[HUMEUR] Ma réponse à David Abiker

décembre 18, 2012 dans En vrac, Personnel, Société

Monsieur Abiker,

Votre billet sur la « France détestable » m’a fait sourire. Voyez-vous, je me suis exclamé il y a encore quelques jours : « Mais quelle chance on a de vivre en France ! », et je le pense sincèrement. J’avalai alors gloutonnement quelques tranches d’un excellent saucisson dans l’attente d’une tartine copieuse d’une bonne baguette et d’un fromage bien fait.

J’aime mon pays et là où je vous rejoins, c’est que ça n’a rien à voir avec le football (dont je me contre-carre) ni avec sa défense au prix de ma vie (je l’aime plus qu’une patrie). J’aime la France parce qu’elle est riche de montagnes, de côtes océaniques ou d’une mer qu’on nous envie, de forêts girondines et d’étendues labourées, de villages classés et de monuments historiques d’autres âges, d’hectares de vignes dont vous appréciez sans doute le vin chaque jour.

J’aime la France parce qu’elle est riche de festivals, de patrimoine, d’universités, de musées, de bibliothèques, d’associations ; de toutes ces choses qui lient ses habitants, qui les rassemblent autour de rires, d’émotions, de connaissances, de savoir, de divertissement.

J’aime la France parce qu’elle m’a offert les plus belles conditions dans lesquelles une petite fille peut être élevée ; j’aime la France parce qu’elle m’a offert une éducation à l’école publique, un diplôme d’université, des emplois pour subvenir à mes besoins d’étudiantes venant d’une ville non-universitaire ; j’aime la France parce qu’elle m’offre la chance inouïe de m’exprimer sans avoir peur pour ma vie, de choisir ou non d’aller voter, de circuler librement, et de me laisser le temps d’être créative.

Je suis loin d’être riche, monsieur Abiker, je viens de passer dix années parisiennes sous le seuil de pauvreté, et je doute que vous ayez cette expérience, parce qu’avoir eu 20 ans en 2003 était une toute autre paire de manche qu’avoir eu 20 ans en 1989. Je ne paye pas encore d’impôts mais malgré le fait qu’une fois toutes mes factures réglées, mon ventre rassasié et mes économies mises de côté pour en payer l’année prochaine, il ne me reste que de quoi m’offrir Science&Vie et éventuellement une limonade ou deux avec mes amis, j’ai hâte de les payer, ces impôts.

Parce que c’est la France, cette France « détestable », qui m’a sauvé la vie grâce à cet hôpital public payé par l’argent des contribuables. J’aime la France pour ça, monsieur Abiker. Parce que c’est cette même France qui a formé, dans ses universités, le neuro-chirurgien qui m’a opérée.

J’estime être « en bonne santé mentale », monsieur Abiker, et je n’ai pourtant aucun rêve d’ailleurs. J’ai du sang espagnol et j’y vois des policiers violents contre des manifestants, un taux de chômage épouvantable et des côtes méditerranéennes défigurées par le béton touristique. Les nôtres sont (encore) protégées par des lois. J’ai du sang belge et je n’envie pas un pays où le vote est un devoir et non un droit, où le clivage entre Wallons et Flamands est un vrai problème et où le gouvernement a longtemps été fantôme. J’ai de la famille en Angleterre qui rapporte des réalités concernant le système de santé qui font froid dans le dos, où l’alcool est un épouvantable problème de santé publique, où les adolescentes deviennent maman à tour de bras et où la privatisation de beaucoup de services publics devient dramatique.

J’aime la France parce que la corruption n’y est pas (encore) proverbiale comme en Italie ; j’aime la France parce qu’on n’y massacre pas des enfants dans des écoles à coups d’armes à feu en libre circulation ; j’aime la France parce que notre justice n’exécute plus personne ; j’aime la France parce que je suis sûre qu’elle va enfin permettre à tous d’avoir des Powerpoint pourris à leur mariage.

Bien sûr que tout n’est pas rose, monsieur Abiker. Mais je ne suis pas certaine que vous soyez gagnant au Brésil. Iriez-vous en Russie, pays connu pour son fabuleux exemple démocratique ? En Chine ? Au Togo, alors ? Et pour avoir vécu trois mois au Canada, je n’irai m’y installer pour rien au monde. Ils n’ont plus droit d’y faire grève, ni de lire 1984 dans le métro, ils ont des problèmes écologiques terrifiants et ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis.

Voyez-vous, à la lecture de votre billet, je n’y ai pas vu une détestation de la France mais un rejet de ce que vous, oui vous, monsieur Abiker, en avez fait. Tous les problèmes que vous soulevez existent, malheureusement, mais ils n’existent que parce que votre génération a fait les mauvais choix. Bien avant d’avoir l’âge de posséder une carte d’électeur, je pensais déjà que voter à gauche ou à droite (et assimilés) n’avait désormais plus aucun sens. Je l’ai répété le matin du dernier tour de l’élection présidentielle. Le présent me donne, hélas, raison.

Je pense aussi que vous êtes enfermé depuis trop longtemps dans le milieu politico-médiatique et que vous n’arrivez plus à sortir la tête de cet océan de cynisme que vous dénoncez. Pour vous, la France n’est que politique et économie. Bien sûr que vous la trouvez détestable. Mais ce sera la même chose dans un pays portant un autre nom.

Je ne suis ni « frappadingue » ni un « immense pervers ». Pourtant, je n’ai pas envie de partir, parce que malgré ses défauts, ses mauvais penchants et ses ratés, la France a bien plus de richesse, de luminosité et de vie que vous ne le décrivez. Ce n’est pas elle que vous souhaitez fuir. C’est ce que vous en avez fait. Ce n’est pas elle qui vous dégoûte. C’est votre culpabilité.

Permettez-moi d’y rester et de m’y sentir bien, monsieur Abiker, sans me sentir visée par vos accusations de folie ou de perversité. Permettez-moi de continuer à voter de manière à dégager tous ces cons que vous, oui vous, gardez au pouvoir depuis tant d’années. Permettez-moi d’y payer mes impôts avec plaisir, d’y fréquenter ses transports publics, de jouir de cette exception culturelle qu’on nous envie dans le monde entier, d’y travailler sereinement grâce aux lois sociales acquises grâce à des Français qui se sont battus, d’y savourer les trésors de notre terroir désormais inscrit au patrimoine de l’Humanité et d’y côtoyer des personnes issues de l’immigration qui ont conscience, eux, de la chance qu’ils ont d’y vivre.

Et d’ailleurs, monsieur Abiker, même si vous ne me permettez pas tout ça, nous vivons tous deux dans un pays qui m’autorise à le faire.

[HUMEUR] 10 voeux pieux pour la Journée de la Femme

mars 7, 2012 dans En vrac, Société

1. Je voudrais que ce genre de Journée n’existe plus parce que les mentalités auront changé, parce que la misogynie de nos sociétés aura disparu, parce que les écarts de salaire entre les hommes et les femmes ne seront plus qu’un mauvais souvenir, parce qu’on pourra s’habiller comme on voudra et avorter quand on le voudra sans nous culpabiliser, parce que toutes les femmes du monde pourront voter, circuler, s’exprimer et être libres, etc etc.

(Et je voudrais également que les guerres cessent TOUSSUITE et adopter un petit chaton extraterrestre, aussi, oui oui.)

Attention, ce chat est bien Terrien.

2. Je voudrais que ELLE cesse de se revendiquer comme magazine féministe ou bien change radicalement de ligne éditoriale. Parce que dans le genre clichés et stéréotypes, ça se pose là : des polémiques à répétition concernant le poids et les courbes de ces dames (dernier bad buzz en date : Kate Winslet), de la mode à toutes les pages (sans déconner, à part les professionnels qui gravitent autour de ce milieu, ça intéresse qui ?), des horoscopes à n’en plus finir, des « Spécial régime » en veux-tu en voilà, des conseils pour être belle pour séduire Jules (et Juliette, elle peut crever ?) et les dernières techniques pour faire son brushing en 5 minutes top chrono le matin.

Voyez ? Je n'invente rien. Anorexique à moitié à poil en couv, mode, leçon de brushing, mode, t'es une meuf donc t'es FORCEMENT en (it-)couple, mode, etc...

Résumons donc : ce magazine féministe revendique donc le « Sois belle et ta gueule, et pis achète-moi pour que je puisse vendre des pages de pub où une fille anorexique à poil vante une marque de montre de luxe derrière un encart sur les femmes sénégalaises qui luttent pour avoir de l’eau potable et ne pas finir comme esclaves sexuelles ».

3. Je voudrais que certains mouvements et associations de féministes se détendent un peu du string, réhabilitent le sens de l’humour et l’auto-dérision. Parce que je veux pas cafter, mais elles desservent souvent leurs causes (et ça me fait chier). Alors voilà, amies Chiennes de Garde, OUI il est possible d’écrire ce genre de pamphlet contre les dérives de notre société actuelle tout en se pavanant en mini-short en cuir comme offrande sexuelle pour de rire.


Le Grand Webze piège le Palmashow par LeGrandWebze

4. Je voudrais que l’égalité en matière de vie sexuelle soit enfin respectée. Qu’on arrête de traiter une femme d’un méprisant « salope » et  qualifier un mec d’un affectueux « coureur de jupons » à comportement égal. Merci. Bisou.

5. Je voudrais imposer aux mecs un toucher rectal annuel pour qu’ils sachent bien quel effet ça fait d’être à la merci d’autrui en ce qui concerne son intégrité physique.

Oh, et tant qu’on y est, une épilation intégrale (et je ne parle pas que du maillot, hein) une fois par an aussi pour qu’ils sentent bien passer dans tout leur corps ce qu’on subit plus souvent qu’à notre tour.

6. Je voudrais que le mot « célibataire » arrête d’être connoté pour les femmes de « cherche Prince Charmant viiiiite ». Parce qu’on peut être célibataire, ne vouloir personne dans sa vie, être très heureuse comme ça et s’y épanouir. Donc, monsieur (forcément) des agences de voyage, de com’, ou de je ne sais quoi encore, arrête de proposer des trucs « pour célibataires » et de me faire des fausses joies à chaque fois parce que tu impliques systématiquement dans ce mot « donc on va t’aider, pauvre petite, à trouver un mec et être enfin complète et comblée ».

ON T’EMMERDE, en fait.

Si tu fais un truc pour célibataires, ben organise quelque chose qui ait de la gueule. Genre on nous laisse tranquille, chiards interdits, et si j’ai envie de m’envoyer mon voisin de transat, ben j’ai pas besoin que tu m’organises des ateliers à la con pour qu’on puisse conclure. Je suis une grande fille, merci bien, et je veux surtout pas me le coltiner jusqu’à la fin de mes jours.

Pour résumer : femme célibataire N’EST PAS SYNONYME DE femme romantique désespérée qui cherche quelqu’un.

Ouais, non mais… laissez tomber. Je crois qu’on va pas y arriver. Faut trouver un autre mot.

7. Je voudrais qu’on arrête de nous prendre pour des gamines de 8 ans quand on dit que tomber amoureuse ne nous intéresse pas et/ou que vivre en couple n’est pas fait pour nous et/ou qu’avoir des enfants n’est pas envisageable (du tout, genre jamais). On prend au sérieux et on respecte un mec qui tient ce discours, alors en quoi serait-ce différent si c’est une femme ?

Surtout quand la femme en question n’a plus 8 ans depuis une bonne vingtaine d’années, qu’elle se connaît, qu’elle est parfaitement à même de faire des choix qui la concernent, qu’elle est libre de faire ce qu’elle veut de sa vie et que, stop, oubliez tout ça, elle n’a pas besoin de se justifier, en fait. Tu respectes et c’est marre. Et tu gardes ton ton paternaliste (vaut aussi pour les meufs) pour toi, ça lui fera des vacances.

Et le premier (ou la première) qui lui parle de son horloge biologique (qui existe autant que l’instinct maternel, la preuve), je viens cordialement lui défoncer ses outils de mastication avec de vieilles tatanes qui puent.

Illustration de Clio de Frégon.

(Oh, et pendant qu’on y est, j’aimerais que les jeunes mères arrêtent de nous parler du dernier popo de leur chiard sur Facebook : ON S’EN FOUT et ça ne nous aide pas à faire avancer notre cause, hein, merci bien.)

8. J’aimerais que les livres pour enfants, les dessins animés, les publicités, les jouets et le marketing en général arrêtent de véhiculer sans cesse des stéréotypes et clichés grotesques et d’une autre époque. Qu’ils arrêtent de tout sexualiser et genrer. Cela vaut évidemment pour les petites filles comme pour les petits garçons.

9. Je voudrais un monde plus juste et plus équilibré sur cette question du genre. Il y a toutes sortes de femmes, et chacune d’entre elle mérite d’être appelée une femme, à part entière, quand bien même elle serait née homme, elle ne serait pas mère, elle serait chauffeur routier, ou amputée de ses attributs féminins après un cancer.

10. La première exoplanète qui passe (et y en aura pour tout le monde, n’allez pas me faire chier), j’y fonde une société où les hommes auront juste le droit de fermer leur gueule le temps de rééquilibrer le karma de tous ces millénaires passés à considérer les femmes comme inférieures. Une société où on n’aura plus peur de prendre un RER après la tombée de la nuit, aussi. Une société où, si un viol était commis, on ne penserait même pas à se taire. Etc etc etc.

Ouais mais non, en fait. Au fond, je n’ai pas du tout envie de traiter les hommes comme les femmes ont été – et sont toujours selon les causes et les pays – traitées. Et je l’aime bien, la Terre, et si je ne suis pas sûre qu’Elle soit récupérable avec nos conneries, je garde encore l’espoir que notre société française s’améliore.

Mais c’est pas gagné, la preuve en est de cette illustration où la femme… est à poil. Hey, pourton.info, tu te fous de la gueule de qui exactement  ?

Pourquoi est-elle à poil ? EST-CE QUE QUELQU'UN PEUT M'EXPLIQUER POURQUOI ELLE EST DESSINEE A POIL ??

Alors pour la Journée de la Femme, messieurs, c’est à vous de jouer. Ce sont vos mentalités qu’il faut changer, pour qu’enfin ce genre d’opération de matraquage qui soûle tout le monde (moi la première) n’ait plus lieu d’être.

[HUMEUR] Fille = jolie ; garçon = fort (Petit Bateau). DANGER.

août 3, 2011 dans En vrac, Société

Peut-être avez-vous entendu parler de cette polémique sur les derniers bodys de la marque Petit Bateau pour les nourrissons. Sur fond gris clair, on peut y voir différents adjectifs danser en rose pour les filles, et en bleu pour les garçons. Ces deux pièces ont fait l’objet il y a quelques semaines d’un bad buzz assez conséquent, puisqu’on a accusé la célèbre marque de vêtements pour enfants d’être sexiste. « On » ? Des milliers de personnes, ne serait-ce que sur la page Facebook de Petit Bateau, et pas seulement des féministes – loin de là.

Même si mon premier réflexe a été aussi de crier au scandale – ou tout du moins de râler encore contre des stéréotypes grossiers qui décidément ont la vie dure en 2011 malgré les récents progrès – j’ai pris le temps de réfléchir. Hurler à tout bout de champ n’est pas forcément productif et dessert souvent les causes – souvenez-vous de Pierre et le Loup. Mais après réflexion, j’en suis arrivée à la conclusion suivante (qui n’engage que moi) : si l’on peut difficilement accuser Petit Bateau d’avoir sciemment créé des vêtements sexistes, il ne fait aucun doute que ce genre de pièce met à mal les avancées de ces dernières années en matière d’égalité homme-femme.

Et le fait que ce ne soit pas volontaire est peut-être encore plus inquiétant. Les luttes de ces dernières années n’auront donc servi à rien ? Les marques n’ont-elles toujours pas conscience de l’impact qu’elles ont sur l’évolution (ou la régression) des mentalités sur des sujets de société ? Le côté positif des choses est que justement les consommateurs se soient exprimés aussi nombreux sur la question. Et si l’affaire a fait tant de bruit, c’est la preuve qu’il y a un souci.

Alors intéressons-nous de près à ces fameux bodys… Il se trouve qu’il ne s’agit pas d’un problème « d’image fausse de la femme » comme l’a annoncé Petit Bateau dans un communiqué, démentant les accusations de misogynie. Il s’agit d’un problème de clichés grossiers et de stéréotypes douteux concernant à la fois la femme et l’homme, et non seulement de sexisme ordinaire en défaveur des femmes.

Les bodys Petit Bateau

- La couleur

Rose pour les filles, bleu pour les garçons. Même si ça m’agace, après tout – réfléchissons –  pourquoi pas ? Chaque culture a ses codes ; ce sont les nôtres. Là où ça devient inquiétant, c’est quand des femmes intelligentes, cultivées, ayant fait des études et occupant des postes à responsabilité me disent (c’est véridique) qu’il n’est « pas possible de mettre du rose à des garçons et du bleu à des filles« . Et du vert ?, demandé-je. Même problème. Je cite : « Comme ça, on n’a pas besoin d’aller voir dans la couche du bébé pour connaître son sexe.« 

Certes. Mais je trouve ça quand même un petit dérangeant. Que des codes existent, admettons. Mais que ce soit systématique et qu’ils soient indispensables pour connaître le sexe d’un bébé, ça devient un peu grave. Ne peut-on tout simplement pas demander le prénom dudit nourrisson ?… Quid d’un bébé habillé de blanc, de jaune, de rouge… de tout ce qui n’est pas bleu ou rose ?… Lorsqu’on a un doute, va-t-on réellement lui retirer son body et aller regarder dans sa couche ? Non. On demande aux parents.

N’oublions pas que les codes couleur sont culturels. Dans notre culture, la couleur du deuil est le noir. Dans d’autres, c’est le blanc. Donc non, les petites filles ne doivent pas être réduites au rose et les petits garçons au bleu.

Surtout que ces raccourcis commencent à avoir des effets négatifs : la systématisation de ce code, notamment le rose pour les petites filles, pose désormais problème aux femmes, qui inconsciemment, le rejettent. La preuve en est de cette étude dont Slate parle et qui prouve que dans une situation de menace ou de danger (le cancer du sein par exemple, dont le symbole est le même que celui du Sida… mais en rose), les femmes sont repoussées par cette couleur qui est… trop connotée.

Après réflexion, j’ai pris conscience que c’était effectivement mon cas. Du rose dans une pub ou dans une affiche de prévention ? Je détourne le regard. Pourquoi ? Parce qu’inconsciemment pour moi, le rose est pour les petites filles, c’est sûrement un truc mignon mièvre dégoulinant, donc je ne peux pas prendre ces affiches au sérieux.

Pourquoi ai-je ces clichés dans la tête ? Parce que justement depuis ma tendre enfance, les marques associent le rose aux « petites filles mignonnes » qui sont l’exact opposé de ce que l’on peut prendre au sérieux. Comme ces fameux bodys Petit Bateau, donc, qui en plus de la couleur, en rajoutent une couche en nommant des adjectifs qui détruisent toutes les avancées faites dans le conditionnement péjoratif des genres.

- Les adjectifs

                Analyse chiffrée

Intéressons-nous d’abord aux mots inscrits sur les mignons bedons des nourrissons de sexe masculin : courageux, fort, fier, robuste, vaillant, rusé, habile, déterminé, espiègle, et cool.

Et ceux des petites filles : jolie, têtue, rigolote, douce, gourmande, coquette, amoureuse, mignonne, élégante, belle.

Maintenant, chiffrons ce que Petit Bateau nous impose comme des états de fait : 20% des adjectifs qui qualifient les garçons se rapportent à leur physique (fort et robuste), contre 60% de ceux des filles (jolie, douce, coquette, mignonne, élégante, belle). Mais 0% des premiers et 100% des seconds se rapportent à la beauté (connotée superficielle), quand 100% des premiers et 0% des seconds se rapportent à la force physique (connotée très sérieuse).

Conclusion : « Ma fille, sois belle et superficielle, espèce d’idiote évaporée », et « Mon fils, sois fort, mon brave, mon bon petit gars ! » (Oui, j’analyse des vêtements vendus en France en 2011.)

Après le physique, voyons du côté des capacités intellectuelles. Chez les garçons, 20% des adjectifs s’y réfèrent (rusé, habile), contre… 0% chez les filles. Suis-je bête (normal en même temps, je suis une fille), les filles ne sont pas faites pour penser et encore moins pour réfléchir ! Elles ne sont pas intelligentes, ni rusées, ni habiles. (Ou quand elles le sont, ce n’est pas du tout de manière positive comme pour les garçons puisqu’elles utilisent ces capacités intellectuelles – non-sens absolu avec « elles » en sujet – pour être mauvaises, mesquines et manipulatrices.)

Conclusion : les garçons sont intelligents et malins et toujours à bon escient et si les filles montrent de telles capacités, c’est forcément parce qu’elles sont toutes un peu sorcières. (Oui, j’analyse des vêtements vendus en France en 2011.)

Assez parlé des capacités intellectuelles, parlons désormais du comportement. 60% des adjectifs masculins s’y réfèrent (courageux, fier, vaillant, déterminé, espiègle, cool), contre 30% des adjectifs féminins (têtue, rigolote, gourmande). Déjà, c’est bien connu, les filles se comportent deux fois moins que les hommes puisque plus de la moitié de leur temps est pris à se faire belle. Allons plus loin. Il y a l’idée de rire dans deux des qualificatifs : espiègle pour les garçons, rigolote pour les filles. Victoire pour l’égalité ? Ahahah. Êtes-vous naïfs… naïves, pardon – forcément. Je cesse d’interpréter subjectivement pour vous fournir une preuve scientifique en images.

Analysons maintenant ces captures d’écran de définitions qui ne sont pas de mon fait (on ne peut plus m’accuser de mauvaise foi), puisqu’elles sont tirées de l’honorable dictionnaire Le Robert (pensez ! avec un nom pareil, il ne peut être que très sérieux). (Une question : combien d’Académiciens par rapport aux Académiciennes, déjà ?)

Bref. Espiègle : c’est un adjectif, c’est marqué à côté. Et puis bon, c’est quand même un adjectif qui en jette, vu qu’on ne l’entend pas beaucoup dans la vie courante. D’ailleurs, y a une explication vachement savante en-dessous comme quoi ça vient du néerlandais, ou bien de la littérature allemande. Un truc sérieux, quoi, l’espièglerie. Forcément pour les garçons, du coup.

Rigolo, ote, par contre… Ben à côté, déjà, y a rien. C’est quoi ? Un adjectif ? Un verbe ? Un poney ? On ne sait pas. Après, pas d’explications scientifiques façon culture gé néerlandaise, non. Juste un « (de rigoler) » au goût un peu âpre. Ça ne rigole plus. Et puis juste ensuite : familier. Mais oui mais c’est bien sûr !… Espiègle, c’est assez rare au quotidien, c’est sérieux pour un garçon ; par contre pour les filles, on peut les qualifier avec du vocabulaire familier, parce que faudrait voir à pas déconner quand même.

Espiègle, pour un enfant, c’est donc être vif et malicieux, sans méchanceté. Ben oui. Faut suivre, hein. Un garçon ne peut pas être méchant, seulement rusé et habile. (C’est d’ailleurs avec ces deux derniers adjectifs que je qualifierais Henri VIII, Ivan le Terrible, Hitler, Mussolini, Ben Laden, Kadhafi, ou Anders Breivik ; mais je n’utiliserais pas méchant, nooooon, voyons, quelle idée tordue sortie de mon cerveau féminin !)

Poursuivons. Un enfant espiègle, nous dit Robert, c’est un petit polisson coquin et turbulent : rusé et plein d’énergie, quoi ! Normal. Ah mais… attendez… Espiègle peut aussi être un nom, alors ! Mais oui ! Exemple : C’est une petite espiègle –> DIABLOTIN. Eh ouais. CQFD. C’est Bob qui l’a dit (via Petit Bateau) : les filles, SAYLEMAL. Nous sommes le diable, nous sommes des sorcières, nous sommes de viles pécheresses.

(Je vous avoue humblement que si j’avais voulu le faire exprès, j’aurais quand même pas pu, hein. C’est quand même assez énorme.)

Poursuivons. Revenons à notre rigolote, dont on ne connaît pas la nature. Ah, ben c’est aussi un adjectif et un nom (comme espiègle mais… passons.) Ca amuse, ça fait rire – ouais, ça ne mange pas de pain et ça n’a pas inventé le fil à couper le beurre quoi, on n’en est pas à se rouler par terre et à penser au prix Nobel du calembour, c’est mignonnet, juste. D’ailleurs, en exemple, on a donc : Elle est rigolote. Sinon, on est curieuse et étrange – un peu chelou, quoi, normal. Une fille, faut s’en méfier – toujours. Mais alors le pompon, c’est qu’il s’agit aussi d’une personne à qui l’on ne peut pas faire confiance. Je venais tout juste de le dire !!

(Alors oui, pour le coup, l’exemple est masculin. Mais c’est l’unique Académicienne, qui devait forcément être avoir ses règles ce jour-là, qui a dit à ses collègues de ne pas la faire chier et de mettre un exemple testostéroné.)

Poursuivons. Après le couple espiègle/rigolote, on a celui de déterminé/têtue. Je traduis : un mec, ça sait ce que ça veut et où ça va ; une fille, ça emmerde le monde avec ses idées à la con dont elle ne démordra pas. Comprenez : un mec, c’est posé carré réfléchi ; une fille, c’est une chieuse avec des lubies. Et puis un mec, c’est « cool », aussi, hein.

Et pour finir avec le comportement, pendant qu’une fille c’est gourmande (ça s’enfile des plaquettes de chocolat et du cheesecake avec ses copines pendant que son mec « sait apprécier les bonnes choses » comme un bon vin accompagné d’un bon fromage), un garçon sera courageux, fier et vaillant. Vachement plus important et positif quand même que de s’empiffrer du dernier cookie de chez Starbucks et de pleurer ensuite quand on monte sur la balance pendant qu’on passe la moitié de notre temps à se faire belle. Hein.

Conclusion : un garçon, c’est espiègle, ça sait ce que ça veut, c’est carré, et c’est courageux ; pendant qu’une fille, c’est rigolote donc pas vraiment sérieuse, ça fait chier le monde avec sa tête de mule à la con, et ça sert qu’à bouffer des sucreries. (Oui, j’analyse des vêtements vendus en France en 2011.)

Et enfin, Petit Bateau parle des sentiments : là où 0% des adjectifs masculins y font référence, 10% de ceux des filles s’y rapportent (amoureuse). Amoureuse, putain… Coucou, tu veux voir mon gros cliché avec des cœurs (roses !) ? Parce que c’est bien connu : toutes les filles sont toujours amoureuses en permanence. Tou-jours. D’ailleurs, elles ne vivent que pour ça : mesdemoiselles sont des princesses (belles, chieuses et toutes de rose vêtues, donc) qui attendent leur prince charmant (fort, vaillant, courageux et déterminé, donc).

(Oui, j’analyse des vêtements vendus en France en 2011.)

Si ce genre de stéréotype me rend ouf, là où c’est grave, c’est que visiblement les garçons n’ont pas le droit d’avoir des sentiments. Hey, Petit Bateau ! Les émotions, c’est pas sale, hein ! C’est ce qui fait de nous des êtres humains !

                  Analyse générale

 Le problème, voyez-vous, c’est non seulement que ces bodys sont effectivement très misogynes, mais c’est aussi qu’ils véhiculent des clichés et des stéréotypes soit complètement faux, soit d’une autre époque, concernant les garçons et les filles.

Si l’on en croit Petit Bateau, les hommes n’ont donc pas de sentiments ni d’émotions, puisqu’aucune référence n’y est faite. Un homme, ça agit, et ça ne ressent pas ?… Les émotions, c’est un truc de gonzesse ?… Non mais… sans déconner… Un homme aime ou déteste, il éprouve de l’affection ou du mépris, il peut être joyeux ou triste, il se sent confiant ou mal à l’aise, etc… Et je vous assure, Petit Bateau, il lui arrive même d’être amoureux.

Un homme se soucie même de son apparence (et ça ne date pas d’hier, donc si on pouvait cesser avec ce stéréotype du Cro-Magnon, ce serait bien. Merci. Bisous.) Souvent, il aime être élégant et bien habillé. Il fait attention à sa coupe de cheveux et passe parfois quelques minutes le matin à mettre du gel pour la sculpter (et non, ça n’en fait pas un métrosexuel). Il taille un bouc consciencieusement ou entretient une barbe de trois jours parce qu’il se trouve mieux comme ça que rasé de près. Et il lui arrive même d’épiler un mono-sourcil par souci d’esthétisme.

Mieux encore, il fait du sport pour entretenir une silhouette, faire fondre des poignées d’amour, récupérer quelques abdos ou bien gonfler des biceps. Et non, Petit Bateau, ce n’est pas juste pour ressembler à ton cliché de l’homme fort, mais pour être bien avec lui-même et pour plaire aux filles – ou à la femme dont il est amoureux. Tout comme une fille ne se maquille pas parce qu’elle doit absolument être belle dans ton monde de clichés grotesques, mais pour se sentir mieux avec elle-même et pour plaire aux garçons – ou à l’homme dont elle est amoureuse.

Autre chose. Il y a des filles chiantes, mais il existe la même version côté garçon – tout comme être déterminé, têtu, rusé, habile, vaillant, rigolo, élégant, coquet, etc. Tous ces adjectifs correspondent, dans la vraie vie de la réalité, à des tas de personnes tous sexes, genres, et sexualités confondus. Arrêtons de vouloir mettre dans des cases et en tirer des généralités dangereuses. Car oui, il y a danger – mais j’y reviendrai.

Ce qui me dérange aussi, Petit Bateau, tu vois, c’est le caractère définitif de tes affirmations. Par exemple, si on prend mon cas personnel, je ne suis ni belle ni jolie. Donc je ne suis pas une fille ? Je ne suis pas douce trois semaines par mois. Donc trois semaines par mois, je ne suis pas une fille ? Je ne suis pas amoureuse. Donc je ne suis pas une fille ? En revanche, je suis déterminée, courageuse, fière, espiègle, et cool. Je suis donc un garçon ? Je ne suis pas coquette, mais je suis forte. Je suis donc un garçon ?

Par pitié, putain. Mesdames et messieurs du marketing, arrêtez ce genre d’agissements débiles, infondés, absurdes, d’un autre temps, et dangereux.

Les effets nocifs de tels clichés dans la société 

- De la propagande

Pour Petit Bateau, aucun adjectif ne fait référence aux capacités intellectuelles des filles. Sauf qu’en 2008, selon les données de l’Insee, plus de la moitié des filles (51%) sont diplômées de l’enseignement supérieur, contre un gros tiers de garçons (37%). Je ne suis pas en train de dire que les garçons ne sont pas intelligents – loin de là – je dis juste que la vision des femmes de Petit Bateau est erronée et qu’elle ressemble à de la propagande : « Sois belle, tais-toi, surtout n’étudie pas, on pourrait voir que tu as intelligence, culture, esprit, et analyse. » (Je rappelle que je suis toujours en train d’analyser des vêtements vendus en France en 2011.)

Au-delà de cet exemple ciblé concernant l’éducation et le niveau d’études, la commercialisation de ce type de vêtement contribue à entretenir une vision des deux sexes qui n’a plus lieu d’être dans nos sociétés occidentales, mais qui malheureusement résiste encore aux volontés de progrès en matière d’égalité, de parité, et tout simplement de respect de chacun des sexes et de leurs différences.

Bien sûr que nous sommes différents. Bien sûr qu’un homme est physiologiquement plus fort qu’une femme. Mais il y a des hommes gras et des femmes musclées. Il y a des forces de la nature chez les femmes, comme il existe des hommes chétifs. Il existe des hommes aux traits fins, qui sont coquets et élégants, et des femmes qui se soucient peu de leur apparence vestimentaire et qui ont des traits épais et une mâchoire carrée. En quoi ces hommes ne seraient pas des hommes au même titre qu’un sportif bodybuildé ? En quoi ces femmes ne seraient pas des femmes au même titre qu’une mannequin jolie et élancée ?

L’opération Petit Bateau est un cas d’école. Dans les forums, j’ai souvent lu ce commentaire : « Non mais arrêtez, comme si les bébés entendaient et comprenaient ce que ça veut dire… » Ben oui. Ils comprennent. Ils comprennent dans le sens où ils grandissent dans un environnement conditionné par ce genre de message. C’est tout un processus inconscient qui se met en place, et qui s’insinue dans la façon de modeler notre pensée, d’appréhender le monde, et les personnes genrées qui le peuple. Même les familles les plus cultivées et/ou les plus attentives à ce genre de choses n’y échappent pas.

Ça s’appelle l’inconscient collectif, et tant que ce sera entretenu par les médias, les dessins animés, les pubs, les jouets, etc, les hommes ne résoudront pas leur crise actuelle d’identité (oui, tu es un homme dans ta définition la plus noble même si tu aimes changer les couches du petit dernier, prendre soin de ta peau, et être à l’écoute de tes émotions), et les femmes continueront à ne pas être prises au sérieux (que ce soit dans le monde du travail où elles sont sous-payées, ou dans le domaine juridique où elles sont forcément coupables quelque part de s’être fait violer – entre autres exemples.)

Autre exemple concret du danger de ces clichés : le monde politique. Met-on en doute les capacités intellectuelles ou le mérite d’un homme politique d’être arrivé là où il est ? Et même plus loin : met-on en doute tout ceci sur la seule base de son apparence ?

On n’accuse pas Dominique Strauss-Kahn d’être une femme parce qu’il est petit et gras. Par contre, on accuse Martine Aubry d’être lesbienne (donc, si l’on continue dans le cliché grossier, d’être un peu mec quand même) parce qu’elle a les cheveux courts, qu’elle ne se soucie pas de son apparence, et que les traits de son visage sont épais et « peu féminins ».

D’un autre côté, on accuse Ségolène Royal (qui a soigné son look lors des dernières élections présidentielles) ou Rachida Dati (femme toujours très élégante) de tous les maux : la première est une idiote, et la deuxième a forcément couché pour réussir.

Conclusion : quand une femme politique ressemble au cliché de la femme diffusé par Petit Bateau, on ne la prend pas au sérieux. Quand elle ne ressemble pas à ce cliché, ce n’est plus vraiment une femme, mais on lui reproche quand même. D’ici à ce que Martine Aubry se lance dans un relooking pour ne plus qu’on lui reproche de ressembler à un mec, on lui reprochera d’être comme toutes les autres : obsédée par son apparence, donc superficielle.

Pendant ce temps-là, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon, et François Hollande sont des hommes courageux, forts, vaillants, habiles, et déterminés à faire voter des lois justes pour faire de la France un meilleur endroit pour vivre (c’est bien connu.)

Vous avez dit propagande ?

- Les effets nocifs de tels clichés dans le monde du travail

Je ne prendrai qu’un seul exemple – et il sera rapide. L’écart de salaire entre les hommes et les femmes à formation, ancienneté, et compétences égales est de 9% (en défaveur des femmes). Pourquoi ? L’une des principales raisons (on parle toujours de formation, ancienneté, et compétences égales pour un même poste) est qu’une grande majorité des femmes ne négocient pas leur salaire.

Pourquoi ? Parce que la propagande des « petites fille mignonnes » fait en sorte qu’elles sont inconsciemment persuadées que gagner de l’argent pour une fille, c’est mal, qu’avoir de l’ambition pour une fille, c’est mal, et qu’être déterminé, c’est pour les garçons. En gros, elle reste bien sage, mignonne, rigolote, douce, et pas sérieuse, et dit merci monsieur au gentil patron qui a bien voulu l’embaucher.

Merci, Petit Bateau, de contribuer au rappel de ces belles vérités, qui aident notre société à avancer dans le bon sens et à être plus juste.

Mais merci l’Education Nationale aussi, pour avoir subtilement expliqué lors de ta campagne de recrutement que les femmes ont des rêves et les hommes de l’ambition.

 

- Du cliché de la femme mignonne et douce à la réalité d’une agression

L’affaire DSK « aidant », une amie m’a récemment avoué qu’il lui était arrivé sensiblement la même chose que le viol présumé de Nafissatou Diallo. Le choc d’une telle révélation passée, mon premier réflexe, à l’écoute de son témoignage, a été de lui demander pourquoi elle ne l’avait pas mordu. « Facile à dire », m’a-t-elle répondu, « j’y ai bien pensé l’espace d’une demi-seconde, mais dans ma tête, ce qui s’est passé plus vite encore, c’est la peur qu’il me frappe à la tête pour se dégager, coup qui aurait pu me provoquer des dégâts importants étant donné sa stature par rapport à la mienne, ou bien me faire valser sur le coin de la table basse située à côté et me tuer sur le coup en cas de mauvaise chute, contre un coin par exemple. Alors non, je ne l’ai pas mordu, j’ai préféré me laisser faire. »

Après l’avoir rassurée sur le fait que même si elle avait « préféré » se laisser faire, il ne s’agissait pas d’un choix et qu’elle ne devait pas culpabiliser ni avoir honte, elle m’a avoué quelque chose dont le cheminement nous a choquées toutes les deux.

Après avoir réussi à se dégager et à s’éloigner de son agresseur, celui-ci est revenu vers elle. Folle de rage à cause de ce qui venait de se passer et terrifiée à l’idée que ça pouvait recommencer, elle s’est mise à le repousser violemment et à lui donner des coups. Il a fini par se reculer et à lui dire qu’ok, ok, il la respectait, il ne la toucherait plus. Outre le caractère effectivement choquant et criminel du viol, elle s’est sentie coupable d’utiliser la violence à ce moment-là, alors qu’elle ne faisait que se défendre d’une éventuelle autre agression.

Voici ce qu’elle m’a dit : « Pendant que je le frappais, j’étais en train de me dire que ce n’était pas digne de ma condition de femme de me battre comme une chiffonnière ; qu’une fille, ça ne se bat pas, et que je devais avoir honte de me comporter comme ça. »

En disant ces mots à voix haute, elle a compris à quel point c’était choquant – ce dont elle n’avait pas réellement pris conscience avant de m’en parler. « Une fille, ça ne se bat pas », parce qu’une fille, c’est « mignonne » et « douce » et « amoureuse ».

Voilà le danger de la diffusion de tels clichés telle que celle de Petit Bateau. Au lieu de rentrer dans le crâne des petites filles des affirmations définitives du genre « une fille, ça ne se bat pas », apprenons-leur qu’elles doivent absolument user de la violence quand elle est nécessaire et que, si, elles peuvent avoir une certaine force dans des cas précis.

La preuve, dans l’histoire de mon amie, c’est que, surpris par son accès de violence inattendu, l’agresseur a eu l’air d’avoir du respect et de l’admiration quand il l’a vue se battre. Peut-être parce que lui non plus ne s’y attendait pas, partant du principe que « une fille, ça ne se bat pas », et que celle qui se bat est plus digne d’être respectée que celle qui est mignonne et douce et amoureuse.

C’est très grave. C’est très grave de continuer à nous marteler ce genre de conneries jusqu’à ce que des femmes modernes et libérées, comme ma copine, arrivent à y croire, et qu’on devienne victime à cause d’une propagande dont on a du mal à trouver un but.

Je ne dis pas que le fait « d’autoriser » les filles à se défendre violemment (et Dieu sait si j’abhorre la violence) empêchera toutes les agressions ou tous les viols. Mais s’il peut en empêcher quelques-uns par l’effet de surprise que ça peut provoquer, alors ce serait déjà une grande victoire.

Petit Bateau et les autres, arrêtez de répéter que les garçons doivent absolument n’être que forts, courageux, et déterminés, et que les filles doivent absolument n’être que jolies, douces, et amoureuses.

Non seulement c’est souvent faux et toujours réducteur, mais en plus c’est dangereux. Halte aux clichés hasardeux et aux stéréotypes périlleux. Louons également (et pas seulement, car je refuse d’aller vers l’excès inverse) les hommes sensibles et les femmes fortes.

[TWITTER] Mon droit de réponse à Elizabeth Tchoungui à propos de Twitter

juin 17, 2011 dans En vrac, Société

[Ceci est un exercice de style. J'ai, moi, le plus grand respect pour tous ceux qui travaillent pour les chaînes de télévision, à l'information ou au divertissement, à la comptabilité ou à la communication, à la direction ou aux ressources humaines.

Ceci est un exercice de style. J'ai donc non seulement repris le corps du texte, mais aussi la mauvaise foi et les manières journalistiques discutables du billet d'orgine.]

Voici le billet d’humeur d’Elizabeth Tchoungui :

(source : aufeminin.com)

Je suis un dinosaure et j’assume : non, je n’ai pas de compte TwitterHashtag m’évoque un hachis parmentier allemand. Avoir des cohortes de Followers ? JMEF, pour causer comme les twittos et leur fameux OSEF, « on s’en fout ».

Car côté ragots, ceux de ma boîte et de mon immeuble me suffisent largement. Oui, Twitter, c’est le world cancan. Avec, comme la french dance éponyme, un goût prononcé pour les jambes en l’air : tapez Twitter sur Google, et en première occurrence viendra « Twitter DSK ». En France, c’est la rumeur de liaison entre Carla Bruni-Sarkozy et Benjamin Biolay qui a rendu célèbre le site de microblogging : rappelez vous, le fameux Tweet qui a mis le feu aux poudres, posté par un journaliste au soir des Victoires de la musique 2010 : « Benjamin Biolay, c’est pas le mec qui… » etc, etc.

Twitter, c’est la concierge du village global : putassière les bons jours, experte en commentaires ineptes les autres. Je lance ici un appel solennel aux neuf millions de followers de Justin Bieber – l’ado méchu chantant détient le record d’abonnés à son compte, loin devant Barack Obama : pouvez vous m’expliquer l’intérêt du tweet suivant : « J’aime les escalators car lorsqu’ils freinent ils redeviennent des escaliers » ? Moi cela ne m’évoque que la chanson de Clarika : « T’es beau comme garçon, mais y a tant d’air dans ta tête qu’on peut y faire de l’avion… »

En plus d’être inutile, Twitter est un réseau infréquentable. On y croise au choix :

- Des pros de la drague lourdingue: comme cet élu démocrate qui a réalisé aux Etats-Unis l’exploit d’éclipser l’affaire DSK en tweetant une photo en gros plan de son slip protubérant. Il pensait l’avoir adressé au seul objet de son désir, oops, tous ses abonnés l’ont reçue. Dommage…
- Des e-terroristes : le week-end dernier le site de la police espagnole a été bloqué par des pirates informatiques. Les hackers ont revendiqué leur attaque sur Twitter.
- Des as du canular pas drôle : Twitter a copieusement relayé une photo censée épingler McDo en flagrant délit de racisme: on y voyait trôner à l’entrée d’un restaurant un panneau frappé du logo officiel indiquant « Suite à une série de vols et par précaution, les clients afro-américains devront à présent payer une taxe supplémentaire de 1,5 dollars par achat« . C’était un trucage. Qui a dit que Twitter avait révolutionné l’information ?

Loin de moi l’idée de minimiser le rôle du réseau social dans les révolutions arabes : Twitter a prouvé son utilité là où la liberté d’expression est restreinte. Ce fut le cas tout récemment, dans un pays pourtant démocratique : en Italie, pendant que la presse, largement contrôlée par le Cavaliere, ne pipait mot sur les référendums anti-Berlusconi, Twitter a su mobiliser les électeurs. Résultat : une participation record, et une claque pour Silvio.

Hormis ces circonstances bien précises, et n’en déplaise aux geeks qui me lisent, oui, Tweeter n’est que littérature de concierge, le style en moins : en 140 signes maximum, difficile de faire des miracles. En avant pour de très classieux WTF (What the Fuck) ou PTDR (Pété de rire) : le français résiste sur Twitter !

Non, décidément, à Twitter, je préfère de loin ma concierge : d’abord elle a plus de verve lorsqu’elle étrille l’apprentie joaillière du sixième qui enfile les mecs comme des perles. Et puis elle a une utilité, elle : a-t-on déjà vu Twitter arroser les plantes pendant les vacances ?

Par Elizabeth Tchoungui, présentatrice des Maternelles sur France 5.

Voici mon droit de réponse :

Je suis un dinosaure et j’assume : non, je n’ai pas de téléviseurLes Maternelles m’évoque une école pleine de chiards. Regarder la télé-réalité ? Je l’emmerde avec un grand A, pour causer comme les candidats dans leur fameux Loft.

Car côté sexe et voyeurisme, la vie et mon immeuble me suffisent largement. Oui, la télévision, c’est le world han-han. Avec, comme la french dance presque éponyme, un goût prononcé pour les jambes en l’air : allumez votre téléviseur, et en première occurrence sur les chaînes d’informations en continu viendra « Affaire DSK ». En France, c’est la sauterie aquatique de Jean-Edouard et Loana qui a rendu célèbre la télé-réalité : rappelez vous, c’était en 2001, elle promettait gloire, richesse, merveilles et alouettes à ses participants. Juste une question : comment va Loana ?

Le téléviseur, c’est la concierge du village global : à écouter aux portes les bons jours, experte en commentaires ineptes les autres. Je lance ici un appel solennel à tous ces envoyés spéciaux à New York plantés devant un Sofitel ou un tribunal – attendant l’odieux directeur du FMI, voire sa femme et ses enfants, autrement plus intéressant que la situation à Fukushima : pouvez-vous m’expliquer l’intérêt du commentaire suivant : « DSK s’est fait livrer des pizzas hier soir, sa femme a un tailleur gris, sa fille une manucure beige, les visages sont fermés – Ah ! On me signale sur Twitter qu’il a plaidé non-coupable » ? Moi cela ne m’évoque que la chanson de Clarika : « T’es beau comme garçon, mais y a tant d’air dans ta tête qu’on peut y faire de l’avion… »

En plus d’être inutile, la télévision est un monde infréquentable. On y croise au choix :

- Des pros de la drogue lourdingues : comme cet animateur qui a réalisé en France l’exploit d’éclipser tout autre actualité en faisant un mea culpa dans sa propre émission sur sa dépendance à la cocaïne. Il pensait la sniffer pour son propre plaisir, oups, les flics ont fait une descente chez lui. Dommage…

- Des terroristes : il y a quelques années un animateur d’émission matinale a été mis à pied pour violences sur son chroniqueur. Le délinquant est revenu deux semaines après dans le téléviseur.

- Des as du canular pas drôle : la télévision a copieusement relayé une information censée annoncer la mort d’enfants: le 8 août 2008, le petit Louis a été annoncé mort dans le JT de TF1, alors qu’il était bien vivant. France 2 aannoncé la mort de Pascal Sevran, décédé quelques semaines plus tard. C’était de fausses informations. Qui a dit que la télévision était un média fiable ?

Loin de moi l’idée de minimiser le rôle du téléviseur dans la société de nos grands-parents : le téléviseur a prouvé son utilité là où la TSF était incapable de transmettre des images. Ce fut le cas tout récemment, dans un pays pourtant démocratique : en France, pendant que Twitter, largement contrôlé par des kikoolols et des terroristes, ne pipait mot sur la #frenchrevolution à la Bastille, ses 5000 participants pacifiques et ses 3000 CRS belliqueux, la télévision a fait des reportages en continu. OH WAIT… Non en fait, aucun journal n’en a parlé et c’est sur Twitter que ça s’est passé.  

Hormis ces circonstances bien précises, et n’en déplaise aux employés des chaînes qui me lisent, oui, le téléviseur n’est qu’images et son de concierge, le style en moins : en 2 minutes maximum pour un reportage dans un JT, difficile de faire des miracles. En avant pour de très classieux Cékikapété ou Oh my gott : le français résiste dans le téléviseur !

Non, décidément, au téléviseur, je préfère de loin ma voisine : d’abord elle a plus de verve lorsqu’elle se fait troncher par son mec qu’un paysan dans son champ à la recherche de l’amour en train de tripoter une vache. Et puis elle a une utilité, elle : a-t-on déjà vu un téléviseur te prêter du sucre pendant les vacances ?

Par Florence Porcel, détentrice du compte @FlorencePorcel sur Twitter.

[TWITTER] Twitter, sa culture, ses habitants

avril 16, 2011 dans En vrac, Société

Ce billet s’adresse à toi, internaute, qui tweete comme il respire. Il te permettra de te reconnaître, et peut-être même riras-tu si tu n’as pas oublié de savoir rire de toi-même et de tes semblables. (Si, tu sais, l’autodérision, tu te souviens ?…)

Ce billet s’adresse surtout à toi, internaute pour qui Twitter est un monde bizarre, auquel tu as essayé de te joindre mais sans succès, te demandant pourquoi diantre c’était si compliqué de s’y intégrer, et comment par tous les boobs saints faisait-on pour comprendre tous ces messages bizarres. Si tu cherches des réponses purement techniques, je te renvoie à mon Initiation à Twitter. Je vais te parler ici de la culture de cette planète parallèle.

(Un glossaire du vocabulaire utilisé se trouve en bas de page.)

Les habitants de Twitter sont l’élite

Il faut le savoir.

Enfin non, ce n’est pas tout à fait vrai.

Les habitants de Twitter sont persuadés qu’ils sont l’élite – la nuance est légère, mais elle est primordiale.

Les habitants de Twitter sont les plus beaux (derrière leurs avatars tripatouillés, qui n’ont rien à voir avec la choucroute, ou – les pires – détourés à la truelle sur Paint), les plus intelligents, les plus cultivés, les plus en avance sur les tendances, et les plus rapidement informés. (Bon, ça c’est vrai, faut le reconnaître.)

L’habitant de Twitter est donc souvent extrêmement imbu de sa personne, et supportera mal les critiques sur sa manière d’être et de faire.

Et alors, petit indigent, si tu te permets une remarque sur sa manière de tweeter, tu t’attireras l’ire de l’habitant ainsi que de ses sbires et plus jamais rien ni personne ne le fera changer d’avis sur toi. Il ne te restera plus qu’à suicider ton compte et revenir vierge de toute effronterie.

Parce que faut pas déconner, oh. Y a un minimum de respect – et même de crainte – à avoir. Tu nous prends pour qui, p’tit con ?? T’ahar ta gueule à la récré le jour des #FF.

L’habitant de Twitter a des coutumes

Comme toute planète qui se respecte, il y a des us et coutumes qui se sont mises en place au cours des ères géologiques, des millénaires, des générations, et de l’évolution de
l’espèce. 
Je ne vais pas m’y attarder.

Je ne parlerai donc que des #FF qui servent à (dans le désordre) :

- Faire une Fellation à un habitant que tu aimes beaucoup parce que tu voudrais qu’il te remarque – voire, soyons fou (mais rêve pas), qu’il te follow back.

- Fuir une Foufoune un peu lourde : tu lui fais un joli #FF personnalisé et tout, elle n’en pourra plus pendant au moins deux jours, et arrêtera peut-être de te harceler en DM. Attention effet pervers (si j’ose dire) : elle pourra penser que c’est dans la poche et reprendra ses assauts de plus belle.

- Fabriquer un Fouet. Il y a deux sortes de Fouet : celui du maître sur les esclaves (un petit #FF collectif d’un habitant important sur des subalternes, et ils continueront à lui Faire une Fellation pendant au moins trois mois tellement ils ne sauront pas comment le remercier d’un tel honneur), et celui du petit habitant sur des habitants moyens, voire des habitants moyens entre eux (le #FF sus-nommé sera tout en ironie, en pique, et en hargne à peine cachée, avec des tas de noms suivis d’un commentaire digne de la réaction d’un Brice de Nice des familles.)

- Faire le Fourbe et bien rigoler intérieurement : citer tous les habitants que tu as sautés dans un même #FF sans que personne, et surtout pas les personnes citées, n’en sache quoi que ce soit. C’est fourbe, mais qu’est-ce qu’on rigole. (Répéter l’opération autant de fois que nécessaire, n’oublions pas que 140 caractères, c’est parfois vraiment trop peu.)

- Fuggérer des Followers (ouais OH BON hein ça va). C’est le but premier des #FF : dire aux habitants qui ont les clefs de chez toi quels sont les autres habitants chez qui ils peuvent aller chercher une clef parce que leur maison vaut le coup d’œil.

La planète de Twitter et l’espace-temps

Il faut savoir que Twitter vit dans un espace-temps bien séparé de celui du commun des mortels de la vie réelle. Une heure sur Twitter correspond à peu près à une journée de la vraie vie. Une seconde correspond à une heure, etc etc…

Il m’arrive de plus en plus souvent, pour prendre un exemple bien concret, qu’une copine qui n’est pas sur Twitter me parle d’une info un soir et que je m’écrie : « Ouh la la mais c’est vieux, ça !!… Ca date au moins de ce matin, non ? » sur le même ton que si on venait de m’apprendre la mort de Michael Jackson. Oui, ça peut agacer.

Mais ça, ce n’est que pour les modes et les tendances, du genre les expressions hypes, les concours débiles mais drôles, et tout ce pain et ces jeux qui divertissent le bon peuple de Twitter pendant que les habitants importants y font des choses importantes qu’on ne peut pas comprendre tellement c’est important.

Pour le reste, la planète Twitter vit dans le futur. C’est un fait : nous savons tout avant tout le monde. Oui, ça peut agacer.

Bien. Je vois que ce n’est pas très clair. Je vais donc donner deux exemples.

Admettons qu’un illuminé lance le hashtag #quandjaurai50ans. Hop ! Ca prend comme une traînée de poudre et tout le monde y va de son tweet. Mais finalement, ce n’est pas le meilleur amuztag (oui, je l’invente, c’est aussi ça, Twitter).

Y aura toujours un habitant plus malin (aigri, énervé, de mauvaise humeur, rabat-joie, cynique, jaloux – rayez les mentions inutiles) que les autres qui commencera à dire : « Mais arrêtez avec #quandjaurai50ans, ça va, c’est so 11 heures du mat’, quoi ! » (Tweet envoyé à 12h11.)

(Il faut savoir que l’expression « c’est so + complément circonstanciel de temps » est démodée sur Twitter, bien qu’elle ne soit pas encore arrivée sur Facebook.)

Deuxième exemple (z’avez vu la transition de ouf ? ouais je vais parler de Facebook, ouais.)

Prenons l’exemple d’une semaine type. Le lundi à 2 heures, une info tombe sur Twitter, venue du Japon – mettons.

A 8 heures, elle a fait le tour de Twitter France au moins vingt fois.

A 11 heures, les agences de presse commencent les brèves.

A 13 heures, des communiqués complets. Dans l’après-midi, les pure players, voire les chaînes d’info en continu, en parlent.

Les JT prennent le relais le soir même ou le lendemain, mardi.

(L’info, pour l’habitant de Twitter, est sue, intégrée, et digérée depuis 9 heures de mat’, hein, ne l’oublions pas.)

Et avec un peu de chance, l’info arrive sur Facebook le samedi.

La planète Twitter est de gauche

C’en devient aussi ridicule qu’affligeant, et franchement lourdingue.

Je précise une chose essentielle : je suis a-politique. La politique m’emmerde, et ceux qui la font n’ont droit qu’à mon plus profond mépris, quel que soit le bord ou le parti.

Il est donc bien vu d’être de gauche et surtout de critiquer le gouvernement en place. Plus tu seras dans ce mouvement, plus tu te sentiras en osmose avec la planète Twitter.

Malheureusement, trop, c’est trop. Les habitants de Twitter, qui sont les premiers à prôner la tolérance à tout va, sont les premiers à lyncher celui ou celle qui aura le malheur d’avoir une idée de droite, ou de défendre le gouvernement en place – surtout si c’est argumenté et justifié. (Ben oui, les habitants sont de gauche et ultra-anti-droite, mais s’ils avaient des arguments, ben ça se saurait, et ils n’aiment pas trop que leurs détracteurs réfléchissent, eux.)

Et donc comme tout ça est bien vu, on en arrive à deux conséquences aussi dommages et stupides l’une que l’autre : ceux qui ont d’autres idées n’osent pas les exprimer, et ceux qui veulent se faire bien voir en arrivent à faire des excès de zèle qui les ridiculisent.

Exemple. Lundi 11 avril, jour de la mise en vigueur de la loi contre le niqab. On en pense ce qu’on en veut. Mais à lire les bons petits habitants-moutons de Twitter, c’était un crime contre l’humanité et l’univers entier, c’était le nouvel accident nucléaire, c’était pire que Hiroshima et Fukushima réunis, pire même que tous les crimes de guerre de tous les dictateurs de l’Histoire (ben oui pensez… une idée de droite !)

Une habitante de Twitter dont je tairai le nom a donc dit : « Je rêve ou vous êtes tous en train de dire que le niqab, c’est vachement bien ? Eh oh !! Ca va, le politiquement correct ? #onrêveputain » Il a été timidement RT cinq fois, et plusieurs personnes sont venus (presque en cachette) me dire : merci / ah ouf je me sensmoins seule / c’est bien dit / bravo.

Chers habitants de Twitter : n’ayez pas peur de vous exprimer. Je ne m’en prive jamais, et ça fera peut-être réfléchir (rêvons…) ceux qui prônent la révolution, mais qui ne sont en fait que des moutons, et qui disent beaucoup, beaucoup de conneries (qu’ils ne pensent pas forcément toujours.)

Trop de politiquement correct tue le politiquement correct. Et plus personne ne peut vous prendre au sérieux.

Désolée.

La planète Twitter est, sous ses airs de liberté d’expression, très intolérante

On a donc le droit de n’être que de gauche (ou, au pire, neutre).

On ne vous pardonnera pas d’utiliser une expression passée de mode (de l’heure précédente).

On plantera votre tête au bout d’une pique si vous avez le malheur de crier haut et fort que vous préférez regarder les films en VF, parce que la VO, ben ça vous emmerde.

Vous êtes obligé d’aimer Bashung, Tarantino, Gainsbourg, et Audiard sous peine d’être considéré avec mépris comme un gros kikoolol de base.

Surtout ne venez pas dire que vous aimez Lady Gaga, Céline Dion, Johnny Hallyday, Christophe Maé, et Michel Sardou. On vous bannira à la seconde.

N’allez pas trop crier sur les toits que vous habitez en province et que vous le vivez très bien. Faites semblant d’être Parisien, c’est mieux.

Surtout, si vous n’êtes ni journaliste, ni community manager, ni blogueur, ni geek, n’en faites rien savoir. Laissez planer le doute. Au pire, dites que vous êtes dans la com’ ou dans le marketing. C’est (encore) plus ou moins toléré.

Faites croire de temps en temps que votre vie en DM est intense et d’une débauche indécente. Sinon, vous ne valez rien (especially si vous êtes une fille).

N’allez surtout pas dire que les Mac et/ou Gmail ça ne correspond pas à ce que vous attendez d’une boîte mail ou d’un ordinateur – non seulement on vous insultera, mais en plus on vous bloquera.

Faites-vous à l’idée : une grande majorité des habitants de Twitter sont équipés de Smartphones. Ils peuvent donc tweeter de n’importe où, n’importe quand, avec n’importe qui, et vous envoyez des photos du dehors, du métro, de réunion, et de je ne sais où encore (et je ne veux pas le savoir).

Si vous n’en avez pas, ne le dites pas et faites comme si. Mieux vaut mentir que passer pour un pauvre. (Twitter est de gauche, mais bon, faut pas déconner quand même, hein, faudrait voir à ce que les pauvres et les kikoolol viennent pas trop nous emmerder non plus !)

Pour vous faire bien voir, LTez de temps en temps les émissions de télé-réalité les plus pourries, mais faites bien comprendre que ça vous soûle, que vous ne comprenez pas comment on peut regarder ça, que vraiment TF1 est à la botte de Sarko, que c’est une honte de passer de tels programmes, que comment ça se fait que ça fait autant d’audience. (Hein ? Comment ? Moi aussi je regarde et je fais l’audience ? Ah mais moi je LT sur TWITTER, c’est pas pareil, JE SUIS AU-DESSUS DE CA, moi j’ai du recul, JE LE FAIS POUR DENONCER.)

(Oui, sur Twitter, il faut aussi savoir être de mauvaise foi et passer pour un con en toute connaissance de cause, mais mépriser celui qui vous mettra en face de votre propre connerie.)

(Ah, et conseil : ça ira plus vite de couper Twitter que demander à tout le monde d’être un peu cohérents avec eux-mêmes et d’éteindre leur télé.) 

En tant qu’habitant de la planète Twitter, il faut absolument avoir participé au moins une fois à un concours visant à montrer tes nichons, ton slip, ton cul, ou tout autre partie de ton anatomie ressemblant de près ou de loin à des attributs sexuels. Sinon, tu ne fais pas vraiment partie du groupe. Eh oui, Twitter, c’est une version numérique d’un camping et de ses concours de Miss T-Shirt Mouillé (MAIS N’ALLEZ SURTOUT PAS LE DIRE, MALHEUREUX !!!!).

Si tu ne clashes pas toi-même, surtout sois toujours au courant du dernier clash, et mets-y ton grain de sel. On n’aime pas trop ceux qui ne prennent pas partie. C’est toujours un peu louche.

Surtout, sois cynique, ironique, critique à outrance (surtout contre la droite, tavu), et si par malheur il t’arrivait de vouloir être gentil et de dire quelque chose de positif (surtout de la droite, t’as vu), abstiens-toi.

Vermine. Renégat. Traître.

Régulièrement, parle de ton nombre de followers. Tu montreras la puissance de ton ego et tu seras complètement accepté dans la caste.

Et pleure quand on t’unfollow. Parce que c’est pas juste, et celui qui a osé est forcément un gros con.

La planète Twitter et l’orthographe

Sachez que les habitants de Twitter sont très à cheval sur l’orthographe. La moindre coquille, la moindre double-consonne amputée de sa jumelle, le moindre subjonctif imparfait tronqué te donnera pour 20 minutes de mentions incendiaires. Pareil pour une expression mal utilisée, ou pire, une expression passée de mode depuis au moins 20 minutes (faut suivre, putain !)

Cependant, Twitter n’en est pas à une contradiction près (tu l’auras déjà remarqué). Il aime beaucoup l’expression (utilisée à outrance) : « je suis + substantif ». Je suis joie, je suis tristesse, je suis colère, etc. Oui, bah moi personnellement, je suis énervance, voilà. C’est moche. Oui, mais c’est notre culture, alors…

Autre insulte à la langue française, non seulement tolérée mais encouragée, les sons -é- et -è- remplacés systématiquement par -ay-. Exemple : « Intayrnayt, SAYLEMAL, bordayl ». (Mais non, je n’exagère pas.)
C’est moche, c’est laid, c’est de l’orthographe immonde, OUI MAIS C’EST HYPE, et C’EST POUR RIGOLAY.

Ah. Ok.

Pardon – okay. (Ah merde, là ça marche, alors ça marchera jamais.)

Twitter et la culture geek

Beaucoup de geeks étant inscrits sur Twitter, il est logique que leur culture fasse partie de cette planète. Les poneys, les licornes, les arcs-en-ciel, les lolcats, et bien d’autres sont donc le comble du kitch pour les habitants.

C’est généralement des sujets de délires qui nous font hurler de rire, mais qui sont incompréhensibles pour les gens du dehors.

Oui je sais, nous sommes spéciaux. Voire un peu fous. Mais c’est tellement bon.

Je peux pas expliquer plus en détails, j’ai poney.

(…)

MOUAAAAAAAAAAAAAAH AH AH AH AH AH AH AH AH AH AH AH AH AH AH AH !!!!!!!!!!!!!!!!!

Comment appelle-t-on les habitants de la planète Twitter ?

Personne n’est d’accord, et il n’y a pas d’appellation d’origine contrôlée. Il y a twitto, twittos/twitta, twittasse – mais il faut bien dire que c’est moche, surtout pour les filles. Il y a tweep/tweepie, mais ça n’arrive pas à prendre en France. D’où ma volonté dans ce billet de parler d’habitants de la planète Twitter plutôt que d’utiliser ces vilains mots.

[Ah, on me signale dans l’oreillette qu’à l’heure où je vous parle, le fameux –ay est en train de muter en –ey. Voyez plutôt ce tweet.]

Peut-on survivre sur Twitter si on n’est pas dans la hype du move de sa culture bizarroïde ?

Oui et non. Non, parce que si la majorité de tout ça vous gonfle, vous vous lasserez tout seul, et très rapidement.

Oui, parce que je ne suis personnellement en désaccord avec beaucoup des règles et des préjugés qui ont la dent dure, et je ne m’en sors pas trop mal.

Ça m’arrive de crier haut et fort que j’aime Céline Dion et Michel Sardou. Ça m’arrive d’envoyer chier les gens quand ils me reprochent de ne pas aimer regarder un film en VO. Ça m’arrive de râler quand on part du principe que j’ai forcément un Smartphone. Je dis toujours ce que je pense au moment où j’ai envie de le dire, sans prendre de gants, sans me poser la question de savoir si je vais me faire bien voir ou pas.

Je m’en fous du nombre de mes followers et je m’en fous d’être là où on aimerait que je sois. Si je n’ai pas envie de RT un billet, même si c’est un pote, et qu’il me le demande, je ne le fais pas. Inversement, si je le fais, c’est que j’ai envie.

Je ne follow pas ceux qu’on appelle les « influents », mais ce n’est pas un principe, c’est juste qu’ils ne m’intéressent pas. Si un jour un influent m’intéresse, je le follow.

Je n’utilise jamais l’expression « je suis joie » ou autres dérivés parce que je ne l’aime pas, pas plus que je ne suis la mode du –ay. Je respecte ceux qui le font, ça m’agace, mais je patiente.

Je râle de temps en temps contre les LT d’émissions débiles, mais le plus souvent soit j’essaye d’ignorer et de m’amuser avec ceux que ça n’intéresse pas non plus, soit je coupe et je fais autre chose.

J’évite les clash à tout prix, je suis plutôt quelqu’un de positif et de gentil, et je crois qu’on ne m’en tient pas rigueur. (Un lien clandestin s’est caché dans cette phrase, sauras-tu le trouver ?)

Précisions

Tout ce qui est écrit dans ce billet n’est pas figé dans le marbre. C’est juste une photographie de la planète Twitter en ce jour et à cette heure.

N’oubliez pas : Twitter est ce que ses habitants en font. N’ayez pas peur de vous exprimer, même – et surtout !! – si ça va à contre-courant de ce qu’on peut y entendre habituellement.

C’est con, mais c’est simple : soyez juste vous-même.

Et bien sûr, il y a l’art et la manière. Certains sont des artistes, comme @UltranusAbitb0l, @trollator, @sandlablonde, et @ioudg.

D’autres ont du génie, à l’instar de @LANDEYves et @Inzecity. (Je n’aime ni ne follow @ioudg et @Inzecity, mais c’est pour la parité.) Et chacun dans leurs domaines bien précis. Ils ont réussi à faire ce que personne d’autre ne réussit à faire mieux qu’eux.

Alors bien sûr, nous sommes tous uniques, bla bla bla. Mais certains comptes ont plus de « personnalité » que d’autres, c’est un fait.

Malgré mes critiques et la virulence de certains de mes propos dans ce billet, je le dis et le répète : j’aime profondément cette petite planète imparfaite et tous ses habitants. Oui, je peux le dire en ces termes : elle a changé ma vie, en mieux. J’y ai rencontré (en vrai) des gens différents, de différents univers, qui m’ont enrichie.

Alors oui, ce billet, c’est de l’amour vache. Mais qui aime bien châtie bien, n’est-ce pas ?

Glossaire

Clash : dispute virulente entre deux personnes, si possible dont l’un est « influent », en vue de gagner des followers.

DM : Direct Message. L’équivalent du message privé sur Facebook. Message non-public (donc) que seul le destinataire pourra voir.

#FF : Follow Friday. Coutume qui consiste, le vendredi, à indiquer à ses followers les autres comptes intéressants.

Follow / unfollow : acte de s’abonner à un compte / acte de se désabonner d’un compte.

Follower : personne abonnée à ton compte

Hashtag : mot ou groupe de mot précédé du signe dièse et écrit sans espaces. Il devient alors un mot-clef interactif (on peut cliquer dessus) et permet de taguer, de classer.

Influent : personne jusqu’ici n’a su en donner une définition exacte.

Kikoolol : individu souvent jeune, qui ne connaît rien d’autres que le langage SMS pour s’exprimer, qui commence ses phrases par kikoo et qui les termine systématiquement par lol.

LT : live-tweet ou live-tweeter. Raconter en direct sur Twitter un évènement de la vie réelle (émission, match, dispute de voisins, accouchement, etc…)

Mention : fait d’avoir son pseudonyme dans un tweet. Si la mention est le premier mot d’un tweet, alors ce tweet vous est destiné directement.

RT : retweet. Fait d’appuyer sur un bouton qui permet de copier le tweet en question dans votre propre flux, afin que tous vos followers puissent le lire.

Tweet : message de 140 caractères maximum

[WEB] A ceux… qui refusent les nouvelles technologies

février 24, 2011 dans En vrac, Société

Une amie vient d’apprendre une nouvelle par le biais de Facebook. Pas une grande nouvelle, plutôt une anecdote. Mais elle s’est demandé si la manière dont elle l’avait apprise n’était pas un peu dommage…

Cela m’a donné envie de vous raconter, à vous et elle, cette petite histoire…

« Il était une fois, à l’époque de nos (arrières-)grands-mères, le téléphone venait tout juste d’arriver dans les foyers. Dans tous ? Non. Dans les petits villages de notre beau pays, seule une maison avait le téléphone, repérable d’ailleurs par une plaque posée sur le mur, à la vue de tous les villageois et d’éventuels étrangers de passage.

C’est la maison de Simone et Albert, dans la grand-rue, qui avait été choisie pour accueillir le téléphone du village. Ils n’en voyaient l’intérêt ni l’un ni l’autre, mais ce serait, paraît-il, un outil indispensable dans le futur. C’est avec un grand scepticisme qu’ils se firent à l’idée de cohabiter avec cet exotique appareil, d’usage étrange.

Les mois passèrent. Un beau jour, alors qu’Albert travaillait dans son atelier, Simone dut décrocher le fameux téléphone. C’était son frère Bernard, qui avait fait des études, qui était quelqu’un d’important et qui avait une très bonne situation puisqu’il avait été élu maire du chef-lieu de canton.

Voilà qu’il appelait Simone pour lui annoncer que la Marcelle avait enfin décidé de se fiancer. Si Bernard connaissait la bonne nouvelle, c’est parce que le fiancé en question était le fils d’un de ses plus proches amis qu’il venait de croiser. La nouvelle était de la toute première fraîcheur.

Décidément peu à l’aise avec ce maudit téléphone, Marcelle écourta la conversation. Elle détestait parler à une machine, à ces matériaux froids, à ces rouages cachés, qui fonctionnait avec l’électricité qu’elle n’aimait pas beaucoup non plus et qui lui faisait un peu peur. Tout cela n’annonçait rien de bon et elle se plaisait à le répéter à ses amies. Ce qu’on appelait le « progrès » ne lui disait vraiment rien qui valût.

Et voilà qui lui donnait raison : c’est cet appareil impersonnel qui lui avait annoncé les fiançailles de la Marcelle. Avant l’invention de ce satané engin, elle l’aurait appris directement de la bouche de l’intéressée, qui serait passée la voir, avec qui elle aurait partagé un chocolat chaud et un morceau de gâteau. La vie, les gens, le quotidien normal d’un village.

Simone pestait. Si c’était ça « l’outil indispensable », si ça empêchait de se voir, de s’annoncer de telles nouvelles en face à face, si ça détruisait les relations simples avec les gens de son propre village, alors que serait-ce quand tous les foyers en auraient un ?… Elle refusait cette idée en bloc. Après tout, elle avait presque élevé la Marcelle, dont la maman était morte en couches.

Le temps d’aller à l’atelier annoncer la nouvelle des fiançailles à Albert, le portail grinça. C’était la Marcelle, radieuse, qui arrivait avec un bouquet de fleurs des champs. »

Maintenant, je vous suggère de remplacer le téléphone par (au choix) : le mail, le téléphone portable, Skype, Facebook, Twitter, etc…

Et vous avez la morale de mon histoire.

[WEB] A ceux… qui diabolisent les réseaux sociaux

novembre 3, 2010 dans En vrac, Société

Tout le monde a un avis sur les réseaux sociaux, qu’on les utilise ou non. Certains sont anti et n’y mettront jamais le clic d’une souris, d’autres n’imaginent plus leur vie sans. Certains les utilisent pour raisons professionnelles quand d’autres sont sous pseudonyme et cachent farouchement leur véritable identité. Certains les utilisent pour retrouver de vieilles connaissances quand c’est un moyen pour d’autres de se faire de nouveaux amis – dans la vraie vie. Bref ; il y a autant de façons de se servir des réseaux sociaux que d’internautes.

Alors bien sûr, ceux qui ne connaissent pas très bien Internet – à commencer par nombre de nos politiciens – ne les connaissent que par le biais des médias, qui n’en fournissent un écho que lorsqu’une catastrophe arrive. Et malheureusement, il y en a – le plus souvent liées à Facebook, réseau social le plus utilisé au monde.
Une jeune fille qui se suicide parce qu’un ex-petit-ami a cru rigolo de poster une photo compromettante d’elle. Des pédophiles qui se créent de faux comptes. Des apéros Facebook qui tournent mal. Etc.  Autant d’évènements terribles relayés et montrés du doigt comme les exemples-types qu’Internet, c’est le Mal.
Mais on n’a pas attendu Facebook, Twitter et les autres pour humilier un ennemi. Les pédophiles sévissaient bien avant l’invention du premier modem. Et des accidents mortels dus à l’alcool, il y en a depuis la nuit des temps. Alors certes, Internet fait en sorte que ça aille plus vite, que ce soit plus connu, que ce soit accéléré. Mais il n’est souvent pas responsable de tous les maux qu’on lui reproche.
Les réseaux sociaux, comme leur nom l’indique, sont des regroupements de personnes. Derrière un compte, derrière un avatar, se cachent des êtres humains. Ce sont ces êtres humains qui les façonnent, qui en fournissent le contenu, et qui s’en servent de manière plus ou moins louable. Et comme toute construction humaine, il y a du bon et du mauvais. Le mauvais, on le connaît. Laissez-moi vous raconter le bon…
L’AIDE D’UNE ENTREPRISE
Les dernières grèves des transports ont enquiquiné pas mal de monde, à commencer par moi. Certes, mon cas était moins préoccupant que celui des travailleurs, puisqu’il s’agissait d’un voyage pour des vacances. Mais sur le coup, quand j’ai su que mon TGV d’aller était annulé, j’en avais rien à foutre des travailleurs, ça faisait plus de deux ans et demi que je n’avais pas eu un seul jour de congé, je VOULAIS partir, et j’aurais étripé l’ensemble de ces putains de grévistes si j’avais pu (chers amis familiers de mon blog, je pense que vous aviez compris à quel point je pouvais devenir vulgaire et vocabulairement violente dès qu’il s’agit de la Saloperie Nationale des Chacals et des Fouines).
Cela dit, après m’être épanchée sur Twitter, deux comptes m’ont guidée, m’ont aidée, m’ont informée, m’ont renseignée, et ont répondu à mes questions. @quoimaligne et surtout @Yaelle_VSNCF ont pris la peine et le temps, sans que je les sollicite, de me demander ce qui me chagrinait et ce qu’ils pouvaient faire pour m’aider. J’ai pu leur poser directement quelques questions (peut-on être remboursé d’un billet non-échangeable et non-remboursable, quelle est la marche à suivre, comment puis-je savoir quel autre train roule pour sûr, etc etc…), et la putain de gêne occasionnée a été plus facile à vivre. Et quel gain de temps ! En quelques minutes, j’avais les renseignements que j’aurais mis des heures à trouver sur les sites de la SNCF, entre voyage-sncf, idtgv, etc…
Leur disponibilité, leur gentillesse, et leur efficacité sont inversement égales à la médiocrité des services et de la communication de la SNCF « classique ». C’était sur Twitter, et si plus de gens y avaient accès, je pense que et l’entreprise et les usagers s’en porteraient mieux.
C’est également valable pour n’importe quelle entreprise qui commence à comprendre l’utilité de s’adresser aux internautes, via les community managers. Je suis peut-être une grande idéaliste, mais je persiste à croire qu’on peut construire un monde meilleur par le biais des réseaux sociaux, en s’écoutant et en se répondant les uns les autres, dans l’intérêt de toutes les parties.
[Fin mot de l'histoire : @Yaelle_VSNCF m'a bien informée (et consolée un peu du coup, aussi, huhu). Aidée également par @matthieublanco qui m'a conseillé d'envoyer un recommandé avec AR pour me faire rembourser, comme la loi les y oblige, je n'ai, 21 jours plus tard, toujours pas reçu l'accusé de réception... No comment.]
L’AIDE A UNE PAS TOUT A FAIT INCONNUE
Début août, j’avais écrit ce billet pour Marie, qui avait elle-même écrit un billet dans lequel elle racontait comment elle avait appris souffrir d’une tumeur au foie. Sur Twitter, le soir de son entrée à l’hôpital, elle a partagé ses états d’âme, ses peurs, ses angoisses, et la manière avec laquelle elle tentait de ne rien laisser paraître. Ca m’a bouleversée, et je ne pouvais décemment pas la laisser seule, le soir, dans sa chambre face à ses angoisses, alors que moi-même, il y a dix ans, j’aurais tant voulu que les réseaux sociaux existent pour me sentir accompagnée et divertie dans ces moments tellement durs.
Figurez-vous qu’on m’a beaucoup reproché ce geste. Je passe sur le (vrai) troll sur Twitter qui a ironisé là-dessus, je parle des gens qui sont anti-réseaux sociaux. Ils m’ont accusée, avec beaucoup de mépris dans le regard et dans la voix, d’avoir tendu la main à « une fille que je ne connais même pas ». Inutile de vous dire que ça m’a beaucoup peinée.
Certes, je ne l’ai (encore) jamais rencontrée. Mais quand on lit les tweets de quelqu’un au jour le jour, qu’on la lit régulièrement sur un blog, qu’on a des amis-de-la-vraie-vie en commun – si, on connaît un petit peu cette personne. On s’y attache. Et quand il lui arrive quelque chose de malheureux qu’on a soi-même vécu, on ne peut qu’être empathique.
Et quand bien même elle serait une parfaite inconnue… Pourquoi me reprocher d’avoir voulu la soutenir d’un billet ? Qu’est-ce qui dérange ces gens qui m’accusent d’utiliser mon blog pour transmettre un peu de courage à quelqu’un dans une situation difficile ?
Voici ce que j’aimerais leur répondre. Un médecin, une infirmière, une assistante sociale, que sais-je… passe ses journées à aider des gens qu’ils ne connaissent ni d’Eve, ni d’Adam. En quoi ce que j’ai fait pour une personne que je suivais depuis un moment était très différent ?… Quand une personne donne la pièce à un mendiant, connaissent-ils vraiment le mendiant en question ?
Ce qui les dérange, c’est le fait de « connaître via un réseau sociaux ». Ah ben on ne « connaît » pas vraiment, alors… Je suis désolée, mais on apprend mieux à connaître une personne que l’on suit régulièrement, au jour le jour, sur un réseau social, que des gens que l’on aide par simple geste de générosité citoyenne, ou dans le cadre d’une profession.
« Connaître via un réseau social », ce n’est pas un sous-attachement, comme les « anti » le pensent très souvent. Cela peut déboucher sur une amitié réelle, ou rester un attachement virtuel, mais tout cela reste profondément humain. Des affinités, fortes, se créent chaque jour sur la toile entre des personnes de chair et de sang. Et je ne vois pas en quoi j’aurais à rougir d’une main virtuelle tendue.
L’AIDE ENTRE CITOYENS
Dernièrement, je suis allée au cinéma. En faisant le trajet à pied d’Aquaboulevard à Porte d’Auteuil, j’ai trouvé une carte bancaire sur le trottoir. Il était 22h30. Arrivée chez moi, et avant même de chercher l’adresse du commissariat le plus proche pour aller l’y déposer le lendemain, je me suis demandé si le propriétaire de cette carte était sur Facebook. Bingo ! En farfouillant parmi ses infos et ses centres d’intérêt, j’ai été certaine qu’il s’agissait bien de lui. A 23h15, je lui ai envoyé un petit mot. A mon avis, il ne s’était rendu compte de rien. A 23h30, il me répondait. A 23h45, on s’est retrouvé devant l’église pour que je la lui rende. A minuit, l’incident était clos.
S’il n’y avait pas eu les réseaux sociaux, il aurait certainement eu des tas de complications suite à la perte de sa carte bleue. Comme quoi, les réseaux sociaux peuvent aussi éviter bien des ennuis.
A travers ces exemples, je voulais juste insister sur le fait qu’il y a autant de manières de se servir des réseaux sociaux que d’internautes et de situations quotidiennes. Bien sûr qu’il faut faire attention, bien sûr qu’il faut les réguler, bien sûr que tout n’est pas toléré – mais ils ne sont pas les dangers qu’on nous présente régulièrement. Il suffit juste d’en connaître les règles et les (non-)limites, il suffit juste de savoir ce que l’on veut livrer de soi ou non, et avec un minimum de bon sens, il n’y a pas de raison que des problèmes apparaissent.
Mais peut-être le phénomène est-il encore trop jeune pour être utilisé en bonne intelligence. Je pense sincèrement que des interventions dès l’école primaire seraient utiles pour apprendre aux enfants la bonne utilisation de Facebook, de MSN, de tout ce qu’ils pourraient utiliser sans avoir conscience des risques qui existent.
Cependant, ne nous leurrons pas : oui, les réseaux sociaux, souvent, ouvrent sur les autres.
Je n’ai jamais fait autant de (belles) rencontres dans la vraie vie que depuis que je suis active sur Twitter.

[HUMEUR] A ceux… qui veulent me réduire à Marie et/ou à Marie-Madeleine

mars 20, 2010 dans En vrac, Société

En préambule, sachez que j’ai beaucoup réfléchi, et que je réfléchis toujours beaucoup, aux différents sujets que je vais aborder. Ce qui va suivre reflète ma position et mon opinion ce jour. Je reste donc libre de changer d’avis, pour la simple et bonne raison que je reste ouverte au dialogue et que je prends en compte chacun des arguments de ceux qui n’ont pas la même vision que moi. Je ne balaye jamais un point de vue du revers de la main : je le soupèse toujours avant de me forger ma propre opinion.
Je remercie donc par avance ceux qui liront ce post tout en sachant qu’ils ne seront pas d’accord avec ce qui y sera dit, et qui respecteront mes propos comme je respecte les leurs.
Sachez également qu’en cas de commentaires, je n’y répondrai pas. Mais c’est juste par manque de temps, pas par manque de volonté d’échanger des points de vue. Je ne tolérerai évidemment aucun propos raciste, homophobe, injurieux, appelant à la haine, etc… Je ne censurerai personne exprimant une opinion qui entre dans le cadre légal : je tiens trop à la liberté d’expression.
La volonté de m’exprimer sur un certain nombre de questions fait suite à ce billet d’humeur paru sur le site de Planète Campus, où j’effectue actuellement mon stage en qualité de journaliste web. Je me suis insurgée, à la demande de ma rédactrice en chef, contre la manifestation des catholiques anti-IVG devant l’Académie française(vidéo ci-dessous), où Simone Veil se faisait introniser « immortelle ».

Ce n’est pas la première fois que l’Eglise catholique – pour ne parler que d’elle… – me rend extrêmement mal à l’aise et me met en colère. Parce que ses positions me choquent. Profondément.
Mes (non-)croyances
Je viens d’une famille traditionnellement catholique. Je suis baptisée. J’ai fait un an de catéchisme, en classe de CM1 ; mes parents se sont très vite rendus compte que je resterai réfractaire à ces inepties. Je les remercie néanmoins d’avoir fait la démarche de m’initier à cette religion qui est la leur – en théorie (ni l’un ni l’autre n’est pratiquant). Et je les remercie encore plus de ne pas me l’avoir imposée par le biais de cours de catéchisme plus longuement obligatoires.
Je suis athée. Je ne crois en aucune sorte de divinité – je trouve l’idée absolument absurde, dénuée de sens même. Cela dit, je comprends qu’on puisse, qu’on ait besoin d’y croire ; je respecte totalement ceux qui ont une foi.
Ce n’est juste pas mon cas.
Comme j’accepte sans y croire une seule seconde la potentialité (même minime à l’extrême) qu’il puisse exister une divinité, merci aux croyants d’accepter sans y croire une seule seconde la potentialité (même minime à l’extrême) qu’il puisse ne pas en exister.
Tout simplement parce que, d’un côté comme de l’autre, nous n’avons aucune preuve de ce que nous avançons.
Ma position sur l’avortement
Plusieurs associations se sont donc réunies avant-hier au Quai Conti pour dénoncer l’entrée de Simone Veil, à l’origine de la loi en faveur de l’avortement, à l’Académie française. Ils pleurent les « millions d’enfants français qui manquent parce qu’ils ont été assassinés dans le sein de leur mère ». Vous remarquerez que les deux personnes à haranguer les pro-IVG étaient des hommes… Mais j’y reviendrai.
Vous l’aurez compris, je suis pour le droit à l’avortement (même si être pour ou contre n’a pas vraiment de sens puisque cette loi existe.) Je ne pense pas qu’une IVG soit un meurtre d’enfant. Une IVG est une interruption du développement d’un embryon – voire d’un foetus.
Avant la 12ème semaine de grossesse, je ne pense pas que ce foetus soit vivant : pour moi, tout ce qui n’est pas viable en dehors de l’utérus n’est pas vivant. Ca me semble être le bon sens, mais je respecte ceux qui pensent autrement.
Avant la 12ème semaine de grossesse, un foetus n’a pas de sexe déterminé. Ce n’est donc pas une personne : ce n’est encore juste qu’un ensemble de cellules qui peut potentiellement devenir un foetus viable.
Avant la 12ème semaine de grossesse, un foetus n’a pas d’activité cérébrale. Or, la sience dit qu’il n’y a conscience que lors d’une activité cérébrale.
Avorter n’est donc pas tuer. C’est juste stopper le développement d’un ensemble de cellules. Qui n’est ni vivant, ni une personne – puisque pas viable, ni conscient, ni sexué. Point.
Et Francis Kaplan, auteur de L’embryon est-il un être vivant ? (éditions du Félin, 2008) l’explique très bien dans son entretien avec Lucette Finas (que j’ai trouvé au hasard de mes recherches après avoir écrit ce précédent paragraphe.)
L’IVG : souvent la meilleure solution
Dans toutes les époques, dans toutes les cultures, les femmes ont avorté. Avec des méthodes plus ou moins dangereuses pour leur santé ou leur vie. De nos jours en tout cas, autant d’avortements sont pratiqués dans les pays où ils sont interdits que dans ceux où ils sont légalisés.
Chaque année, près de 20 millions d’avortements sont réalisés en dehors de structures spécialisées. Toutes ces femmes qui prennent des risques inconsidérés et qui endurent souffrances et complications ne le font pas pour le plaisir. Elles le font parce qu’elles n’ont pas d’autre choix. Elles le font parce que c’est la meilleure – la moins pire – des solutions qui s’offrent à elles.
Restons en France. Prenons un cas proche et concret : le mien. Mettons que je tombe enceinte demain. Malgré toutes les précautions que je prends (pilule + préservatif, je n’ai jamais fait autrement pour justement éviter ça), ça peut arriver. Je vis dans un studio de 12m². Je suis étudiante-stagiaire, je gagne 398 euros par mois. Mon loyer – pour ne parler que de lui – est de 492 euros. Je vis seule. Je suis indépendante. Mes parents travaillent, et ils sont loin. Pour avoir une place en crèche à Paris, il faut s’inscrire sur des listes d’attente deux ans avant l’accouchement (au mieux). Une assistante maternelle coûte très cher.
Que ferais-je d’un bébé ? Où l’installerai-je ? Avec quoi est-ce que je pourrai le nourrir, l’habiller, le soigner ? Quand et comment pourrais-je m’en occuper ? Si j’arrête mes études pour le garder et l’élever, à partir de quand pourrais-je recommencer à travailler pour gagner de quoi subvenir à nos besoins ? Et sans diplôme, quel genre de travail réussirai-je à avoir ? Pour quelle rémunération ?
Non, il n’y a pas de meilleure solution que l’avortement dans mon cas. Et je ne suis pas le plus désespéré, le plus démuni, le plus en détresse. Loin de là.
Mais avoir un bébé maintenant, c’est nous condamner, ce bébé et moi, à une vie de grande précarité, voire de misère. Est-ce vraiment la vie que ces manifestants souhaitent à cet enfant ?…
IVG, ITG, IMG… et la vie
Parlons-en, de la vie. Les manifestants d’avant-hier défendent la vie comme un état : un être qui respire, qui bouge, qui pense, qui ressent. Moi, je pars du principe que la vie, c’est tout ça, plus les conditions dans laquelle cet être grandit. Parce qu’être vivant, c’est être vivant quelque part, à un moment donné, dans un contexte donné. Pour reprendre mon exemple personnel, donner la vie dans neuf mois à un enfant qui serait le mien n’a aucun sens. Aucun.
Décider de mettre un enfant au monde, c’est la plus grande responsabilité qui soit. Ce n’est pas une décision qui se prend à la légère. Et le mettre au monde sous le seul prétexte que « la-vie-à-tout-prix » est à mon sens la preuve d’une irresponsabilité et d’une immaturité condamnables si les conditions pratiques, financières, sanitaires, psychologiques, etc… d’accueil du bébé ne sont pas réunies.
C’est pour ça que je n’hésiterai pas une seule seconde d’avoir recours à une IMG si par malheur le cas venait à se présenter. En tant que personne, et en tant que mère, je ne souhaite à aucun enfant d’être handicapé – physique ou mental. Les cas prévus par la loi autorisant une IMG sont pour des pathologies lourdes, et en aucun cas je ne veux être responsable de la souffrance d’un être humain. Et que les bien-pensants gardent leurs arguments : si, être (lourdement) handicapé est source de souffrance. La personne handicapée souffre, son entourage aussi. C’est ainsi. Alors si la vie tant défendue est une vie de ce genre, je ne veux pas la donner – c’est même de mon devoir de personne morale de ne pas la donner. Et je suis bien contente de vivre dans un pays qui m’autorise à ne pas faire souffrir un enfant et ses proches.
Une fois encore, ces paroles n’engagent que moi. Et ça ne m’empêche pas de respecter ceux qui ne pensent pas comme moi, et que mon point de vue pourrait choquer.
Le caractère sacré de la vie
De nombreux opposants à l’avortement – souvent des croyants – le sont parce que la vie est « sacrée ». Voici la définition de l’adjectif « sacré’ selon le dictionnaire Hachette (édition 2008) : A. Qui concerne la religion, le culte divin ; B. Qui appelle un respect absolu ; digne de vénération. Ces deux définitions renvoient à la religion. Il est donc normal que les croyants estiment que la vie soit « sacrée » ; il est normal aussi que je ne la considère pas comme telle.
Attention, ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Ce n’est pas parce que je ne considère pas la vie « sacrée » que je ne la respecte pas. Ôter volontairement la vie de quelqu’un est le crime le plus odieux qui soit et devrait systématiquement conduire à la prison à vie – et sans réduction de peine possible, jamais, en aucun cas.
Je respecte infiniment la vie, et je pense même la respecter plus et mieux que ces gens qui ont manifesté avant-hier devant l’Académie française. Parce que j’en sais son prix. Parce que j’en connais sa valeur. Sa fragilité. Sa richesse. Sa beauté. Parce qu’elle est ce qui existe de plus précieux.
Je n’autorise personne – personne – à me donner des leçons sur ce qu’est la vie. Personne. Parce que j’ai vu la mort en face, à deux reprises. J’ai vécu une expérience de mort imminente – et une dizaine d’années plus tard, j’ai connu la maladie. Alors personne ne viendra me donner de leçon de – et sur la – vie. Croyez-le bien. Et certainement pas des prêtres complètement déconnectés des réalités de ce monde.
L’Eglise catholique et les femmes
En parlant de prêtres, revenons à l’Eglise catholique. J’ai bien des griefs contre elle, à commencer par sa vision des femmes qui n’a pas – ou peu – évolué depuis l’an 1. Une première question : pourquoi une femme n’a-t-elle pas le droit de dire une messe ? Messieurs les papes, les évêques, les curés, etc… on sait lire, hein. Si si. Je vous ju… promets. Alors… une réponse ? Quelqu’un ? Oui ? Je vous écoute ! Parce que « c’est difficile de voir le Christ dans une femme.«   Aaaaah… ça, c’est de l’argument, vraiment !! Mais le Christ, chers amis, n’était-ce pas d’abord et avant tout un message d’amour et de paix, des valeurs, un guide ? Une femme ne peut pas représenter tout ça ?
Passons. C’était juste un exemple pour montrer la mauvaise foi (sans mauvais jeu de mot) de l’Eglise catholique concernant les femmes.
Marie ou Marie-Madeleine ?
Le problème dans la religion, c’est qu’elle est automatiquement manichéenne. Tout est blanc, ou tout est noir. Il y a le Bien, et il y a le Mal. Or, tout le monde sait bien dans la « vraie vie » que ce n’est pas aussi simple que ça. Oui, il y a du Hitler en Mère Teresa ; et oui, il y a du Mère Teresa dans Hitler. Ca s’appelle un être humain – voilà tout. Pour reprendre les arguments des catholiques, il n’y a que « Dieu » et le « Diable » pour être respectivement tout blanc ou tout noir. Or – ils le disent eux-mêmes : la perfection n’est pas de ce monde !
Et chez les femmes, alors ? Il y a la Vierge, et il y a la Pécheresse. Notez que ces deux visions opposées de la femme sont basées sur la sexualité. Les femmes ne sont donc réductibles qu’à leur sexe… Ce n’est pas faire montre d’une grande ouverture d’esprit, tout ça. Et surtout, c’est complètement déconnecté du réel.
Alors mesdames, mesdemoiselles, qu’êtes-vous ? Une pute ou une maman ? Ni l’un ni l’autre ? Les deux en même temps ? Rien de tout ça ? Eh oui. Ca me semble tout à fait clair : « Dieu » a visiblement un problème avec les femmes. Y a qu’à voir : il l’a mise enceinte comment, la petite Marie ? Mmh ? Visiblement il ne l’a pas touchée, sinon elle ne serait plus vierge. Pourquoi ? « Dieu » serait-il homosexuel ? Nan franchement, la question se pose.
J’arrête là les sarcasmes – je sais d’expérience que les croyants, pour la plupart, n’ont pas le sens de l’humour, ce qui est fort dommage puisque ça les décrédibilise encore plus. Je vous en prie, acceptez mes critiques comme j’accepte les vôtres. OUI, la religion est critiquable. La notion de « Dieu » aussi.
Pour revenir à la « Sainte Vierge », on croit aux miracles ou on n’y croit pas. Personnellement, je n’y crois pas. Mais, au risque de me répéter, je respecte tout à fait ceux qui choisissent d’y croire.
Mais c’est un fait : l’Eglise catholique est misogyne, et elle réduit les femmes à leur sexe, à leur utérus. On en revient à l’avortement.
L’Eglise : une institution politique
Si l’avortement est aussi fermement condamné par l’Eglise, c’est évidemment parce qu’elle défend le caractère sacré de la vie, mais c’est aussi un choix politique.
Il serait bien long et fastidieux de rappeler toute l’histoire de cette institution qu’est l’Eglise. En quelques mots, elle a longtemps été autant (voire plus, selon les époques et les pays) une institution religieuse qu’une institution politique. Politique et religion ont toujours été étroitement liées, et elles le sont toujours dans de nombreux pays qui n’ont pas séparé religion et Etat. Des exemples ? Les croisades, les guerres saintes (parfait oxymore, soit dit en passant…), les colonisations, le roi de droit divin, etc… L’Eglise a été jusqu’à récemment en France une institution politique qui régissait la société, la nation, la vie de famille, le quotidien… On vivait au rythme du calendrier religieux, c’était les cloches des églises qui donnaient l’heure et organisaient les journées…
Le refus de l’avortement est donc autre chose qu’un simple point de vue religieux : c’est la volonté farouche de réduire la femme au statut de mère et de femme au foyer. La femme, utérus ambulant, qui n’a de fonction que de faire des enfants, doit rester à la maison. Pourquoi ? Mais pardi, parce que ça arrange les hommes !! Et rappelez-vous, qui sont les prêtres, les évêques, les archevêques, les papes ?… Des hommes. Il y aurait eu des femmes décisionnaires au sein de l’Eglise, les choses ne se seraient pas passées ainsi.
C’est un fait : pendant des millénaires, et aidé de tout son poids par l’Eglise catholique, les femmes ont été soumises aux bonnes volontés des hommes. Réduites à leur utérus, elles ne devaient qu’enfanter et élever la marmaille (et préparer à manger, s’occuper du foyer, recoudre et repasser, etc etc…) Réduites à leur utérus, elles n’étaient tout simplement pas des êtres libres. Réduites à leur utérus, elles devenaient tout simplement des esclaves.
L’Eglise, les femmes, l’esclavagisme
Esclave. Ce mot vous choque, amis manifestants ? Oui ? Ca tombe bien. Moi aussi. Et pourtant, l’Eglise a voulu et veut toujours réduire les femmes à l’esclavage en les empêchant d’avorter. Parce qu’avorter, c’est reprendre possession de son corps, donc de sa vie, donc de sa liberté…
Rappelons que la vie d’une mère, pour l’Eglise catholique, valait moins que celle d’un embryon : « En 1869, Pie IX, suivi par Léon XIII, impose une ligne dure à l’Église : aucune exception ne permet l’avortement, et peu importe que la vie d’une femme puisse être sauvée par l’intervention d’un médecin qui juge qu’il faudrait procéder à un avortement, il faut laisser mourir cette femme. Ils brandissent l’excommunication à quiconque ne leur obéit pas.« 
Charmant. Et tellement cohérent. Alors, cette vie, toujours aussi « sacrée » ? Ah mais quand c’est la vie d’une femme, c’est pas pareil. C’est « juste » une femme. Bah oui. Et cet embryon, il est innocent – lui. Et s’il existe, c’est bien parce que la femme a péché. Donc c’est une pute. Et une pute ne fait pas le poids par rapport à un embryon innocent. Mais sinon, cet embryon – très accessoirement – il a un père, aussi.
Quel rapport avec l’esclavagisme, me direz-vous ? J’y viens.
« Ce discours se poursuit dans la première moitié du 20ème siècle, peut-être même jusque dans les années 1960 avec le jésuite Marcel Marcotte. Celui-ci, en se conformant rigoureusement aux directives de Rome,  affirme avec vigueur que les femmes doivent offrir leur vie si celle-ci devient menacée par une grossesse, et il ajoute que ces femmes héroïques sont admirables à donner ainsi leur vie. Entre vous et moi, c’est Rome et l’Église du Québec, dans le temps, qui s’appropriait le pouvoir de décider que les femmes devaient donner leur vie dans de telles circonstances.  Ils faisaient de fortes pressions pour obliger les femmes à donner leur vie tels des soldats à la guerre. Sauf, que ces femmes n’avaient pas décidé elles-mêmes d’imiter des soldats qui, eux, savent qu’ils  peuvent perdre la vie. Ce n’était pas, non plus, leur guerre et leur lutte, c’était Rome qui était en guerre ou en lutte contre la modernité et contre l’État. Les comportements de Rome ressemblaient à celles de propriétaires d’esclaves; et ils traitaient les femmes en esclaves qu’ils pouvaient à leur guise transformer en soldats. »
Je crois que c’est très clair.

[Petit rappel historique sur l'Eglise et l'esclavagisme, hein, juste pour information : "Alors qu'un mouvement pour l'abolition de l'esclavage traverse l'Occident, et que des pays font des pressions afin que Rome suive leur exemple, en condamnant l'esclavage, l'Église de Pie IX, contre vents et marées, décide de suivre une tradition qui existe dans l'Église depuis des siècles: en 1866, l'Église de Pie IX reconnaît pour légitime la  possession d'esclaves. Pour voir vraiment une condamnation du fait de "posséder" un esclave, sans qu'aucune exception n'échappe à cette condamnation, il faudra attendre le second concile du Vatican en 1965. Mais comment s'étonner, ici, du fait que l'Église ait approuvé l'esclavage pendant des siècles, alors que selon C. Prudhomme, l'Église elle-même a possédé des esclaves dans ses États pontificaux "jusqu'au 18ème siècle, voire le début du 19ème siècle"."
1965 !!!... (pour ne parler que de cette date). Amis manifestants, vous rendez-vous compte ???]

Quelles sont mes sources, me demandez-vous ? Question sensée. Je me suis appuyée sur le travail de Yolande Potvin, historienne, sur l’avortement et l’Eglise. Je vous conseille vivement de lire ces quelques paragraphes intéressants, instructifs, et bien sourcés.
L’Eglise catholique, pas vraiment en odeur de sainteté
Comme j’essaye de le démontrer, l’Eglise catholique n’est pas toute blanche. Au cours des siècles, elle a fait inifiniment plus de morts qu’elle n’a sauvé de vies. Guerres saintes, croisades, complots politiques. colonisations… Non-assistance à personne en danger pour ces femmes aux grossesses mortelles… Alors quand on me parle de vie « sacrée », ça me fait bien rigoler. Quand on sacrifie des femmes et qu’on possède des esclaves, on n’a pas à me donner des leçons sur le respect de la vie humaine. Vraiment pas.
Mesdames et messieurs les manifestants, allons vous enfin comprendre que l’Eglise est une institution humaine, gérée par des êtres humains, régies par des lois humaines, et qui suivent un texte (la Bible) écrit par des êtres humains ?… Par pitié, ayez un minimum de sens critique !! Ne suivez pas à la lettre tout ce qu’on vous demande de penser !!

Surtout qu’en matière d’opinion, même sur l’avortement, l’Eglise n’a pas toujours eu la position qu’elle a aujourd’hui…

L’Eglise et l’avortement
Si vous avez lu les quelques paragraphes de Yolande Potvin, vous vous serez rendu compte que l’Eglise n’a pas toujours interdit l’avortement.
« Au 19ème siècle, en Occident, avant que Pie IX ait des ennuis avec ceux qui n’acceptaient pas sa façon de régner, les femmes avaient le droit d’avorter pendant les premiers mois de la grossesse, car on croyait que ce qui n’est pas encore formé n’a pas d’âme. »
[NB : Je n'ai pas fait de recherches plus poussées par manque de temps. J'estime le travaille de madame Potvin assez sourcé pour pouvoir lui faire confiance. Mais elle peut se tromper, et moi aussi. J'accepterai de croire que ce qu'elle dit est faux si on m'en apporte la preuve.]
La position d’aujourd’hui est de dire que dès que le spermatozoïde a fécondé l’ovule, l’âme est là, les cellules qui se divisent en 2 puis en 4, puis en 8 etc… sont déjà un être humain vivant.
Ces deux positions sont très différentes. Or, elles viennent de la même institution : l’Eglise catholique. Preuve qu’elle n’a pas la parole divine. Comme je le disais, elle est dirigée par des êtres humains, faillibles par définition. Alors, mesdames et messieurs les manifestants, pourquoi croyez-vous plus ce que l’Eglise dit maintenant plutôt que ce qu’elle disait hier ? Ou plutôt… Si vous étiez né hier, auriez-vous été d’accord avec elle quand même ? Auriez-vous suivi aveuglément ce qu’elle vous demandait de croire ?
« Dans l’Église, avant Pie IX, j’ai pu observer une alternance entre permis et non permis au début de la grossesse. Mais depuis Pie IX, la position des papes contre l’avortement au début de la grossesse est présentée comme une vérité suprême provenant d’un pape infaillible.«  Voilà qui résume admirablement bien mes propos jusqu’à présent. Depuis Pie IX, donc, la position de l’Eglise est contre l’avortement, quel que soit le cas. Viol, inceste, danger pour la vie de la mère, mauvais moment dans une vie… Peu importe. Pas d’avortement, jamais, en aucun cas.
Vraiment ?…
Amis manifestants, savez-vous que l’Eglise elle-même a fait avorter des religieuses violées par des Congolais en 1960, lors de l’indépendance du Congo belge ?…
A l’époque, l’affaire avait fait grand bruit. Mais curieusement, malgré mes recherches, je n’ai rien trouvé sur le web se rapportant à ces faits. Seulement des témoignages sur des forums. En voici quelques-uns :
- Aurore boréale sur un forum Yahoo : « Je me pose des questions … pourquoi en 1960 l’église a t elle accepté les avortements des religieuses qui se sont fait violées dans l’ex Congo belge. Hypocrisie comme toujours avec les religions ? »
- dirk, sur altermedia.info :  »Des religieuses violées par des Congolais lors de l’indépendance du Congo Belge ont été autorisées à avorter par la Vatican. Peu de gens le savent. Simple info (j’avais 3 oncles et tante missionnaires dans ce pays à l’époque !) »
- altaric sur un forum de france5.fr : « En 1960 au Congo ex-belge , des religieuses se sont trouvées enceintes après avoir été violées par des militaires congolais. Le Vatican les a autorisées à avorter. »
Le Vatican étant maintenant sur Twitter (@news_va_fr), je leur ai donc posé la question suivante : Comment expliquez-vous l’avortement autorisé par l’Eglise des religieuses violées au Congo belge en 1960 ? Je ne manquerai pas de faire part de la réponse – si elle arrive.
Pour résumer
Mesdames les manifestantes, mesdames et mesdemoiselles qui êtes contre l’avortement parce que vous suivez ce que dit l’Eglise… Sachez donc que cette institution est dirigée par des hommes qui n’ont aucune idée de ce qu’est une femme, de ce qu’est une famille, de ce que c’est que d’élever un enfant aujourd’hui.
Ce sont des hommes qui suivent des lois d’un autre temps, écrites par des hommes d’un autre temps, et qui sont complètement inapplicables en l’état aujourd’hui.
C’est une institution loin d’être parfaite et qui n’a pas toujours eu la même position sur le sujet de l’IVG.
Sachez que l’interdiction de l’avortement prôné est aussi (surtout ?) une manière de réduire la femme à une fonction d’usine à bébés. Une femme n’est pas qu’un ventre, mesdames !!… Reprenez le contrôle sur votre corps, sur votre vie – reprenez votre liberté et votre « libre arbitre » : choisissez en votre âme et conscience de quand, comment, avec qui, et dans quelles conditions faire un bébé.
L’Eglise est également contre la contraception non-naturelle. Mais enfin… de quoi se mêle-t-elle ? Comment peut-on accepter que des hommes qui vivent coupés du monde et des relations humaines, sentimentales et sexuelles ordonnent de ne pas contrôler le moment d’accueillir un enfant ??
Pour reprendre les arguments catholiques, si « Dieu » nous a donné le désir et le plaisir sexuel, pourquoi ne pas en profiter ? Pouvez-vous répondre à ça, s’il vous plaît ?… S’il avait voulu que les rapports sexuels servent seulement à la conception, pourquoi le désir, pourquoi le plaisir, pourquoi les sentiments amoureux, tout simplement ? Ca n’a aucun sens.
Ne laissez pas ces hommes décider de ce qu’est votre vie. Et si ce dieu est si miséricordieux, pourquoi voudrait-il qu’un enfant lourdement handicapé naisse ? C’est absurde.
Si ce dieu était si bon, pourquoi voudrait-il qu’une femme soit violée ? Pourquoi voudrait-il que cette petite fille  de 9 ans violée par son beau-père mette au monde des jumeaux ?
Si c’est ça, « Dieu », eh ben non merci. Ca ressemble bien à une invention masculine, par les hommes, pour les hommes.

En plus, c’est bien beau d’interdire l’avortement, la contraception, tout ça tout ça. Mais la responsabilité des hommes, là-dedans ? L’Eglise en parle-t-elle ? Non. Et pourtant, ces embryons, ils ne se font pas tout seul.

Mesdames les manifestantes, j’espère au moins que vous n’utilisez aucun moyen de contraception. Que vous n’avez fait l’amour que pour concevoir vos enfants. Soyez cohérentes, jusqu’au bout – sinon, ne venez pas donner de leçon de morale, de leçon de vie à la respectable madame Veil.
Messieurs, bien sûr, vous ne réclamez jamais un rapport sexuel juste parce que vous en avez le désir. Vous ne gâchez jamais votre semence si précieuse dans un plaisir solitaire.
Mesdames et messieurs les manifestants, puisque la vie vous est si « sacrée », j’espère que vous ne mangez que de la viande venant d’animaux morts de mort naturelle. Que vous n’écrasez jamais d’araignées, ni de moustiques. Que vous ne vous soignez pas pour laisser les microbes vivre. Raisonnement idiot ? Un peu extrême, certes. Mais qui se pose.

SOYEZ COHERENTS. Et ensuite, on pourra discuter.

Par pitié, amis manifestants, ayez un peu de sens critique. Vous utilisez décemment le mot « extermination » concernant madame Veil, qui a survécu aux camps nazis. Mais suivre comme des moutons ce que l’Eglise vous dit de penser, c’est la même démarche que de suivre comme des moutons un système totalitaire.
Je préfère – et de loin, très loin – être une brebis égarée.
Je ne fais pas de prosélytisme. Je ne demande à personne d’avoir la même opinion que moi. Je ne demande surtout à personne de renoncer à sa foi.
Je voudrais juste que chacun, chacune réfléchisse comme je réfléchis. Que chacun aille au bout de son propre raisonnement. Que chacun fasse preuve de sens critique. Je voudrais que chacun, chacune se pose ces questions :
Pourquoi croyez-vous en ce que vous croyez ? Y croyez-vous parce qu’on vous a élevé comme ça, parce qu’on vous a dit d’y croire, ou parce que c’est vraiment de l’intime conviction ? D’où vient votre foi – vraiment ?
Ne pensez-vous pas que suivre aveuglément sans aucune remise en question des principes qu’on vous a inculqués n’est pas la même démarche que de suivre aveuglément les principes de n’importe quelle dictature ?
Pourquoi l’Eglise interdit l’avortement aujourd’hui alors que ça n’a pas toujours été le cas ?
Pourquoi a-t-elle autorisé ces religieuses violées à avorter ?
Pourquoi n’autorise-t-elle aucune femme à être décisionnaire au sein de cette institution ?
Instigatrice de guerres saintes, complice de l’esclavage, fermant parfois les yeux sur des prêtres pédophiles, est-elle réellement un exemple à suivre les yeux fermés, sans un minimum de sens critique ?
Est-elle vraiment apte à donner des leçons de morale, à imposer des règles inapplicables ?
Non, la femme n’est pas par essence douce et maternelle comme  on veut nous le faire croire. Non, il n’y a souvent pas d’autres solutions que d’avorter. Non, ce n’est pas un crime.
Oui, je pense que c’est criminel de prôner l’abstinence au lieu d’encourager le port du préservatif. Oui, je pense que l’Eglise n’a pas à intervenir dans les questions de sexualité, de vie de couple, de contrôle des naissances tant qu’elle n’autorisera pas les femmes à être prêtres, et les prêtres à se marier.
Oui, je pense que l’Eglise est une institution nauséabonde, poussiéreuse, misogyne, criminelle, incapable de s’adapter à la vie moderne, qui ne montre pas l’exemple et qui ne fait pas honneur aux valeurs qu’elle dit défendre.
Je ne suis pas spécialement féministe. Mais je rejoins les Chiennes de Garde sur ce point :
« Être favorable à la légalisation de l’IVG, c’est, tout simplement, être sensible à un problème de santé publique (et donc, économique) : car une femme qui veut avorter le fera, dans n’importe quelle condition, quitte à mettre sa santé ou sa vie en danger, et quoi qu’en dise la loi. (…) Ce que chacun-e pense du statut de l’embryon, du commencement de la vie humaine ou de l’existence de l’âme ne devrait même pas faire l’objet d’un débat et ne devrait relever que des convictions intimes n’ayant strictement rien à voir avec la législation.»
Merci aux croyants de m’avoir lue jusqu’au bout – et de respecter mon opinion et mon point de vue. Aux autres aussi, bien sûr – ce post est très long.
Pour conclure, je vous propose d’écouter cette chanson de Lynda Lemay. Elle mettra tout le monde d’accord. Elle raconte une histoire, l’histoire banale d’une femme qui se retrouve enceinte par accident. Elle s’en remet à Dieu. On ne sait pas si elle décidera d’avorter ou pas. Là n’est d’ailleurs pas le sujet. C’est juste une histoire, une situation. A chacun de juger.
Ou pas.

[HUMEUR] A ceux… qui me reprochent Amélie Poulain

février 10, 2010 dans Culture, En vrac, Personnel

Il est arrivé quelques fois, dans les commentaires sur les sites de partage de vidéos, sur les blogs, ou ailleurs, qu’on me reproche le choix d’Amélie Poulain comme référence cinématographique pour mon CV-court-métrage.

Etait-ce un choix délibéré de ma part ? Est-ce que j’ai sérieusement aimé ce film ? Est-ce que je veux vraiment être journaliste culturelle avec cette référence que je brandis fièrement ?

Je tiens à rassurer tous mes détracteurs. Le film de Jean-Pierre Jeunet est une bouse finie et si je l’ai choisi comme thème, c’est parce que je suis sadomasochiste. Mon travail pour coller au plus près à la voix-off originale n’a rien à voir avec un éventuel infini respect pour André Dussollier, connu pour être un pitoyable comédien de seconde zone.

Quant à la profession de journaliste – et j’arrête là toute ironie – bien sûr que je veux faire ce métier. Et spécialisée dans la culture, n’en déplaise à certains. Certains qui, visiblement, confondent « journaliste » et « Critique d’Âââârt ». Désolée, mais je ne me reconnais pas dans la deuxième appellation. Je ne veux pas ressembler à ces personnes imbues d’elles-mêmes, parisianistes insupportables, et méprisant tout ce qui ne relève pas de l’Âââârt qu’eux seuls ont décidé d’encenser, suivi par une poignée de snobs qui font semblant de le comprendre.

Alors oui, j’ai aimé Amélie Poulain. Argumenter serait vain, puisque mes détracteurs ont peut-être déjà quitté ce blog. Et là n’est pas le sujet. Etre journaliste, à mon sens, et c’est la base, c’est être curieux. De tout – j’insiste lourdement là-dessus. J’arrive sans a priori devant la culture comme devant la Culture – libre à vous de définir les deux – parce que c’est la base du métier. Je souhaite parler des deux, oui, et qui plus est de la même manière. Et surtout, toucher le plus de lecteurs possibles.

Adorer  2012 et Anna Teresa de Keersmaeker n’est pas incompatible – pas plus que détester à la fois Marc Lévy et Christian Boltanski. (Mes détracteurs, puisque fortement cultivés, connaîtront forcément les deux références peu populaires. A moins qu’ils ne clament un peu trop fort leur Culture.)

Je respecte ceux qui se sentent agressés par les blockbusters américains ou par les reprises de la Nouvelle Star. Alors j’aimerais que ceux-ci, à leur tour, respectent mon choix d’aimer Amélie Poulain, de me régaler du dernier Guillaume Musso, d’écouter Britney Spears en boucle ou de me détendre devant La soirée de l’étrange sur TF1. Même si je n’étais pas capable d’apprécier également ce qui est considéré comme de la culture noble, celle avec un grand « c ».

Etre journaliste culturelle, pour moi, c’est m’intéresser à tout et en rendre compte à ceux qui me font l’honneur de me lire. Quels qu’ils soient.

Et puisque je tiens à illustrer mes propos par ceux d’un de mes détracteurs, voici le dernier en date (commentaire publié après mon article sur 2012) :

« Salut, si ton clip CV court-métrage est au 5ème degré, c’est super ! Si le clip est du niveau de tes goûts cinématographiques, arrête tes recherches journalistiques pseudo-culturelles. Fait Fais caissières ! »

Cher Abakua, caissière, j’ai donné, merci. Mais cette ex-hôtesse de caisse que je suis s’est permis de corriger les fautes d’orthographe de ton bon conseil. Sans rancune !

[HUMEUR] Le 20-Heures de TF1 : de la nourriture pour nos sens

novembre 12, 2009 dans En vrac, Société, Travaux universitaires

Consigne :
Faites une analyse sémiologique d’un programme télévisé.

Correction :
Bon travail de décryptage, avec la pointe d’humour nécessaire.

Le JT est un cérémonial. Toute la famille en profite, en général à l’heure du dîner. Celui de TF1 est le plus regardé de France. Analyse.

Roulements de tambours, avalanche de cordes dont le volume va crescendo, jusqu’au climax. Ce sont les trois premières secondes de la musique des « infos », qui tient en respect les familles les plus récalcitrantes.

Et pour cause. Le thème est celui des Dents de la mer, à peine remasterisé (voir vidéo ci-dessous). Si, du temps de nos aïeux, le bénédicité rappelait chaque jour notre humble situation de mortel, le générique instille les mêmes sentiments universels : la peur de ce qui pourrait arriver, et la joie soulagée et voyeuriste d’être devant le poste, et non dedans.

Une fois l’attention captée, Laurence Ferrari présente le menu. La femme-tronc, assise et les jambes sous la table, prend place à nos côtés. Devant un fond dont les tons bleus rassurent et apaisent, la voix se veut lénifiante pour faire passer en douceur une volée d’horreurs. Mais ne murmure pas à l’oreille des ménagères qui veut. Si deux générations de Français aimeraient appeler PPDA « Papa », la nouvelle papesse de la grand-messe n’a pas une once d’empathie maternelle. Les audiences braillent – mais redoublent de risettes à la vue de Claire Chazal, plus convaincante dans notre rapport freudien à l’information.

Puis le repas se déroule : en entrée, que des mets habituels, presque banals. Une tomate pour un marronnier, une grève dans la salade, assaisonnée quand même de vinaigrette et d’une catastrophe naturelle.

Et le ton se fait plus grave : « C’est l’enquête, de ce 20-Heures ». Le rôti se découpe avec respect. Les petits pois, dégustés avant et après, sont autant de faits divers sordides, âpres mais enivrants comme du bon vin. L’estomac, craignant un ulcère, refuse un deuxième service, l’actualité internationale prend donc la suite. Comme le fromage, certains l’aiment forte, d’autres fade.

Enfin, le dessert réjouira petits et grands. Le sport et la culture, sucrés à souhait, prouvent que la vie est belle, malgré tout ce qu’on a avalé avant. Plus d’inquiétude, on peut se laisser aller à un petit digestif pendant qu’Evelyne Dhéliat nous annonce ce qu’elle va nous redire après la pub. En terrain connu, nous revoilà disponibles pour la suite des programmes.

Que Patrick Le Lay se rassure. Beaucoup de familles françaises ont du Coca-Cola sur la table.

VideoGenerique du JT de TF1 et les dents de la mer