.jpg


Nues pour la Journée de la Femme
D’autant plus que le vernissage de l’exposition « corporELLES » se déroulera lundi 8 mars à l’occasion de la journée internationale des Droits de la Femme. Ces photos sont présentées comme « théâtrales et poétiques », et l’exposition comme « une exploration de la féminité et de la personnalité profonde de la femme ». Mais une femme a-t-elle réellement besoin d’être nue pour être féminine ? A-t-elle vraiment besoin d’ôter ses vêtements pour que l’on voie sa personnalité profonde ? Pas sûr. Surtout quand on se bat pour que des fillettes ne subissent pas de mariage forcé ou ne deviennent pas des esclaves sexuelles. Si l’on veut vraiment rendre hommage aux femmes en cette journée du 8 mars et si l’on lutte pour que des petites filles ne soient pas réduites à leur sexualité, alors réduire les femmes à leur corps – dénudé – peut paraître maladroit.

Christine-Orban-300x300.jpg

Carole Mathieu, « blessée » par ces questions soulevées par son travail, tient à s’expliquer : « Les retours médiatiques de ma démarche m’échappent totalement. C’est évidemment quelque chose que je ne maîtrise pas, mais je suis blessée de voir que ce que j’ai fait avec le coeur soit interprété de cette manière. » Elle précise également que « seules quatre photos sur vingt-et-unes sont des nus », mais que pour les restantes « ces femmes dévoilent seulement une épaule, un visage, des avants-bras ». La photographe décrit ensuite le contexte dans lequel ces clichés ont été faits : « Ce sont toutes des femmes extrêmement occupées, les séances de pose duraient entre 20 et 40 minutes. Il n’y avait pas d’assistant, il y avait un vrai rapport de confiance entre elles et moi. Tout s’est bien passé, tout était simple. » Elle ajoute ensuite : « Vous savez, ces femmes sont souvent attaquées sur leur physique, comme si elles étaient trop jolies pour pouvoir aussi être journalistes et intelligentes. Si elles ont accepté tout de suite de dévoiler une partie de leur corps, c’est parce que les photos ne sont ni érotiques ni vulgaires ; c’est vraiment pour l’association. » Elle précise enfin qu’au début, elle avait pensé à photographier des regards, avant de finalement opter pour des parties du corps symboliques : « ‘l’oreille pour l’écoute, l’épaule pour la confidence, les bras pour le réconfort, le ventre pour la maternité, le sein pour la sensualité… »

Arielle-Dombasle-300x300.jpg


Une autre alternative que de poser nue ?
La nudité – même partielle et sublimée – fait vendre. Et c’est pour la bonne cause, puisque l’intégralité des bénéfices profiteront aux petites filles marocaines. Cependant, rien ne prouve que d’autres opérations ne seraient pas aussi lucratives. Si les stars (à demi) nues intéressent, le simple fait d’être célèbre aussi. Et puisque l’association lutte pour l’instruction des enfants, on pourrait imaginer que ces célébrités engagées rendent publiques leurs anciens carnets de notes et autres bulletins scolaires – on y trouve toujours des perles. Regroupés et intelligemment édités, ils pourraient être vendus dans toute la France – les Parisiens ne seraient donc pas les seuls à en profiter. De plus, cela permettrait peut-être aussi à des enfants français de voir que le travail paye ou que malgré des résultats moyens, on peut arriver à de grandes choses – selon. Une idée comme une autre.

Miss-Marion-300x300.jpg

En attendant, louons cette démarche généreuse. Les clichés sont superbes, voulus « comme des tableaux », et le jeu entre l’ombre et la lumière réussit avec éclat à mettre en valeur des modèles dont la grâce n’est plus à prouver.  Si le prix de vente des photographies ne sera fixé que lundi, jour du vernissage en présence d’Anne-Sophie Lapix et de la plupart des autres célébrités, il ne fait nul doute que la qualité de ces clichés décidera nombre d’esthètes d’en acquérir la totalité. Les enfants du désert les en remercient d’avance.

Exposition « corporELLES », du 8 mars au 10 juin 2010, La Cantine du Faubourg, Galerie 105, 105 rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris 08.

[ENQUETE] Les hommes en Force de l’Art contemporain

janvier 13, 2010 dans Culture, En vrac, Société, Travaux universitaires

La situation des femmes dans la société française pose encore bien des problèmes et soulève bon nombre d’injustices. Si les derniers gouvernements ont prôné la parité, les résultats ne sont pas encore ceux escomptés. Qu’en est-il de la représentation des femmes dans les manifestations publiques créées ces dernières années ? Le Ministère de la Culture et de la Communication, notamment, s’est investi dans le soutien et la promotion de l’art contemporain à travers la création d’une triennale intitulée La Force de l’Art. Cette initiative publique donne-t-elle toutes ses chances aux artistes, quel que soit leur sexe ?

Souhaitée par Dominique de Villepin, alors Premier Ministre, La Force de l’Art a été créée en 2006 et a pour mission de promouvoir à l’étranger les créateurs d’art contemporain, français ou vivant en France, vivants ou non. Conçues comme une vitrine de la scène française, les deux premières éditions de cette triennale, en 2006 et en 2009, se sont déroulées sous la Nef du Grand Palais à Paris. Si l’édition de 2006 a été un succès avec 80 000 visiteurs, en partie due à la primauté de l’évènement, la deuxième édition présente un bilan plus contrasté : 67 000 visiteurs pour l’exposition sous la Nef du Grand Palais. En ce qui concerne les visites des annexes (Musée du Louvre, Tour Eiffel, Musée Grévin, Palais de la Découverte, et Eglise Saint-Eustache), le chiffre avancé est de 40 000 entrées, mais il est impossible de différencier les entrées pour les monuments eux-mêmes, des entrées pour les annexes de laForce de l’Art 02.

D’une manière générale, les artistes sont satisfaits de la démarche et l’encouragent. Cependant, ils soulèvent bon nombre de problèmes dans la réalisation, et notamment la faible représentation des artistes femmes – et, quand elles sont présentes, une certaine désinvolture à leur égard, à l’instar de Frédérique Loutz, artiste exposée lors de la deuxième édition : « Un des trois commissaires n’a pas eu la politesse de me saluer ». Elle s’est alors sentie « seule, démunie et éprouvée ». Les artistes hommes ont également conscience de la sous-représentation de leurs consœurs, phénomène qui ne se résume pas à la Force de l’Art, mais bien aux expositions, collections, et manifestations françaises en général : même si Fayçal Baghriche n’est pas « pour la parité dans les expositions ; on choisit de montrer des travaux selon leur pertinence et non selon le sexe de l’auteur », il estime tout de même que « des oublis aussi manifestes ne peuvent être assimilés qu’à du dédain ». Fayçal Baghriche n’est pas le seul à tempérer ses propos sur la question. Gilles Fuchs, président de l’Association pour la Diffusion Internationale de l’Art Français (ADIAF), modère également son opinion personnelle : « On fait attention à la présence de femmes mais ce n’est pas un critère déterminant. Si on n’avait que des Louise Bourgeois dans notre sélection, on n’aurait que des Louise Bourgeois. Les personnes sélectionnées sont artistes avant d’être femmes. Il est vrai que les artistes promus par les galeries sont en majorité des hommes. (…) En art, il n’est pas essentiel de distinguer les deux genres : si vous lisez un bon roman, il n’est pas nécessaire de savoir si c’est un homme ou si c’est une femme qui l’a écrit. Ce n’est pas vital au niveau de l’organisation de la société. Si vous demandez à Annette Messager si elle est une artiste femme, elle vous griffera et vous dira : je suis UN artiste ».

Ce problème mobilise, des groupes militants se forment, notamment sur Facebook où un groupe intitulé « La faiblesse de la Force de l’Art » a été créé en écho à la lettre ouverte écrite par Isabelle Alfonsi (galeriste et critique d’art), Claire Moulène (journaliste et commissaire d’exposition indépendante), Lili Reynaud-Dewar (artiste et enseignante à l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux), et Elisabeth Wetterwald (critique d’art et enseignante à l’Ecole des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand). Cette lettre vise à dénoncer la faible représentation des femmes, notamment à la Force de l’Art. Philippe Comtesse, le créateur du groupe, explique : « Cet appel est bien plus large que celui de La Force de l’Art qui n’est qu’un symptôme de ce qui se passe dans l’art et la représentation des femmes dans les collections, événements, expositions. Pour ce qui est de mon engagement dans cette histoire, je suis sympathisant féministe. Suite à cet appel, j’ai boycotté l’événement. » Il ne semble pas être le seul concerné. Jihane El Meddeb, auteure et cinéaste présente au vernissage des deux éditions, a déclaré : « J’ai d’ailleurs eu une conversation avec Orlan à ce sujet. J’avais entamé une action relevant le pourcentage de femmes représentées lors de ces expositions alors que je ne suis pas « féministe » pour un sou… » Et Polina, une amatrice d’art contemporain qui ne se sent pas non plus particulièrement proche d’un quelconque mouvement féministe, avoue : « Oui, les artistes femmes ne sont pas assez représentées, mais ce n’est pas spécifique à la Force de l’Art, c’est tout le milieu de l’art en général. »

Les artistes femmes comptaient pour 16% des effectifs lors de la Force de l’Art, alors qu’elles comptent pour 60% des diplômées des écoles des Beaux-Arts en France. Parmi les candidats admis en première année aux Beaux-Arts de Paris pour 2009-2010, 55% sont des candidates. A la Villa Arson de Nice, dans l’équipe pédagogique de 34 personnes, 4 professeurs sont des femmes, dont 3 sont des artistes, et plus de la moitié des étudiants sont des étudiantes.

Le monde de l’art contemporain ne reste pas inactif face à cette sous-représentation : depuis le 27 mai 2009, l’accrochage elles@centrepompidou a investi le Musée national d’art moderne de Paris. Entièrement dédié à la création contemporaine féminine, il a pour vocation d’interpeler à la fois le public et les institutions pour qu’enfin un jour, et le plus tôt possible, les artistes femmes soient représentées dans les manifestations, dans les collections, et dans les expositions à la hauteur de leur présence, de leur talent, et de leur contribution à la scène contemporaine française.